Pourquoi l'Inde va développer rapidement son marché financier

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Des réformes et une libéralisation du marché propices à la croissance sont attendues de la part du nouveau gouvernement. Les marchés financiers, dont l'obligataire, vont se développer parallèlement. par Viktor Hjort, directeur de la Recherche obligataire asiatique chez Morgan Stanley

Le résultat décisif des élections en Inde a ouvert la voie à de nouvelles réformes structurelles susceptibles de porter le taux de croissance du PIB à proximité des 7 % durant la prochaine décennie, tandis que des injections de capital pourraient permettre aux banques de faciliter le financement de cette croissance. Un tel scénario aurait des conséquences non négligeables sur les marchés obligataires indiens. Selon nous, les dix années à venir seront caractérisées, du point de vue des marchés indiens des obligations et des changes, par des réformes politiques axées sur l'accélération de la croissance et une libéralisation plus rapide des marchés.

Une dynamique économique plus favorable

À la lumière des récentes statistiques, l'environnement de récession et de stagflation laisse déjà place à une dynamique plus favorable : la balance des paiements s'est assainie à la faveur de la dépréciation de la roupie et des mesures non conventionnelles prises par la banque centrale indienne (RBI) ; les perspectives de croissance sont modérément positives, grâce à la reprise mondiale ; enfin, le développement des prêts douteux - y compris au niveau des banques contrôlées par l'Etat - pourrait désormais ralentir. L'horizon des marchés indiens avait déjà commencé à se dégager avant les élections.

Des obstacles administratifs aux investissements étrangers...

La seconde phase de libéralisation économique et la réforme des investissements directs étrangers (IDE) en septembre 2012 devraient favoriser un bond de l'investissement privé soutenu dans une large mesure par les investissements étrangers. Cependant, malgré l'assouplissement des plafonds d'IDE, les investissements étrangers en Inde restent modestes, en partie à cause des obstacles administratifs.

... mais qui seront bientôt levés

Ceux-ci diminuant, nous pensons que les IDE contribueront à l'essor des investissements durant la prochaine décennie, à l'image de ce que la Chine a pu connaître au milieu des années 1990. Selon nos prévisions, les IDE augmenteront pour atteindre en moyenne 2,5 % du PIB sur la période 2014-2024, contre 1,5 % en moyenne entre 2008 et 2014 (voir graphique 1). De tels afflux de capitaux étrangers devraient soutenir l'amélioration de la balance des paiements indienne.

Un déficit de la balance courante bientôt stabilisé

L'économie indienne reste tournée vers le marché intérieur et le pays est un importateur net. La croissance des importations devrait accélérer sous l'effet de la reprise économique locale et de la levée par le gouvernement des restrictions aux importations et aux transferts de fonds vers l'étranger. Le secteur des services constitue la première source de revenus liés aux exportations, la part de marché de l'Inde dans les services mondiaux ayant été multipliée par 2,5 au cours des dix dernières années.
À long terme, nous pensons que l'Inde devrait pouvoir stabiliser son déficit courant net à 2,5 % du PIB, près du niveau historiquement soutenable de 2 %. L'impact positif des flux d'IDE devrait compenser l'incidence négative du creusement du déficit courant et dicter l'évolution des changes, résultant en une stabilité du taux de change effectif réel (TCER) stable mais une baisse du taux de change effectif nominal liée au large différentiel d'inflation séparant l'Inde de ses principaux partenaires commerciaux.

Un taux de change stable

Malgré la corrélation positive historique entre les flux de la balance des paiements indienne et l'évolution du taux de change effectif réel de la roupie, la Banque centrale indienne, la RB,I restera probablement acheteuse sur la paire USD/roupie à long terme, absorbant ainsi une large part des afflux nets de capitaux. En intégrant les interventions de la RBI, nous tablons sur un Taux de change effectif réél (taux de change corrigé de l'inflation), stable.

L'Inde, bientôt deuxième émetteur d'obligations en Asie?

Nous attendons un triplement de la taille des marchés indiens du crédit d'ici à 2019, lié en partie à la croissance et aux besoins de capitaux mais surtout au recours croissant aux marchés de la dette. L'Inde pourrait devenir le deuxième émetteur d'obligations en monnaies du G3 en Asie, atteignant le seuil des 160 milliards de dollars d'ici 2018 - soit 100 milliards d'obligations émises par des entreprises non financières (leur recours aux marchés financiers se développant à partir d'un très bas niveau) et 60 milliards d'obligations émanant d'entreprises financières. Le marché obligataire indien devrait afficher en moyenne chaque année plus de 30 milliards de dollars d'émissions brutes d'ici 2018, contre 16 milliards en 2014 selon nos prévisions.

Un succès de la lutte contre l'inflation

Sur le front des taux d'intérêt, les marchés obligataires locaux pourraient profiter d'un succès de la lutte contre l'inflation et d'une réduction des seuils imposés aux investisseurs étrangers, mais une hausse des rendements réels sera également nécessaire pour garantir un taux d'épargne stable et refléter une accélération de la croissance.
L'intégration de l'Inde dans les indices obligataires mondiaux pourrait constituer, le cas échéant, une surprise positive pour les marchés de taux locaux. Dans l'hypothèse où l'Inde ferait son entrée dans les indices mondiaux, elle obtiendrait probablement la pondération maximale dans la plupart des indices compte tenu de l'ampleur de la capitalisation boursière (600 milliards de dollars environ) de son marché d'obligations d'Etat. Une telle mesure pourrait selon nous entraîner un afflux initial de 20 à 30 milliards de dollards de capitaux étrangers à destination du marché obligataire indien.
Enfin, nous pensons que la note de crédit de l'Inde restera stable à court terme. Tout relèvement nécessiterait des améliorations considérables en termes d'inflation, de solde budgétaire et de comptes courants.

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Commentaires
a écrit le 24/08/2014 à 14:36 :
C'est un texte un peu optimiste et orienté par l'activité de l'intervenant. Comment l'obligataire en Inde peut se développer à court voire moyen terme alors que l'on va retirer trop de liquidités en circulation dans le monde et que la plupart des pays qui tirent l'économie mondiale sont endettés ou en quasi stagnation d'assez longue durée ? Sans parler d'une crise du pétrole qui peut survenir désormais dans un temps assez proche.
a écrit le 22/08/2014 à 17:31 :
L'Inde va rapidement développer son marché financier parce que WS en a besoin et qu'il n'y a rien de tel pour des politiques que de l'argent gratuit...
a écrit le 22/08/2014 à 13:54 :
Très bonne analyse. D'autant que la main d'oeuvre peut toujours être "payée" un bol de riz par jour et qu'ils sont, depuis récemment, décidés à polluer autant que la Chine, ce qui n'est pas peu dire. De bons gros investissements sont à faire pour profiter de l'aubaine.

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