Russie : à l'Est, rien de nouveau

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La Russie ne s’intègrera décidément pas de sitôt dans le jeu mondial, que ce soit dans le domaine économique ou politique. par Quentin Gollier, consultant

« Une ambition désordonnée, immense, une de ces ambitions qui ne peuvent germer que dans l'âme des opprimés, et ne se nourrir que du malheur d'une nation entière, fermente au cœur du peuple russe ». Ces quelques lignes écrites par le marquis de Custine en 1839, en visite à la cour de Nicolas II à Saint-Pétersbourg résonnent toujours aussi étrangement à chaque résurgence de l'empire russe sur son « étranger proche ». « Cette nation, avide à force de privation, expie d'avance chez elle, par une soumission avilissante, l'espoir d'exercer la tyrannie chez les autres, la gloire, la richesse qu'elle attend la distraient de la honte qu'elle subit, et pour se laver du sacrifice impie de toute liberté publique et personnelle, l'esclave, à genoux, rêve de la domination du monde ». Nonobstant le solide racisme aristocratique d'un auteur du milieu du XIXème siècle dressant un tableau très pittoresque de la Russie tsariste, il n'en reste pas moins que ce carnet de voyage rappelle à l'actualité, notamment depuis le début de la crise ukrainienne.

Le traumatisme des années 90, encore là

De fait encore en grave période de privation, la Russie ne s'est toujours pas relevée du traumatisme qu'elle a connu dans les années 1990 quand le capitalisme le plus prédateur s'y est invité sans période de transition, conduisant à des inégalités économiques presque sans équivalent dans le reste du monde. Mais malgré deux décennies d'ajustementset un boom pétrolier ayant démultiplié les recettes de l'Etat, la route entre Moscou et Saint-Pétersbourg ne possède encore que deux voies par endroit, et un quart des habitants de la seconde ville du pays s'entassent toujours avec résignation dans des logements communautaires, avec souvent des rideaux en guise de séparation physique entre deux familles

Dans les campagnes, l'eau courante un luxe, les soins médicaux, un rêve

Dans les campagnes - qui continuent de se vider à une vitesse alarmante - l'eau courante reste souvent un luxe, et les soins médicaux un rêve, la Russie étant classée 130ème en terme de qualité des soins par l'OMS, et parallèlement à un léger regain démographique ces dernières années, l'espérance de vie masculine stagne depuis des années autour de 65 ans. De même, malgré des discours rivalisant de volontarisme des politiciens, la Russie ne parvient toujours pas à exporter en quantité significative de produits manufacturés en dehors du domaine très spécifique de l'armement, malgré quelques réussites notables en matière de télécoms ces dernières années. En 2010, les matières premières représentaient ainsi près de 80% des échanges du pays avec l'extérieur...

Poutine joue sur le vieux registre des souverains russes

Difficile de croire dans ces conditions qu'un homme ait pu être élu à - quasiment - 5 reprises, de façon consécutive. Mais habile à vanter son aura militaire, construite durant la très sanglante seconde guerre de Tchétchénie, Vladimir Poutine joue sur le vieux registre des souverains russes, éclipsant le terrible retard économique du pays sur son voisin européen par des coups d'éclat territoriaux permanents, et des appels récurrents à la « gloire » passée des périodes tsaristes et soviétiques. Toujours habile à arbitrer les relations de pouvoirs des différents clans se partageant le juteux contrôle des - rares - secteurs productifs de l'économie, Vladimir Poutine est progressivement parvenu à construire le consensus autour de sa personne au sommet de l'État russe. Cet espace politique étrange peuplé d'anciens apparatchiks du PCUS, d'arrivistes bien connectés, de politiciens et d'incontournables siloviki - hommes forts - des services secrets et de l'armée, opère aujourd'hui dans l'impunité des vitres teintées des Mercedes d'import et des très select boites de nuit de la tentaculaire capitale moscovite.

Une corruption à tous les niveaux, qui rend impossible l'insertion de la Russie dans l'économie mondiale

Rongeant les bénéfices des entreprises locales et étrangères, la corruption se retrouve donc à tous les niveaux de la société, de la très tristement célèbre police routière au plus haut niveau de l'État. Empêchant toute forme de compétitivité, le modus vivendi actuel, qui voit la captation par les oligarques des richesses nationales en échange de leur soumission au Kremlin, rend pour le moment impossible toute forme d'intégration de la Russie à l'économie mondiale.

Le verrouillage de ce système s'effectue très classiquement, avec l'exil, voire l'assassinat pur et simple des frondeurs, renâcleurs, ou simples tombés en grâce. Pour les journalistes ou politiciens d'opposition cherchant à mettre au jour le fonctionnement interne de cet imbroglio en mutation permanente, la mort est également une sérieuse possibilité, la défunte Anna Politovskaya l'ayant appris à ses dépens pendant son enquête sur de mystérieux « attentats » aux commanditaires toujours inconnus ayant causé la panique avant la première élection de Vladimir. Poutine. Toute ingérence étrangère y est vaine : à peine entrée dans l'OMC, la Russie s'est immédiatement lancée dans une série de graves infractions malgré les protestations de ses partenaires.

L'âme russe...

Ayant rassemblé sans partage le sommet de la société russe au prix exorbitant du développement du pays, difficile donc pour les occidentaux de comprendre la gigantesque popularité de ce président omniprésent, à la richesse estimée par Forbes - source certes douteuse - à 70 milliards de dollars dans un pays où une femme meurt toutes les heures des mains de son mari, et où la mortalité infantile a toujours des niveaux embarrassants (équivalent au Costa Rica), la corruption étant encore un facteur dans l'obtention des diplômes de médecine de certaines facultés. L'invocation d'une « âme russe » décrite en introduction par Custine et à laquelle se réfèrent par exemple sans cesse les kremlinologues et historiens américains tels qu'Edward Keenan ou Richard Pipes semble rester un facteur d'explication central, malgré le profond déterminisme qu'il implique.

 Une popularité liée à un volontarisme en politique extérieure

Force est en effet de constater que la période de popularité sans équivalent que traverse actuellement Vladimir Poutine reste profondément liée à son volontarisme en politique extérieure et à son ambition de « restaurer » un maximum de territoire à une Russie décrite en permanente comme assiégée par un Occident dont elle semble rejeter les valeurs tout en imitant ses structures. La confrontation actuelle, à l'intensité sans précédent depuis la Guerre froide, parait bien mobiliser tant  dans les villes que les campagnes sur le thème d'une Russie redevenue une menace mondiale, à la puissance restaurée, mais dont les actions sur le terrain se mesurent pourtant - à l'exception du coup de maitre de la Crimée - à quelques milliers d'hectares ukrainiens mal tenus par un agglomérat de troupes d'élites du GRU et de vagues bataillons de recrues locales assemblés à la va-vite pendant le printemps.

