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"Hollande peut remonter la pente"

Photo de Ivan Best

propos recueillis par Ivan Best

Publié le 06 mai 2014 à 12:37 - Mis à jour le 06 mai 2014 à 14:52

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Le lien entre François Hollande et les Français est-il rompu, au point que le chef de l'Etat ne puisse remonter la pente dans l'opinion, d'ici 2017? Ce n'est pas l'avis du politologue Stéphane Rozès*: à condition de construire le récit du redressement de la France, de montrer là où il veut emmener le pays, il pourra améliorer sa cote dans l'opinion, affirme ce politologue

La nouvelle stratégie de communication de François Hollande, cette volonté de se rapprocher du peuple -comme le montre l'interview ce mardi sur RMC- a-t-elle une chance de réussir ?

-Il s'agit d'abord de d'obtenir du pays un consentement aux efforts demandés. Le pari qui est fait, c'est que le moment venu, François Hollande pourra se présenter devant les pays en mettant en avant le redressement qui a été accompli.

Dans la nouvelle période, François Hollande a resserré le dispositif de l'exécutif. La mise en place d'un gouvernement restreint et de de combat, qui explicite clairement la politique conduite, l'installation d'une chaîne de commandement claire de l'Elysée avec l'arrivée de Jean-Pierre Jouyet, à l'Elysée avec un gouvernement resserré de combat et au PS avec Jean-Christophe Cambadélis, font partie de cette stratégie.

Il y manquait la place spécifique du Président. On comprend qu'il souhaite tenir les deux bouts d'une même chaîne, plus haut et en avant du gouvernement en parlant de La France, et le lien quotidien et régulier avec les français.

S'agissant de cette volonté de se « rapprocher du peuple » de se soumettre aux questions des auditeurs sur RMC participe bien sûr de cette volonté…vu le format de cette émission cela s'est fait au détriment de la capacité de parler à la France qui fonde la proximité du Président. La proximité d'une radio n'est pas celle du Président … Nicolas Sarkozy en son temps l'a appris à ses dépend.

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-Mais sont-ils prêts, encore, à écouter François Hollande ? Le lien n'est-il pas rompu avec les Français, à voir cette cote de popularité catastrophique ?

-Il ne faut pas se tromper dans l'interprétation des sondages en confondant le niveau, la proportion de Français mécontents et la nature de ce mécontentement. On peut à 90% penser qu'il ne fait pas très beau sans que cela veuille dire que l'on ne va pas sortir de chez soi. Les Français sont fatalistes, déçus ou mécontents, mais ils attendent toujours du Président. Car d'une part il n'a pas abaissé la fonction et surtout dans les périodes d'inquiétudes, demeure le fait que ce qui a lié les Français entre eux étaient leurs votes à la présidentielle. Les Français ne peuvent actuellement se projeter, de sorte de s'assembler ni dans l'idée de progrès  (l'idée que demain sera meilleur), ni se projeter dans l'Europe réelle comme la France en grand.

Mais, par construction, dans la période actuelle le lien symbolique ne peut être rompu, il est distendu, altéré : François Hollande a toujours le monopole de l'imaginaire politique mais il ne l'incarne pas. D'où le fait que le mécontentement prenne la forme de jacqueries électorales, sociales ou territoriales et le fait que nous soyons toujours depuis de nombreuses années les plus pessimistes au monde.

Son sujet est, au delà du consentement aux réformes à mener, le retour de la confiance de façon suffisante pour mettre le pays en mouvement et à terme pour justifier qu'il se représente nonobstant l'amélioration de la conjoncture.

-A quelles conditions peut-il remonter la pente ? Si le chômage baisse, comme il le dit lui-même ?

- Les indicateurs économiques sont une chose relative, ce sont des indicateurs et non des moteurs. Bien sûr, leur amélioration peut contribuer à celle de la cote de François Hollande et du gouvernement. Mais cela ne suffit pas. La question est celle du Récit qui permette aux Français de se projeter dans l'avenir: que va-t-on faire ensemble, nous Français, où va-t-on ? et pour cela il faut dire ce qu'est la France dans l'Europe et le monde.

Le Récit qui permette aux acteurs économiques d'investir et d'embaucher, le Récit qui permette aux jeunes de se dire que leur avenir est en France. Récit qui permettre de croire même à l'amélioration des indicateurs. Seul le Récit permet de sortir de l'idée de contingence économique. Cela nécessite de comprendre les singularités de la France, son génie, de sorte de bien se réformer. Cela nécessite pour le Président de dire là ou il amène la France. Cela nécessite de donner corps à sa phrase du Bourget : «  La France n'est pas le problème, la France est la solution ».

Or, face aux difficultés, incertitudes, contraintes extérieures François Hollande a semblé, pour ne pas se lier les mains, écarter tout Récit, ou de façon épisodique. Il aura dit dans la situation compliquée, je fais au mieux : « j'ai une boîte à outils », je m'en arrange, vous verrez bien : cela va s'améliorer". Cela exprimait finalement comme chez la plupart de nos élites une certaine défiance à l'égard des Français de leur intelligence et maturité, par mésestimation de notre génie. Les électeurs lui ont répondu par une défiance équivalente, en retour.

Est-il en passe de changer, de ce point de vue?

Il me semble que s'ouvre une nouvelle période ou au contraire il souhaite dire dire les choses aux Français, leur expliquer, on verra s'il fait la démonstration si que le modèle social peut être conservé s'il est réformé…C'est la réponse à cette question qui structure le clivage gauche droite dans le pays et non les actuels débats dans la classe politico-médiatique qui datent d'une d' une vingtaine d'années. Pour faire cette démonstration, François Hollande doit construire le Récit qui incarne le paysage mental de ce que peut devenir la France, de là où elle va. Il y va également du poids et propos de la France en Europe à partir de la description du modèle européen de sorte que sa gouvernance et ses politiques corresponde à son génie …

C'est à cette conditions que l'on pourra réorienter l'Europe de sorte d'éviter la déflation et aider par la croissance européenne les réformes structurelles internes. Redressement, compétitivité française et réorientations européennes sont liés et doivent réussir si on veut sortir de l'alternative des nations européennes : « périr ou renoncer à ce que l'on est » qui fait le lit du populisme en France et dans les autres pays européens. La France doit parler de l'Europe et peut prendre des initiatives d'ici les élections …

*Stéphane Rozès est président de la société de conseil Cap auprès des entreprises et territoires, enseignant à Hec et Sciences-po.Il a eu une mission de conseil lors de la présidentielle auprès de François Hollande.

propos recueillis par Ivan Best

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