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« Nous sommes fiers d’être mécènes »

Photo de Les correspondants de La Tribune

Gabriel de Broglie

Publié le 29 août 2014 à 14:20 - Mis à jour le 29 août 2014 à 14:26

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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Ce n’est pas très connu, et pourtant, l’Institut de France abrite quelque 200 fondations. Une mission historique de mécénat pour les Académies qui soutiennent ainsi les arts, la culture et la science. Par Gabriel de Broglie, Chancelier de l'Institut de France.

Que serait la France sans ses mécènes ? Quelle force pousse ces personnes physiques, familles, entreprises, institutions, organisations représentant la société civile,  à aider, de façon totalement désintéressée, des chercheurs, des laboratoires, des personnes en situation de fragilité, des jeunes en difficulté scolaire ou d'insertion, ou qui permettent la sauvegarde et le rayonnement de notre patrimoine culturel, historique et naturel?

La volonté de s'engager, de partager, de se montrer solidaires des difficultés des autres. L'action des mécènes est devenue indispensable pour apporter des ressources aux actions favorisant le bien commun, ressources que l'État peine de plus en plus à mobiliser; elle vient en appui de la démarche publique.

Le mécénat est au cœur des activités de l'Institut de France, au travers de la gestion des quelque 200 fondations qu'il abrite. C'est aussi une mission historique, puisque dès l'origine les Académies se sont vu confier le soin, par des dotations et des prix, de soutenir les arts, la culture et la science.

En 1795, les Conventionnels réarmaient cette vocation pour le jeune Institut national des sciences et des arts, auquel ils confiaient le soin de «décerner des récompenses aux inventions et découvertes utiles, aux succès distingués dans les arts, aux belles actions et à la pratique constante des vertus domestiques et sociales». Le statut de l'Institut lui confère la liberté et l'indépendance nécessaires au bon déploiement de ces activités de mécénat.

Une gestion rigoureuse et transparente

Au fil des ans, un nombre croissant de fondations ont confié leur patrimoine à l'Institut de France. Elles savent compter sur la fidélité totale de l'Institut aux volontés et  missions fixées par leurs fondateurs et sur une transparence exemplaire et une grande rigueur dans leur gestion. Chaque fondation est administrée individuellement par un conseil d'administration au sein duquel siègent des membres de l'Institut aux côtés des personnalités désignées par les fondateurs.

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Certaines fondations détiennent d'importantes liquidités et portefeuilles de valeurs mobilières dont la gestion est supervisée par l'Institut de France. Ces fonds appartiennent aux fondations, gérés dans des comptes séparés et leurs revenus sont fléchés. Une charte, établie en 2007, précisant que l'Institut ne doit pas gérer en direct des valeurs mobilières, cette gestion est assurée par des gestionnaires d'actifs financiers professionnels, renouvelés tous les trois ans, sélectionnés par mise en concurrence par un panel d'experts. L'Institut de France exerce son contrôle sur cette gestion au travers d'une gouvernance s'appuyant sur des membres de l'Institut, anciens dirigeants d'institutions  bancaires nationales et internationales, experts incontestés des questions financières.

Deux instances ont été mises en place: un comité de placement, rassemblant des membres de l'Institut et des experts extérieurs, qui se réunit plusieurs fois par an pour analyser dans le détail la gestion du portefeuille et faire des recommandations à la Commission des portefeuilles, organe compétent pour traiter de ces questions et donner un avis à la Commission administrative centrale. Le contrôle des cinq gestionnaires de fonds est fait à partir de tableaux de bord mensuels simples, uniformisés, comportant des éléments financiers et des explications qualitatives, ces informations étant communiquées aux experts extérieurs qui disposent ainsi d'une capa cité d'alerte. Le contrôle des gestionnaires se traduit également par des réunions régulières avec chacun d'entre eux en cours d'année. De nouvelles procédures d'échanges de données avec la Caisse des dépôts, dépositaire des fonds dédiés, ont été mises en place en 2012.

Chaque année, au mois de juin, l'Institut de France organise une séance solennelle de remise des grands prix accordés par les fondations qu'il abrite. C'est aussi l'occasion de réaliser un bilan de notre action au service de la collectivité. Ainsi, entre juin 2013 et juin 2014, les 90 fondations les plus actives abritées par l'Institut de France ont distribué 18,5 millions d'euros de subventions, bourses et prix, dont environ 10 millions au profit des sciences et de la recherche, 6,3 millions pour des actions humanitaires et sociétales et environ 2,2 millions pour le soutien à la culture et aux arts.

La plus grande partie des fonds distribués dans le domaine de la recherche concerne la santé (cancérologie, ophtalmologie, lutte contre les maladies infectieuses, neuro-dégénératives et cardiovasculaires, soutien eux enfants malades et à leur famille...). Nos fondations œuvrent également dans le domaine culturel en soutenant la création artistique et littéraire, tout comme la conservation et la valorisation du patrimoine. Ainsi, des dizaines de chercheurs et de laboratoires ont vu leurs travaux distingués et soutenus, et des centaines de projets ont bénéficié de financements.

Un engagement pour les plus fragiles

Certes, il n'est pas possible de citer ici l'ensemble des actions mises en œuvre au cours de ces douze derniers mois, mais on ne peut qu'être impressionné par leur diversité et leur utilité sociale, dans un contexte économique difficile où les situations de précarité et de fragilité sont nombreuses. Ainsi, dans le domaine de l'action humanitaire, un grand nombre d'initiatives ont été soutenues par les fondations de l'Institut de France, comme l'accompagnement d'adolescents en fin d'incarcération, la création d'une nurserie médicalisée au Chili, la lutte contre le décrochage scolaire, l'insertion de personnes en situation d'exclusion, l'ouverture d'une école primaire expérimentale à Marseille, le soutien à un centre pour enfants en situation précaire au Maroc, la construction d'une villa intergénérationnelle de convalescence à Lyon et d'un nouvel EPHAD à Versailles pour des personnes en perte d'autonomie, l'aide à de jeunes porteurs de projets à Grenoble pour la création de leur entreprise...

Ces actions concrètes nous rendent fiers d'être mécènes. Ceux qui critiquent les fondations devraient y regarder de plus près.

Malgré sa bonne volonté, l'État ne peut être présent partout et ne peut répondre à toutes les demandes, qu'elles proviennent de chercheurs, familles en difficulté, jeunes en situation d'exclusion, enfants soufrant de longues maladies, artistes, écrivains, ou qu'il s'agisse de monuments historiques en péril. Pour toutes ces causes, le soutien financier des fondations est fondamental et c'est la raison pour laquelle l'Institut de France continuera de s'engager de toute sa force auprès de ces mécènes, qui œuvrent avec audace et générosité pour une société qui innove, tout en étant plus juste et plus solidaire.

Gabriel de Broglie

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