Energie : pour l'Europe, la solution passe par le gaz de schiste

L'accord conclu entre la Chine et la Russie qui va lui exporter son gaz risque de fragiliser encore l'approvisionnement européen en énergie. La solution est pourtant simple, aujourd'hui: c'est le gaz de schiste. par Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School
Ivan Best

8 mn

(Crédits : DR)

La semaine dernière, la Russie et la Chine ont signé un accord commercial de 400 milliards de dollars sur une durée de 30 ans portant sur l'approvisionnement de la Chine en gaz naturel par Gazprom,à raison de 38 milliards de mètres cubes par an. Cela risque d'exacerber la crise énergétique dans les pays membres de l'UE, cependant le bloc semble s'obstiner à ignorer une solution évidente - la facturation hydraulique (ou fracking), et à vouloir rester dans les marges avec les énergies renouvelables (EnR).

 L'Europe largement dépendante de la Russie

La vérité, c'est qu'une grande partie de l'Europe dépend largement de l'importation du gaz provenant de la Russie : ces importations représentent 100% de l'approvisionnement de la Finlande, la Lituanie et la Bulgarie, et environ 40% pour l'Allemagne. C'est pour cette raison que l'UE reste réticente quant à la prise de sanctions à l'égard de la Russie, malgré les condamnations quasi-universelles des actions de ce pays dans le dossier ukrainien. Selon les avertissements adressés par le premier ministre polonais Donald Tusk à la chancelière allemande Angela Merkel : "La dépendance de l'Allemagne au gaz russe peut limiter réellement la souveraineté européenne".

 En Europe, un mythe des énergies renouvelables

Beaucoup de politiciens européens considèrent l'expansion des énergies renouvelables (EnR) comme un moyen pour libérer l'Europe de sa dépendance vis-à-vis du gaz russe. Selon Connie Hedegaard, la commissaire européenne au Climat, la crise ukrainienne devrait être "la sonnette d'alarme" pour les pays européens pour passer du gaz russe aux sources d'énergies renouvelables.

Cela revient tout simplement à tourner le dos à la réalité. L'Europe tire seulement 1,3% de ses besoins énergétiques des EnR de types solaire et éolien, les 98% restants étant essentiellement alimentés par les énergies fossiles (à 75%) et par le nucléaire. Même dans le scénario le plus optimiste des prévisions de l'Agence Internationale de l'Énergie, l'Europe ne pourra pas générer plus de 8% de ses besoins énergétiques via ces EnR en 2035. Se focaliser sur les technologies vertes actuelles se rapporte plus à un populisme sans réalisme qu'à autre chose.

Des subventions exorbitantes au solaire et à l'éolien

Par ailleurs, subventionner encore plus d'énergies vertes se révélerait non viable financièrement. Actuellement, l'Espagne paie déjà le double de ce qu'elle dépense dans l'éducation supérieure pour les subventions allouées au solaire et à l'éolien, créant dans la foulée une augmentation excessivement surréaliste. Cela étant, la meilleure illustration de cette incohérence reste l'exemple de l'Allemagne qui représente aujourd'hui la plus large économie de l'UE la plus investie dans les EnR.

En Allemagne, une hausse de 80% du prix de l'électricité pour les ménages

Rien que pour l'année dernière, les consommateurs allemands ont dû subventionné les EnR à hauteur de 20 milliards d'euros, contribuant ainsi suivant le cours de l'inflation à une augmentation de 80% du prix de l'électricité domestique depuis l'an 2000. Outre cela, l'intermittence de ces EnR a augmenté la dépendance du pays aux énergies fossiles depuis sa sortie du nucléaire en 2011. Comme le souligne le journal Spiegel : "Les défenseurs des consommateurs et les associations caritatives ont affirmé que le point de rupture a déjà été atteint. Aujourd'hui, plus de 300 000 foyers par an voient leur électricité coupée par faute de moyen pour s'acquitter de leurs factures." Et selon des analyses effectuées sur des modèles économiques européens, les politiques climatiques actuelles vont générer un coût exhorbitant de 280 milliards de dollars par an.

 Grâce au gaz de schiste, l'Europe pourrait se libérer de la tutelle ukrainienne

Heureusement, nous pouvons résoudre le problème du gaz russe d'une autre manière, mais il faudrait pour cela que l'Union Européenne révise ses réticences face aux nouvelles technologies et qu'elle se penche sérieusement sur l'extraction du gaz de schiste. L'UE possède suffisamment de gaz dans ces gisements de roche-mère pour se libérer de sa dépendance au gaz russe pour au moins 28 ans.