Restaurer une "fierté" russe

Comme pendant le choc de la guerre en Géorgie en 2008, Vladimir Poutine fait louvoyer son pays entre l'imaginaire de la restauration de la « fierté » russe - dont le corolaire semble être l'empire - et l'aggravation de conditions économiques déjà difficiles en semblant estimer avec difficulté sa marge de manœuvre avant de sérieuses réactions occidentales. Ayant définitivement fermé la porte à la politique de « reset » de Mr. Obama, qui cherchait pourtant désespérément à intégrer la Russie aux responsabilités du système international - certes selon les règles des Etats-Unis -, le gouvernement semble aujourd'hui faire le choix d'un retrait total du sommet traditionnel du pouvoir international (Etats-Unis - Europe) pour tenter de créer un groupe concurrent fondé autour des « BRICS » dont la plupart - notamment le Brésil - n'en demandaient pas tant. Malgré l'indéniablement généreux contrat de gaz naturel gagné avec la Chine en début d'année, de nombreuses infrastructures sont à construire pour acheminer ledit gaz, alors même que les installations extractives sont en bonne partie encore soviétiques, et que les énormes gisements du cercle arctique - nécessaires pour maintenir le niveau de production - ne peuvent à priori être atteints sans matériel occidental, bloqué par les sanctions.

 Dans une situation très inconfortable

Vedomosti, un des principaux journaux économiques du pays lançait récemment que « dans le monde utopique imaginaire du Kremlin, la Russie est déjà le noyau d'une puissante alliance régionale de l'Atlantique à l'Océan Indien. Cette union est une force avec laquelle l'ensemble du monde doit compter puisqu'elle est composée d'une armée russe équipée des dernières technologies et armes, et envahira le monde entier ». De fait, face à l'incapacité répétée du pouvoir central à diversifier l'économie (la projet récent de silicon valley russe à Skolkovo est désormais en sérieuse difficulté), et les problèmes de gestion récurrents de champions nationaux comme Rosneft gérés par ceux que Churchill appelait - en 1947 - les « aventuriers cosmopolites s'étant établis sur [la Russie] et la taillant en pièce »,  la Russie se trouve aujourd'hui dans une situation très inconfortable.

Tout miser sur les pays en développement

S'étant définitivement aliéné un Occident occupant à la fois traditionnellement le modèle à imiter - depuis les premiers tsars - et celui de persécuteur sans merci, il reste à espérer que le choix de Vladimir Poutine d'opérer un retournement à toute vapeur sur des pays en développement permettra à l'industrie nationale d'obtenir des marchés qu'elle n'aurait eu aucune chance d'obtenir en Europe, à défaut d'être rationalisée en profondeur de façon à créer un écosystème enfin compétitif.

A l'Est, rien de nouveau...

Nikolai Berdayev, sans doute le plus français des philosophes chrétiens russes, observait avec un désespoir consommé la révolution russe de 1917 qui fait aujourd'hui un glacial écho avec la situation du pays depuis la fin de l'URSS. « Nous avions reçu la Russie du vieux pouvoir dans une forme terrible, malade et lacérée, et nous l'avons menée dans une pire condition encore. Il n'est pas apparu après la révolution un retour à la santé, mais plutôt le développement d'une maladie, un "empirement " progressif du pays. Ce n'est pas la nouvelle vie qui se révèle et fleurit, mais plutôt l'ancienne, qui se détache et pourrit ». Pour une Europe toujours autant fascinée par ce pays décidément unique qu'échaudée par le douloureux débordement soviétique du siècle dernier, à l'est décidément rien de nouveau.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2014 à 19:39 :
Quentin Gollier ou l'art de parler de ce qu'il ne connaît pas. D'ailleurs, il a enlevé son titre "consultant, expert en pays émergents" (un vaste programme) pour simplement "consultant" (c'est bien, c'est encore plus flou).