 La fracturation hydraulique suscite un grand nombre d'inquiétudes environnementales, dont certaines sont suffisamment valables pour garantir une réglementation stricte, cependant beaucoup sont largement exagérées. La plus infamante est sans doute le clip, tiré du film Gasland, montrant un robinet qui prend feu, qui s'est avéré infondé dans la mesure où le gaz était entièrement d'origine naturelle.

 Le gaz de schiste permet une réduction des émissions de CO2

Ce que les militants climatiques et les politiciens techno-sceptiques n'ont pas mentionné, c'est qu'avec une régulation appropriée, le gaz de schiste ne représente pas seulement une solution pour nous délester de notre dépendance du gaz russe, elle s'avère aussi être la meilleure solution de cette décennie pour réduire les émissions de CO2 et améliorer la qualité de la vie. Aussi surprenant que cela puisse être, il s'est avéré que le fracking a réussi là où le protocole de Kyoto et les taxes carbones ont échoué. Le boom du gaz de schiste aux États-Unis a permis au gaz naturel de gagner 10% sur le marché du charbon, largement plus polluant - un fait sans précédent. En 2012, le passage de ce pays au gaz de schiste a réduit ses émissions de CO? d'environ 300 mégatonnes (Mt), et cela en tenant compte de l'augmentation des installations éoliennes et de la crise économique.

A titre de comparaison, la réduction des émissions de CO2 engendrée par la totalité des installations éoliennes et solaires dans le monde entier s'élève au maximum à 275 Mt. En d'autres termes, "la révolution du gaz de schiste" aux États-Unis a réduit à elle seule plus d'émissions de CO2 que toutes les installations éoliennes et solaires actuelles réunies.

 La technique du fracking économiquement avantageuse

Outre cela, le fracking s'avère indiscutablement plus avantageux en termes d'économie : si les prix du gaz naturel ont doublé dans les états membres de l'UE depuis l'an 2000, ils ont chuté de 75% aux États-Unis ces dernières années. D'autre part, si les subventions consacrées au solaire et à l'éolien engendrent annuellement un coût global de 60 milliards de dollars, les États-Unis produisent au minimum 100 milliards grâce une énergie nettement plus abordable.

Certains politiciens européens - dont William Hague, le Secrétaire d'état britannique aux Affaires Étrangères, proposent l'importation du gaz naturel liquefié (GNL) provenant des États-Unis pour sortir du dilemme russe. Et il semble effectivement que cette option ait été discutée à la table des négociations sur les accords commerciaux entre l'UE et les États-Unis (PTCI). Mais ne serait-il pas plus évident pour l'Europe d'aller de l'avant et d'exploiter ses propres ressources ? Même la Commission européenne, dont l'agenda environnemental est fortement influencé par les principes de précaution, est en train de considérer le gaz de schiste en vue de la sécurité énergétique des États membres.

 Une promesse de baisse du prix du gaz

Les avantages de la production locale du gaz de schiste sont nombreux et ils dépassent largement le contexte du gaz russe et de la politique étrangère qui s'y rattache. Le filon du fracking européen peut remettre sur les roues une économie mise à mal par la crise, et constitue une promesse de baisse des prix du gaz, avec les avantages substantiels que cela implique au niveau des industries et des consommateurs. Mieux encore, cette option pourrait être à l'origine de la plus grande réduction d'émissions de carbone de cette décennie.

 Avant le passage aux énergies vertes...

Certes, le fracking n'est pas la solution miracle qui va résoudre le changement climatique. Sur le long terme, nous devrons passer à l'énergie verte. Cependant, tant que les technologies vertes coûteront plus chères que les énergies fossiles, ce passage n'aura jamais lieu. Le gaz de schiste peut nous aider à réduire nos émissions de carbone pendant que nous concentrons nos efforts sur la recherche et le développement des EnR afin de réduire leurs coûts. Représentant à ce jour la solution verte la plus viable de cette décennie, le gaz de schiste est une opportunité que l'on peut difficilement laisser passer.

Ironiquement, Vladimir Poutine se sert des arguments environnementaux pour dissuader l'Europe d'exploiter ses propres réserves de schistes. Il a même plaidé en faveur de l'interdiction du fracking en Europe, soi-disant au nom de la sauvegarde de l'environnement. D'après ses déclarations,"Si vous adoptez le fracking, du pétrole sortira de vos robinets." En attendant, la Russie explore les possiblités de fracturation hydraulique à grande échelle en Sibérie. En résumé, les actions de Poutine visent à maintenir la dépendance de l'Europe à la Russie.Nous ne devons pas laisser faire cela.

 

Traduit par Ninah Rahobisoa

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