A nouveau : pour La Tribune publie des dissertations de lycée de ce jeune homme ? Il n'y a strictement aucun intérêt !
a écrit le 01/10/2014 à 9:24 :
Une vision très fermée qui tombe vite dans le stéréotype!!! Dogmatique et absurde!!
a écrit le 04/09/2014 à 20:17 :
Je vous offre un billet d'avion pour Moscou, un pays ça ne s'apprend pas dans les livres.
Il faut connaître pour en parler...
Pauvre Quentin, pauvre Gollier, pauvre Quentin Gollier...
a écrit le 04/09/2014 à 20:12 :
SVP Nicolas 2 est né en 1868, "la cour de Nicolas 2 en 1839" grossière erreur pour un spécialiste...
a écrit le 03/09/2014 à 15:17 :
Comme disait Corine Maier, consultant c'est insultant de passer pour un c...
a écrit le 03/09/2014 à 9:31 :
La Russie ne s’intégrera jamais dans le jeu mondial car les américains ne le permettront jamais. Une Russie intégrée serait par ses ressources naturelles une menace trop forte sur le leadership américain... L'Iran est dans la même situation vis-a-vis des monarchies du Golfe.
a écrit le 03/09/2014 à 1:01 :
Quel beau sujet de baccalauréat !...
a écrit le 03/09/2014 à 0:40 :
IL suffit de parler de Poutine, et nous obtenons sur ce site de vrais romans dignes de V H ugo !!
a écrit le 02/09/2014 à 23:49 :
Tout va trés mal en Russie qui pourtant faisait encore pas si longtemps 5 % de croissance alors que la France ramait à moins de 2.Et puis Poutine avec une popularité considerable qu'aucun dirigeant occidental ne peut approcher d'Obama à Hollande .La Russie c'est un des nouveaux poles qui emerge l'Eurasie !Les russes disent qu'ils n'ont rien à faire avec une europe qui va rester trés longtemps coincé à - de 1 % de croissance pour plus d'une decenie .D'aprés une agence americaine le chantier pharaonique du gazoduc russo chinois donnera à la Russie 2 pts de croissance à la Russie !Les BRICS se developpent à grande vitesse et integrent leurs economies .Quand aux campagnes qui se vident c'est le signe justement d'un progrés comme ça c'est passé aux USA .Les campagnes françaises sont elles pleines !Un article de partie pris anti russe .Les relations economiques russo européennes se tendent de plus en plus !La Russie regarde vers l'Asie qui peut lui fournir tout ce qu'elle veut et l'Europe va perdre beaucoup le patronnat allemand à deja prevenu Merkel des consequences trés importante pour l'économie allemande de pertes de marchés russe.Les russes sont capable de fabriquer d'eux meme tout ce qui leur manque et en haute technologie on voit pas trés bien ce qui leur manque leur niveau militaire le prouve .Le T50 de Soukoy vaut le F35 americain qui n'arrette pas d'avoir des problemes et est superieur aux Rafale et autre Eurofayther européen .
Réponse de le 06/10/2014 à 14:08 :
OK mais avec une inflation à 8%, ça leur fait une belle jambe aux Russes de voir leur économie croître plus que celle de la France.
a écrit le 02/09/2014 à 22:53 :
Un article très léger ,type premier de la classe mais en terminal au mieux . En être encore à citer Custine ! Il faut oser . Un journal comme la tribune doit pouvoir trouver des spécialistes d'un autre calibre pour aborder ce sujet complex autrement qu'avec des lieux commun
a écrit le 02/09/2014 à 22:27 :
Suite: 3. La critique sur l’économie est juste, mais Russie est parfaitement intégrée dans l’économie mondiale :) Elle vend les ressources et dépensent l’argent pour les importations ou les accumule en Occident ou dans les off-shores, tout comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et encore plusieurs pays, même elle a certains points forts par rapport à eux. Pourtant, posez-vous une question simple : est-ce que les élites économiques et politiques en Occident veulent la Russie concurrente dans l’industrie, la finance, la haute technologie etc. ? Permettez-moi d’exprimer les doutes.
4. Il ne faut pas également oublier que nombreux responsables russes ont leurs familles, capitaux etc. en Occident. On dit que Poutine fait partie. En ajoutant cela au modèle économique, on peut appeler ce modèle s’appelle un capitalisme compradore. Ainsi, Poutine représente un chef du pays idéal pour l’Occident. Vous me direz que Poutine résiste contre l’Occident ou au contraire parlez de l’impérialisme russe? Désolé, à l’exception des derniers évènements et la Syrie il n’y a pas trop d’exemples. La Tchétchénie ? Certes, Poutine a fait son capitale politique dans cette histoire, mais quand même a. la Tchétchénie indépendante était une enclave criminelle extraordinaire même par rapport à la Russie très criminalisée à l’époque et le centre d’attraction des islamistes radicaux, sans compter la persécution des restes de la population non-Tchétchène. b. Finalement R. Kadyrov a eu bien plus que D. Doudaev avait réclamé au début des années 90. c. Il n’y avait aucun Etat indépendant, la guerre permanente des clans qui sont juste capables de se réunir contre l’ennemi commun, de plus il n’y a aucune frontière extérieure avec d’autres pays. La Géorgie ? Désolé, mais a. selon les conclusions de la commission internationale la guerre a été commencé par la Géorgie b. La Géorgie n’a rien perdu sauf l’honneur : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont été de facto indépendantes depuis le début des années 90. c. avant la guerre de 2008 sous pression géorgienne et internationale Poutine a fermé toutes les bases militaires russes existant en Géorgie depuis l’URSS. Au contraire, dans années 2000 Poutine a fermé plusieurs bases militaires importantes telles que Kamran et Lurdes (Vietnam et Cuba). Il a aidé les occidentaux en Afganistan. En Russie actuellement il y a une base de transit de l’OTAN pour approvisionner les troupes en Afganistan. A propos, personne n’a parlé de fermer cette base dans le cadre des sanctions. L’impérialisme dans le cadre de l’Alliance Douanière ? :) La Russie donne des dizaines mlrd. euros par an comme les dotations, en retour une baisse d’influence politique et dès fois les crachats des pays de niveau failed state (Kirghizie, Tadjikistan). D’où la question intéressante : pourquoi est-ce qu’un politicien compradore et généralement pro-occidental au moins jusqu’au 2008 a été nommé le grand méchant ?
Suite…..
a écrit le 02/09/2014 à 21:27 :
Participez dans notre manifestation internationale ce jeudi 4 septembre à 19h, Trocadero à Paris , les intellectuels polonais appellent les états européens à reconsidérer leur approche aux menaces et actions de la Russie : venez nombreux, prenez vos drapeaux !
Réponse de le 02/09/2014 à 23:52 :
On pourrait aussi venir pour manifester contre vous !Qui se soucie en France des intellectuels polonais !
a écrit le 02/09/2014 à 19:52 :
Face à ces problèmes d’approvisionnement, la riposte de Kiev se heurte à de multiples écueils. En Ukraine d’abord, où le problème tient surtout à la diversification des importations de gaz du pays. En Europe ensuite, où certaines sociétés et certains gouvernements semblent disposés à sacrifier les politiques énergétiques communes de l’Union européenne et la sécurité énergétique de l’Ukraine au profit d’accords gaziers plus avantageux avec la Russie. Aux États-Unis enfin, où des groupes comme ExxonMobil estiment peut-être avoir beaucoup à perdre en Russie (pays qui possède l’une des plus grandes réserves de pétrole et de gaz inexploitées) en aidant l’Ukraine à moderniser son infrastructure énergétique et à diversifier ses importations de gaz.

Cette situation amène à se poser les questions suivantes : jusqu’à quel point l’Union européenne et l’Ukraine sont-elles en mesure de tenir en cas de nouvelles coupures de gaz par la Russie ? La Russie peut-elle se permettre une interruption plus longue de ses livraisons à l’Ukraine qui se répercuterait sur l’Europe ? Et, surtout, qui a le plus à perdre ?
La Russie dans la « dépendance réciproque »
Pour le Kremlin, le secteur énergétique est son principal actif commercial, le pilier économique de sa stabilité intérieure et un important levier de politique étrangère. Entre 2000 et 2012, la Russie est devenue encore plus dépendante de sa manne pétrolière et gazière, dont la proportion dans le budget fédéral est passée de 47 à 50 % ; cette manne représente grosso modo 25 % de son PIB.
La stratégie énergétique de Moscou sur la scène internationale vise depuis longtemps à maintenir et à accentuer la dépendance de l’Europe vis-à-vis de l’énergie russe, de manière à accroître l’influence économique et géopolitique de la Russie, tout en atténuant les menaces qui pèsent sur sa sécurité nationale.

Avant même le conflit ukrainien, la Russie avait la volonté manifeste de diversifier ses exportations de gaz – en particulier à destination de l’Asie. Si son secteur énergétique et ses groupes gaziers étaient frappés de sanctions européennes, elle ne saurait en compenser les effets en réorientant ses exportations de gaz vers la Chine, du fait d’un manque d’infrastructures d’acheminement.

Les spécialistes occidentaux des questions économiques et énergétiques parlent souvent de dépendance réciproque entre l’Union européenne et la Russie : l’Union est tributaire du gaz et d’autres énergies russes, tandis que la Russie a besoin de son principal débouché gazier – l’Europe – mais aussi des investissements et du savoir-faire technologique européens.

Les silovikis (agents des services de sécurité russes), en revanche, considèrent depuis toujours cette dépendance comme étant « asymétrique », au motif que la Russie peut se passer pendant au moins un an des investissements et technologies de l’Europe et de l’Occident, alors que l’Europe ne survivrait même pas 30 jours sans gaz russe.
La sécurité de l’approvisionnement gazier européen
L’Europe importe 30 % du gaz qu’elle consomme de la Russie et paie à cette dernière une facture énergétique de quelque 250 milliards de dollars par an. Ces dernières années, l’Union européenne a renforcé sa sécurité énergétique grâce à toute une série de projets de diversification. On est loin aujourd’hui de la situation qui prévalait lors de la dernière crise gazière russo-ukrainienne de 2009, et ce pour plusieurs raisons :

Le corridor gazier méridional, qui sera inauguré dans quelques années, permettra l’importation de gaz depuis la mer Caspienne et – pour la première fois – le contournement de la Russie, qui perdra du même coup le monopole des exportations de gaz de la région vers l’Europe.

À l’heure actuelle, il existe une importante marge d’augmentation des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) comme solution à brève échéance, compte tenu des nombreux terminaux de GNL existants et de l’ouverture, en 2015, de nouvelles installations en Pologne et en Lituanie et, à l’horizon 2020, dans d’autres pays (notamment en Croatie). Des pays comme les États-Unis et Israël pourront ainsi devenir de nouvelles sources d’approvisionnement.

L’Union européenne peut aussi importer davantage de GNL, 73 % des capacités de regazéification de ses terminaux étant restés inexploitées en 2013. Au cours des deux années écoulées, l’Europe a réduit ses importations de GNL de 45 %. Mais l’importation de ce gaz lui coûtera cher, compte tenu de la concurrence des prix, l’Asie payant ses importations deux à trois fois plus cher que l’Europe.

De nouvelles interconnexions gazières entre les pays d’Europe centrale et orientale relient entre eux les « îlots énergétiques européens » et permettent un bien meilleur acheminement du gaz en temps de crise, tout comme les nouveaux « flux rebours ». Il reste que ces « îlots énergétiques » ne sont pas tous connectés et que les sources d’approvisionnement à court terme au sein de l’Union demeurent limitées, au moins pour certains États membres, même si cela devrait changer dans les deux à trois ans.

L’approvisionnement en gaz de l’Union européenne a lui aussi évolué. La Russie n’achemine plus que 53 % de ses exportations vers l’Europe par le réseau de gazoducs ukrainien – contre 80 % en 2009 –, ce qui s’explique par l’ouverture, entre-temps, du gazoduc Nord Stream.

Côté russe, ce n’est pas la meilleure saison pour interrompre les livraisons de gaz. L’Europe ayant connu un hiver plutôt clément, elle n’a guère entamé ses réserves de gaz et en consomme bien moins au printemps et en été qu’en hiver, saison durant laquelle toute interruption de gaz aurait des conséquences bien plus lourdes sur la sécurité d’approvisionnement de l’Europe.

La plupart des États membres de l’UE pourraient tenir 90 jours si l’Europe venait à manquer de gaz, grâce à diverses autres sources d’approvisionnement, au premier rang desquelles figurent ses réserves. Même les pays baltes, qui sont encore totalement tributaires de Gazprom, ont pris une série de contre-mesures pour le cas où la Russie déciderait à nouveau de fermer le robinet.

La grande question qui se pose à présent est de savoir si l’Union européenne diversifiera réellement ses sources d’approvisionnement comme elle l’a déclaré, ou si elle maintiendra (voire augmentera) sa dépendance vis-à-vis de la Russie.
Le soutien de la Bulgarie, de l’Autriche, de l’Italie et d’autres pays à la mise en place du gazoduc South Stream illustre le décalage entre les déclarations de l’Union européenne et les effets concrets de ses politiques énergétiques communes. Le gazoduc South Stream, projet d’acheminement gazier le plus coûteux de la région, augmentera davantage encore les prix du gaz déjà élevés en Europe (trois fois plus élevés qu’aux États-Unis), et ce alors même que l’Union européenne a déclaré qu’elle entendait faire baisser les prix de l’énergie et du gaz pour maintenir sa compétitivité économique, et que bien d’autres solutions d’approvisionnement moins coûteuses existent.
À terme, le gazoduc South Stream risque même de rendre l’UE encore plus tributaire de la Russie. Il pourrait également faire perdre leur raison d’être à tous les autres projets d’acheminement par le sud-est de l’Europe, une région qui consomme relativement peu de gaz et dépend grandement de Gazprom pour son approvisionnement. Si, à la place de ce gazoduc, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, Chypre et la Croatie créaient leurs propres installations de production de gaz traditionnel en mer et de gaz de schiste sur terre, non seulement elles augmenteraient leur production de gaz, mais elles créeraient bien plus d’emplois durables et pourraient exporter leur gaz vers les autres pays européens par des gazoducs bien moins longs et moins chers que ceux de la Russie.
La question stratégique n’est plus de savoir si l’Europe peut diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz, mais si les États membres de l’Union européenne ont la volonté politique et la clairvoyance stratégique nécessaires pour résister à la pression russe, pour élaborer des stratégies nationales cohérentes, et pour aligner leurs stratégies et intérêts nationaux sur les politiques communes que l’Union déclare vouloir mener en matière de diversification des sources d’approvisionnement en énergie et en gaz
a écrit le 02/09/2014 à 19:33 :
Quels plans pour la Russie après la Crimée?
Andrei Illarionov, un ancien conseiller de Poutine, a mis en garde dans une interview avec la télévision ukrainienne (reprise par Forbes et Ukrainskaya Pravda) de l'existence d'une stratégie russe ambitieuse par rapport à l'Ukraine, dont la Crimée n'est qu'une première étape. D'après Illarionov, cette stratégie a été murie de longue date, et le Président russe a choisi un moment opportun pour la mettre à exécution. Le but de la Russie est de renforcer son controle sur l'Ukraine - cela passe par le rattachement à la Russie d'autres régions du pays, et par l'installation à Kiev d'un gouvernement fantoche pro-Russe.
D'après Illarionov, le Kremlin voudrait la fédéralisation de l'Ukraine, permettant ainsi aux régions d'avoir leur propre politique extérieure et donc de se rapprocher de, voire de se rattacher à, la Russie. Poutine voudrait aussi la démilitarisation de l'Ukraine et une renonciation permanente à rejoindre l'OTAN, ce qui est parfois appelé la "finlandisation" de l'Ukraine, en référence au statut neutre de la Finlande, qui sert en quelque sorte de "tampon" entre la Russie et l'Union Européenne. D'après Le Monde, ces exigences russes sont en ce moment le sujet de négociations, et les pays occidentaux feraient pression sur l'Ukraine pour accepter les termes russes, bien que la fédéralisation aboutira à une déstabilisation du pays, et risque à terme de mener au rattachement de certaines régions de l'Est et du Sud à la Russie.
Illarionov a en outre affirmé que la faible réponse de l'Occident, ne s'en tenant qu'à des mesures symboliques, est perçue au Kremlin comme un accord tacite pour cette politique. Il a dit enfin que la stratégie de " résistance pacifique " choisie par l'Ukraine a peu de chances de fonctionner, si l'on regarde l'histoire - la Finlande (après la Première Guerre mondiale) et la Géorgie en 2008 ont toutes les deux résisté, ce qui leur a permis de garder leur souveraineté. Par contre, la Tchécoslovaquie de 1938, qui ne s'est défendue que par des moyens pacifiques, a perdu beaucoup à la suite des accords de Munich.
Pourquoi l'Ukraine est-elle si importante pour la Russie ?
Outre la propagande que le gouvernement russe nous répète depuis des semaines sur la nécessité de protéger les " Russes ethniques " situés en dehors des frontières russes, et en dehors de la base navale russe de Crimée, il y a d'après moi trois raisons principales qui expliquent l'agression russe en Ukraine. Une de ces raisons est politique - Maidan, une révolution populaire qui a abouti au renversement d'un pouvoir oligarchique corrompu, est le mal absolu pour Poutine, car ce type de mouvement pourrait inspirer la société civile russe, surtout à un moment où l'économie russe est en berne. Maidan pourrait aussi être repris dans d'autres états de l'ex-URSS, mettant à mal l'hégémonie russe. Il faut donc l'écraser de façon impitoyable et en faire un exemple.
La seconde raison est d'ordre économique et industrielle. Comme expliqué dans cet article (voir la carte), l'Ukraine est riche - il y aurait du gaz et du pétrole dans la Mer Noir (la Crimée, et l'annexion du sud de l'Ukraine donneraient les droits sur ces territoires maritimes) ainsi que dans l'Est de l'Ukraine. Le sud et l'est de l'Ukraine sont riches en charbon, magnésium, et en fer, et sont industrialisés, avec notamment des ports importants comme Odessa, des usines chimiques et métallurgiques, des centrales électriques... Enfin, le contrôle de ces régions permettrait à Poutine de contrôler les gazoducs et lui permettrait d'économiser beaucoup pour son projet de gazoduc sud (distance plus courte).
La troisième raison est d'ordre stratégique et militaire. Aslund rappelle en effet que 40% des exports ukrainiens vers la Russie concernent la défense et l'équipement. D'après l'analyse de Vladimir Voronov, un journaliste russe spécialisé dans les questions militaires, la Russie est engagée dans un vaste programme de modernisation et d'armement sur 2011-2020, et la seule industrie de défense russe ne pourrait permettre d'en atteindre les objectifs ambitieux. Ce plan aurait besoin des entreprises ukrainiennes, comme Motor Sich (production de moteurs pour hélicoptères), ainsi que des chantiers navals ukrainiens comme ceux de Nikolaev. En outre, les missiles, satellites et vaisseaux spatiaux russes utilisent beaucoup de components et de technologie ukrainienne (un héritage soviétique). D'après Voronov, sans l'industrie de défense ukrainienne, le plan d'armement 2011-2020 russe a peu de chance d'aboutir. Ces entreprises ukrainiennes sont basées dans l'est et le sud, mais aussi à Kiev.
Etant donné ces raisons économiques et stratégiques, pour que la stratégie de sanctions économiques de l'Occident ait des chances de fonctionner, il faudrait que les coûts infligés à la Russie soient supérieurs aux bénéfices escomptés de l'opération ukrainienne pour la Russie.
On comprend donc mieux l'intérêt de Poutine pour l'Ukraine, et pourquoi Poutine ne compte sans doute pas s'arrêter à la Crimée. Les déclarations d'Illarionov sont inquiétantes, et l'Occident devrait en prendre la mesure afin d'adopter des réponses appropriées et d'endiguer la crise. Un échec en Ukraine renforcerait la Russie et encouragerait Poutine à continuer sa mission de faire renaitre l'URSS de ses cendres, aux dépends d'autres nations.
publié par Clément Ch sur lexpress.fr/actualite le 20/03/14
a écrit le 02/09/2014 à 18:49 :
1. Concernant le tableau économique, l’auteur dresse un tableau plutôt correct, mais en noircissant quand même. Je pourrais ajouter quelques traits en faveur de la Russie comme en défaveur, mais il est vrai, cela ne change pas énormément la donne. Globalement ce système est instable et va atteindre bientôt ses limites. Pourtant la population profite partiellement de l’argent de la matière première, même si la distribution est très inégale et l’argent est concentré surtout dans les grandes villes. La hausse de la consommation est bien réelle. Le flux de la manne pétrolière est si élevé, que même avec les vols et le gaspillage énormes et la qualité de gestion assez terrible, le niveau de vie augmente et l’infrastructure se reconstruit partiellement. Concernant le traumatisme des années 90 qui étaient la prériode d’une vrai catastrophe, mais il faut dire que plusieurs choses ont continués à dégrader avec une vitesse même supérieure dans les années 00, surtout si on compare l’état des finances du pays.
2. Au niveau des élites il faut ajouter les clans oligarchiques. Il n’est pas toujours évident de séparer qui contôle qui : les clans des fonctionnaires corrompus contrôlent les hommes d'affaires ou ç l'inverse, tout est lié. Par contre, ce n’est plus vrai à propos des anciens apparatchiks de PCUS (si l’auteur veut dire, parti communiste de l’URSS). Maintenant les vrais apparatchiks de l’époque de l’URSS sont trop vieux pour cela, il en reste peu.
Je vais continuer...
a écrit le 02/09/2014 à 17:56 :
RENGAINE DE LA PROPAGANDE RUSSE – La Russie niait déjà la présence de ses troupes… en Afghanistan en 1979 Moscou reste ferme : non, aucun soldat russe n'est présent sur le sol ukrainien, ceux qui le sont se sont "égarés" ou sont "en vacances". Sauf que la Russie tenait déjà ce discours en Afghanistan en 1979... Le journal en ligne russe Gazeta revient dans son éditorial sur cette stratégie de la réfutation propre au Kremlin, qui multiplie les dérobades et se défend par un florilège de bonnes excuses poussées à l'absurde. En 1979 déjà, lorsque les troupes soviétiques étaient entrées en Afghanistan, les dirigeants de l'URSS avaient commencé par nier l'existence de cette opération militaire en dépit des affirmations de la presse étrangère. Plus tard, pendant la première guerre de Tchétchénie, entre 1994 et 1996, le ministre de la défense russe Pavel Gratchev avait martelé jusqu'au bout qu'il n'y avait pas un seul soldat russe sur le territoire tchétchène. Une fois parti à le retraite, le chiffre de 6 000 pertes russes en Tchétchénie avait finalement été reconnu. Cette technique de la négation n'est donc pas nouvelle pour le Kremlin, qui poursuit une "vieille tradition du pouvoir", accuse Gazeta. DES SOLDATS "EN VACANCES" EN UKRAINE ! Le plus dommageable, selon le journal, c'est que lorsqu'ils tombent au combat, ces soldats officieux en Ukraine sont enterrés dans le plus grand secret, "leurs vies ne valant pas un clou aussi aux yeux de l'opinion publique russe". "Tant que les cercueils ne se compteront pas par milliers", le journal reste persuadé que le pouvoir russe continuera d'agir en toute impunité, sans que les affirmations éhontées du Kremlin ne soient démenties. Parmi les dernières allégations de Moscou, plusieurs militaires arrêtés par les autorités de Kiev le 25 août se seraient "perdus", ayant traversé "sans doute par accident" la frontière russo-ukrainienne. Même rengaine pour Alexandre Zakhartchenko, le chef des séparatistes de Donetsk. Si celui-ci a reconnu la présence de 3 000 à 4 000 soldats russes parmi ses troupes, il a assuré avec aplomb qu'ils étaient ici "en congés". "Plutôt que de profiter de leurs vacances sur une plage, ils sont venus rejoindre leurs frères, qui se battent pour leur liberté", a-t-il expliqué sur le site Internet de la télévision publique russe.
Réponse de le 02/09/2014 à 18:10 :
ZZZzzzzz RRRRRRrrrrrrrrrZZZZZZZZZZz!
Réponse de le 02/09/2014 à 18:50 :
Exact, un éternel recommencement. Comme ce n'est pas pour demain la maitrise les greffes de cervelles. C'est pas gagné
Réponse de le 03/09/2014 à 1:00 :
Ah ben on en apprend de belles ! Il y aurait donc des propagandes qui ne sont pas mensongères ? Les nôtres sans doute !... La différence (la seule) c'est que les nôtres de propagande coûtent très cher avec le même résultat (pour le camp adverse s'entend)... ce qui n'est pas très intelligent.
a écrit le 02/09/2014 à 17:54 :
Andrei Illarionov, un ancien conseiller de Poutine, a mis en garde dans une interview avec la télévision ukrainienne de l'existence d'une stratégie russe ambitieuse par rapport à l'Ukraine, dont la Crimée n'est qu'une première étape. D'après Illarionov, cette stratégie a été murie de longue date, et le Président russe a choisi un moment opportun pour la mettre à exécution. Le but de la Russie est de renforcer son controle sur l'Ukraine - cela passe par le rattachement à la Russie d'autres régions du pays, et par l'installation à Kiev d'un gouvernement fantoche pro-Russe. D'après Illarionov, le Kremlin voudrait la fédéralisation de l'Ukraine, permettant ainsi aux régions d'avoir leur propre politique extérieure et donc de se rapprocher de, voire de se rattacher à, la Russie. Poutine voudrait aussi la démilitarisation de l'Ukraine et une renonciation permanente à rejoindre l'OTAN, ce qui est parfois appelé la "finlandisation" de l'Ukraine, en référence au statut neutre de la Finlande, qui sert en quelque sorte de "tampon" entre la Russie et l'Union Européenne. D'après Le Monde, ces exigences russes sont en ce moment le sujet de négociations, et les pays occidentaux feraient pression sur l'Ukraine pour accepter les termes russes, bien que la fédéralisation aboutira à une déstabilisation du pays, et risque à terme de mener au rattachement de certaines régions de l'Est et du Sud à la Russie. Illarionov a en outre affirmé que la faible réponse de l'Occident, ne s'en tenant qu'à des mesures symboliques, est perçue au Kremlin comme un accord tacite pour cette politique. Il a dit enfin que la stratégie de " résistance pacifique " choisie par l'Ukraine a peu de chances de fonctionner, si l'on regarde l'histoire - la Finlande (après la Première Guerre mondiale) et la Géorgie en 2008 ont toutes les deux résisté, ce qui leur a permis de garder leur souveraineté. Par contre, la Tchécoslovaquie de 1938, qui ne s'est défendue que par des moyens pacifiques, a perdu beaucoup à la suite des accords de Munich. Pourquoi l'Ukraine est-elle si importante pour la Russie ? Outre la propagande que le gouvernement russe nous répète depuis des semaines sur la nécessité de protéger les " Russes ethniques " situés en dehors des frontières russes, et en dehors de la base navale russe de Crimée, il y a d'après moi trois raisons principales qui expliquent l'agression russe en Ukraine. Une de ces raisons est politique - Maidan, une révolution populaire qui a abouti au renversement d'un pouvoir oligarchique corrompu, est le mal absolu pour Poutine, car ce type de mouvement pourrait inspirer la société civile russe, surtout à un moment où l'économie russe est en berne. Maidan pourrait aussi être repris dans d'autres états de l'ex-URSS, mettant à mal l'hégémonie russe. Il faut donc l'écraser de façon impitoyable et en faire un exemple. La seconde raison est d'ordre économique et industrielle. Comme expliqué dans cet article (voir la carte), l'Ukraine est riche - il y aurait du gaz et du pétrole dans la Mer Noir (la Crimée, et l'annexion du sud de l'Ukraine donneraient les droits sur ces territoires maritimes) ainsi que dans l'Est de l'Ukraine. Le sud et l'est de l'Ukraine sont riches en charbon, magnésium, et en fer, et sont industrialisés, avec notamment des ports importants comme Odessa, des usines chimiques et métallurgiques, des centrales électriques... Enfin, le contrôle de ces régions permettrait à Poutine de contrôler les gazoducs et lui permettrait d'économiser beaucoup pour son projet de gazoduc sud (distance plus courte). La troisième raison est d'ordre stratégique et militaire. Aslund rappelle en effet que 40% des exports ukrainiens vers la Russie concernent la défense et l'équipement. D'après l'analyse de Vladimir Voronov, un journaliste russe spécialisé dans les questions militaires, la Russie est engagée dans un vaste programme de modernisation et d'armement sur 2011-2020, et la seule industrie de défense russe ne pourrait permettre d'en atteindre les objectifs ambitieux. Ce plan aurait besoin des entreprises ukrainiennes, comme Motor Sich (production de moteurs pour hélicoptères), ainsi que des chantiers navals ukrainiens comme ceux de Nikolaev. En outre, les missiles, satellites et vaisseaux spatiaux russes utilisent beaucoup de components et de technologie ukrainienne (un héritage soviétique). D'après Voronov, sans l'industrie de défense ukrainienne, le plan d'armement 2011-2020 russe a peu de chance d'aboutir. Ces entreprises ukrainiennes sont basées dans l'est et le sud, mais aussi à Kiev. Etant donné ces raisons économiques et stratégiques, pour que la stratégie de sanctions économiques de l'Occident ait des chances de fonctionner, il faudrait que les coûts infligés à la Russie soient supérieurs aux bénéfices escomptés de l'opération ukrainienne pour la Russie. On comprend donc mieux l'intérêt de Poutine pour l'Ukraine, et pourquoi Poutine ne compte sans doute pas s'arrêter à la Crimée. Les déclarations d'Illarionov sont inquiétantes, et l'Occident devrait en prendre la mesure afin d'adopter des réponses appropriées et d'endiguer la crise. Un échec en Ukraine renforcerait la Russie et encouragerait Poutine à continuer sa mission de faire renaitre l'URSS de ses cendres, aux dépends d'autres nations.
Réponse de le 02/09/2014 à 18:20 :
C est des gars comme vous qui ont conduit notre pays à la honte dans les années 30 en se pinçant le nez et en fermant les yeux. On imagine tout de suite votre attitude devant quelqu'un se faisant agressé....
a écrit le 02/09/2014 à 17:05 :
Et allez ! Encore du Poutine/Russie bashing !
Vous oubliez de dire dans l'article que Poutine mange des enfants pour le petit déjeuné !
Peut-être que si depuis la chute de l'URSS on avait un peu aidé, ou du moins, arrété de leur maintenir la tête sous l'eau, arreté d'avoir peur d'eux on en serait pas là !
Vraiment a croire que le but du "jeu" c'est de l'asticoter au maximum et le décrédibiliser dans l’opinion occidentale pour qu'il pète les plombs afin de pouvoir dire « voyez comme c’est un fou dangereux, on vous l’avait bien dit ! »
Le problème si il pète les plombs, c’est qu’on va salement morfler, mais vraiment. Et là, il sera trop tard. Et franchement, les Responsables, les Vrais, ceux qui seront jugé responsables par l’Histoire, je ne suis pas certain que ce soit les Russes…
Et l'occident va tellement bien, l'économie, l'écologie, la démocratie.... que c'est vraiment facile de taper sur la Russie... faut dire, ils ont du gaz… eux. Et nous, on a BHL…..
Bref, paille, poutre, tout ca...


Et sinon, des nouvelles de la destruction du vol MH-17 ??? les fameuses preuves sont où ?
Réponse de le 02/09/2014 à 18:11 :
+++++++++ et +++++ !!
Réponse de le 02/09/2014 à 18:15 :
On voit en leur taux de mortalité infantile que ça leur réussit super bien d avoir du gaz! Il en fait bonne usage hein le père Poutine? Allez je vous remets une ptite vodka?
Réponse de le 04/09/2014 à 0:23 :
Pas vrai, ma fille est nee a moscou en avril et se porte bien
a écrit le 02/09/2014 à 17:00 :
Vivre sans eau courante n'est pas un problème, surtout si celle-ci est polluée par les pesticides et autre polluant dont on se garde d'évaluer la toxicité. La Russie est jugée selon nos valeurs occidentales, mais le productivisme, la création de richesses à outrance et l'expansion n'est pas leur objectif. La corruption existe dans bien d'autres pays, entre autre en Asie et cela ne nous empêche pas d'investir chez eux. Concernant l'organisation politique, c'est pas mieux chez nous : les députés et ministres n'ont pas le droit de critiquer, sinon c'est la mort politique. Le soutien des politiques au monde prédateur de la finance nous a mis à genoux et beaucoup de français à la rue. Les russes n'ont peut être pas l'eau courante, mais ils ont un toit...
Réponse de le 03/09/2014 à 0:00 :
Cette histoire de ne pas avoir d'eau courante est une grosse foutaise .Il existe en Russie des regions trés reculées qui n'ont effectivement pas d'eau courante mais vu les distances considerables entre lieu d'habitation c'est presque normal .Aux USA et en France on trouve des regions reculées dans la meme situation .
Réponse de le 03/09/2014 à 0:00 :
Cette histoire de ne pas avoir d'eau courante est une grosse foutaise .Il existe en Russie des regions trés reculées qui n'ont effectivement pas d'eau courante mais vu les distances considerables entre lieu d'habitation c'est presque normal .Aux USA et en France on trouve des regions reculées dans la meme situation .
a écrit le 02/09/2014 à 15:46 :
Il n'échappera à personne que le 1er sptembre 1939, HITLER donne l'ordre à ses troupes d' envahir la Pologne sans déclaration de guerre, aprés entente avec STALINE en aout 1939,
une operation menée tambour battant ...si l'on peut dire;
CELA NE VOUS DIT RIEN ?
Réponse de le 02/09/2014 à 15:49 :
Si çà rappelle les méthodes de Poutine !
a écrit le 02/09/2014 à 14:12 :
Vu l'amerikane drim que propose les US, et qui se casse la figure tranquillement, je dirais ... soyons prudents, donc, neutres, face aux oligarques des deux bords... Sauf si on aime les amhburgeurs, comme vous, bien sûr...
a écrit le 02/09/2014 à 13:40 :
Brillantissime.
Encore une analyse du premier de la classe. Pur produit de la pensée unique avec des références glanées dans les statistiques officielles et des jugements empruntés à la philosophie atlantiste.
Les statistiques complètement pipés sont des instruments politiques de propagandes, ce n’est un secret pour personne, et le model occidental est devenu un cauchemar. Ce Monsieur a t-il au moins vécu en Russie…
Personnellement j’ai vécu le communisme, qui d’autre ici ? Et je dois dire que j’en garde quelques bons souvenirs même si ce n’est pas ma tasse de thé. De même je peux comparer six ou sept pays d’Europe où j’ai travaillé, je peux vous affirmer que la démocratie n’est que de la poudre aux yeux et qu’à part avoir le droit de dire mer.. à qui l’on veut, la soumission par le crédit vous mets des fers bien plus efficaces que les services de renseignements stasi et Cie.
Quand à la corruption, pardon, en France et à l’étranger elle est omniprésente, sauf dans les pays scandinaves. Je parle là de vécu vrai, de consignes et de stratégies bien cadrées.
Le PIB ne veux rien dire, déjà parce l’économie de l’ombre a dépassé l’officielle.
Ce qui fait la force à la Russie c’est son compte en banque: comprenez, ses ressources naturelles, et ce sont elles qui font tourner la tête aux rapaces occidentaux, en premier lieu à l’aigle américain…
Je serais curieux de connaitre le chiffre des réserves avérées de ce pays, à comparer aux autres "grandes puissances », il me semble bien plus parlant que tout autres projections comparatives
Réponse de le 02/09/2014 à 14:13 :
Complètement d'accord, Martien.
Réponse de le 02/09/2014 à 15:47 :
Une question Martien et Yvan : si la Russie de Poutine c'est tellement génial, pourquoi n'y habitez-vous pas au lieu de nous répéter votre propagande sans crédibilité ni objective à longueur de temps ????!
a écrit le 02/09/2014 à 13:27 :
En 1999, Poutine à pris la Russie dans état catastrophique, dans un climat de guerre civile latent. On ne se remet pas de 80 ans de communisme du jour au lendemain. Et pourtant, en 15 ans il a accomplit un travail immense, se donnant les moyens de passer tous les obstacles de l'oligarchie et n'ayant que pour seul objectif que de relever la Russie. La progression du PIB depuis 10 ans parle d'elle-même. C'est peut-être ce qui échappe le plus aux occidentaux qui ont perdu toute notion de la Nation. Il ne verrait en lui qu'un autoritarisme belliqueux. Qu'on fait les USA en Irak ? La France en Lybie ? Et pour quels résultats aujourd'hui ? La différence serait donc dans l'argumentation, il suffirait simpelement de brandir l'étendard de la démocratie ?
Rien de nouveau à l'est, mais pourtant c'est exactement le contraire qui se produit, la Russie est en pleine action pour contrer l'encerclement géopolitique piloté par les USA et l'UE. Si l'auteur ne voit dans l'affaire ukrainienne qu'un artifice pour "restaurer la fierté Russe" , c'est qu'il lui manque beaucoup d'élément d'analyse et de réflexion. Cette affaire est en pleine réalité géopolitique, en aucun cas une romance slave sur la reconquête d'une fierté supposée disparue.
Réponse de le 02/09/2014 à 15:38 :
« La progression du PIB depuis 10 ans parle d'elle-même »….
Celle-ci est purement due à une conjoncture extérieure, qui est celle de la croissance phénoménale du prix des matières premières entre 1998 (pétrole a moins de 20$ le baril) jusque 2008 (près de 130 $/baril), le tout tiré essentiellement par la demande chinoise. Cette croissance des ressources financières d’exportation a permis une forte expansion budgétaire, qui a alimenté une considérable percolation (et inflation) a presque tous les étages de la société. Depuis, la machine est enrayée, coté PIB, c’est ‘encéphalogramme plat’, avec une croissance qui tendait déjà vers zéro avant les événements ukrainiens.
Le principal ‘travail immense’ de l’équipe Poutine a été de verrouiller peu à peu son pouvoir à tous les échelons du pays, et à effectuer une massive redistribution des actifs et flux d’argent vers ses fidèles, avec une attention spéciale aux copains de la coopérative ‘Ozero’ : Sechin (Rosneft), Yakounine (Chemins de fer), Kovalchuk (banque) etc…
Réponse de le 02/09/2014 à 17:05 :
La corruption existe aussi en occident, mais elle est masquée par la finance internationale et les paradis fiscaux. La récente affaire du ministre Français qui a caché un compte off-shore est passé sous silence dans cet article, qui en fait n'est qu'une succession d'arguments biaisés à charge contre la russie.
Réponse de le 02/09/2014 à 18:16 :
exact
a écrit le 02/09/2014 à 12:36 :
Très bon article et analyse sur l'âme et les dangers russes. Mais rappelons que le problème c'est le dicateur envahisseur Poutine
Réponse de le 02/09/2014 à 15:11 :
Des faits monsieur, justifiez par des des faits concrets et vérifiés avant d'accuser sans preuves comme un petit garçon !!
Réponse de le 02/09/2014 à 15:45 :
Les faits : invasions de la Géorgie, Crimée, Ukraine... Petit garçon en situation de vous donner une bonne fessée lol !
Réponse de le 02/09/2014 à 17:10 :
Les faits : annexion à l'Europe de la Pologne, Tchécoslovaquie, Bulgarie, Slovaquie, Roumanie, Albanie... et bientôt l'Ukraine. On utilise pas des armes, mais plutôt des billets vert plus discrets. On achète en fait les dirigeants des ces pays, ce qui constitue pour moi une grave corruption.
Réponse de le 02/09/2014 à 17:54 :
Ils ne sont pas achetés mais libres contrairement aux pays soumis à Poutine.
a écrit le 02/09/2014 à 12:18 :
*« Cette nation, avide à force de privation, expie d'avance chez elle, par une soumission avilissante, l'espoir d'exercer la tyrannie chez les autres, la gloire, la richesse qu'elle attend la distraient de la honte qu'elle subit, et pour se laver du sacrifice impie de toute liberté publique et personnelle, l'esclave, à genoux, rêve de la domination du monde »
* Une corruption à tous les niveaux.
Vous pouvez remplacer Russie par USA ou EU vous avez la même chose.
Réponse de le 02/09/2014 à 12:33 :
Absolument pas.
Réponse de le 03/09/2014 à 0:04 :
Absolument mais fait plus subtilement .Je ne vous ferrais pas la liste de toutes les dictatures que les USA ont instaurés au XX siecle ainsi que les regimes pourris que la France a soutenue en Afrique pendant des decenies.
a écrit le 02/09/2014 à 12:17 :
Cet article est moins pertinent que d'habitude.

Il n'y a rien d'inhabituel à ce qu'un centre de pouvoir essaie d'influencer ses voisins, c'est comme ça que tout le monde a toujours fait.

Concernant les lacunes en produits manufacturés, ce n'est pas grave. Il suffit d'avoir un avantage compétitif dans d'autres domaines, au cas particulier les matières premières et l'armement. C'est largement suffisant pour rapporter des devises et financer une économie.

Le reste de l'article aborde des questions sociétales, poétiques, ... qui concernent des codes et des modes de vie relevant du débat de valeurs.
Réponse de le 02/09/2014 à 16:59 :
Vous coryez vraiement que vous pouvez compenser une lacune industrielle en vendant des armes et des matieres premieres ...
Les matieres premieres s epuiseront un jour ou l autre. Et sans un secteur productif sain, votre industrie d aremenent ne peut a terme que pericliter (car pour faire des chars, des avions ...) il faut aussi de des metaux speciaux, des ordinateurs, des cerveaux pour imaginer et produire ... bref des choses faciles a avoir dans un pays industriel mais rare ailleurs
Réponse de le 02/09/2014 à 19:06 :
La Russie a toujours eu des cerveaux, des mathématiciens, des physiciens, des ingénieurs, donc ça ne lui pose pas de problème de développer une industrie ciblée.

Et même si ça n'était pas le cas, elle est adossée à la Chine, qui a énormément de cerveaux (cf. les tests PISA pour l'anecdote).

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