Russie : du pétrole, du gaz, ... et de l'armement

La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'économie russe concentrée sur le pétrole, le gaz et l'armement !

3 mn

Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi/ DR

La Russie est au bord de la récession. Alors bien sûr, manquent encore des chiffres précis de croissance pour le 2ème trimestre. Mais de l'aveu même du ministère de l'Economie, le PIB a fait du surplace au printemps après un recul de 0,5% au 1er trimestre.

Les prévisions officielles sont désormais de 0,5% pour cette année et de 1% seulement pour 2015. Pour un pays dont la croissance moyenne a été de 7% par an lors des premiers mandats de Vladimir Poutine, le choc est terrible.

La crise Ukrainienne

Sur le banc des accusés, la crise ukrainienne et les sanctions mutuelles qui en découlent. Voilà pour la version officielle. En réalité, cela pèse mais finalement très peu. Comme le montre l'évolution du PIB sur une longue période, la cadence a ralenti par palier pour tomber de 8% à 4% puis à 2% et ce bien avant la crise ukrainienne.

C'est d'ailleurs totalement conforme au potentiel de croissance du pays estimé par le FMI à 2%. Le ralentissement est donc de nature structurelle. C'est le signe d'un modèle économique qui n'a pas su développer de vrais moteurs endogènes de croissance. Un modèle marqué par une hyper-concentration de la structure productive sur l'exploitation et l'exportation de quelques ressources, notamment le pétrole et le gaz.

Trois exemples pour bien comprendre les enjeux

D'abord celui de la corrélation entre croissance et prix du baril : comme le montrent les évolutions annuelles du PIB et du cours du Brent, elle est très forte. C'est une évidence, le miracle des années Poutine, c'est un cours du brut passé de 25$ en début de mandat à plus de 90 à la fin de son 2ème mandat.

Les données du commerce extérieur sont aussi édifiantes : le pétrole brut (30%), le gaz naturel (17%), les produits du raffinage (14%) forment à eux trois 61% des exportations russes. Le défaut de diversification des marchés d'exportations est patent.

Enfin, la rente énergétique est la clé de voute de l'équilibre des comptes publics. C'est ce que montre l'évolution comparée du solde budgétaire des administrations publiques, avec, ou sans les recettes pétrolières.

La maladie "hollandaise"

Dans le premier cas, il est structurellement négatif et représente plus de 4% du PIB, dans l'autre, il est généralement positif. Autrement dit, les symptômes de la maladie hollandaise sont de plus en plus manifestes. L'économie russe s'est engouffrée dans la valorisation de ses ressources naturelles au détriment de son industrie manufacturière.

Et, la rente, au lieu d'être réinvestie en interne pour moderniser le pays, est rentabilisée hors du territoire via des compagnies off-shore. Disons-le, l'industrie russe est déclassée et occupe aujourd'hui une position marginale dans l'économie mondiale : de l'automobile à la pharmacie en passant par l'électronique, la construction navale ou le matériel électrique, la Russie dépend de ses fournisseurs extérieurs.

Pourtant, un atout maître

Emoussé mais pourtant toujours aussi redoutable, cet atout, c'est son industrie de défense. Le pays consacre toujours plus de 4% de son PIB à la défense et s'accroche solidement à sa place de 2ème grand exportateur mondial d'armement et de seconde puissance militaire mondiale. Un pouvoir de nuisance disproportionné au regard de sa place modeste dans l'économie internationale.

Pour comprendre l'économie la politique de la Russie, il faut d'abord suivre l'odeur de l'or noir et sa logique de puissance. Derrière l'annexion de la Crimée et l'affrontement avec l'Ukraine, il y a d'abord d'énormes enjeux énergétiques et militaires.

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>> Plus de vidéo sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires 34
à écrit le 27/09/2014 à 8:47
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Poutine a écrit à la Commission européenne pour demander une remise à plat de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine, ce que Bruxelles a exclu vendredi, à moins que Kiev ne le demande. "L'Ukraine est libre et souveraine pour fai...

le 27/09/2014 à 8:58
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Le gaz est l'arme principale de Poutine mais il est coincé. Les exportations russes vers l’Union européenne ont représenté 12% du PIB l'an dernier. Et l’énergie dans ces exportations a pesé pour près de 80%. Moscou ne peut donc se priver de ces débou...

le 27/09/2014 à 10:03
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Vous avez tort, Jean (Jauvert?), de venir nous faire la propagande de l'OTAN tous les jours, ce n'est pas vos positions atlantistes que je critique car tout un chacun a droit à s'exprimer librement, c'est plutôt votre manière agressive et anti-frança...

le 27/09/2014 à 19:11
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Donc vous, en tant que journaliste modérateur, vous pouvez écrire et publier les messages qui vous plaisent, toutefois en niant aux lecteurs le droit de réponse à ces messages. Chic ! alors vous faites votre tribune anti-Poutine et si un lecteur ose ...

le 28/09/2014 à 17:20
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Pas la presse française, LA TRIBUNE. Nuance.

à écrit le 27/09/2014 à 1:50
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Les ambitions impérialistes d'un autre âge, investissements militaires et invasions de Poutine et ses conséquences coûtent très cher à la Russie comme en baisse du rouble, fuite de capitaux, hausse des taux, inflation etc. Nous en sommes à quelques c...

le 27/09/2014 à 9:01
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C'est bien de lire un Russe qui ne fait pas la propagande habituelle de Poutine ou des partis séparatistes associés comme le FN ou l'Upr et qui conserve son libre arbitre. Merci pour ce très bon post.

le 27/09/2014 à 10:07
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Jean, vous m'avez fait penser à ce mot immortel de Coluche : "De tous ceux qui n'ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent." Bon w-e.

à écrit le 26/09/2014 à 21:38
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0,5% de croissance en Russie et combien en France et dans la grande majorité des pays européens? Si le modèle russe est obsoléte à cause de sa faible croissance et en récession alors c'est le cas aussi du modéle européen C'est la seule conclusi...

le 26/09/2014 à 21:45
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L'article est tendancieux comme on s'attendait, donc il n'y a qu'une seule conclusion à en tirer : c'est un article tendancieux et comme tel, partial et subjectif.

le 27/09/2014 à 1:55
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La Russie a des ressouces énergétiques et matières premières à bas prix que n'a pas la France. Vous vous plaigniez souvent en France mais la Russie est la plupart du temps bien plus mal gérée. Sinon vous trouveriez des produits russes souvent en Fran...

le 27/09/2014 à 10:01
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On vient d'apprendre que la société russe Rosneft vient de découvrir un autre puits de pétrole en mer de Kara, en Arctique. Vous savez qui est son partenaire ? l'américaine ExxonMobil !!! voilà la mascarade de sanctions d'Obama envers la Russie, les...

le 27/09/2014 à 12:41
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la russie s'en sortira plus rapidement et encore mieux que l'europe vous aller voir

à écrit le 26/09/2014 à 17:34
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@ Maxim : Il y a certains problèmes avec les finances russes dans les établissements de Singapour et Hong-Kong. Certains entre eux ont peur des sanctions à leur tour, d’autres veulent profiter au maximum. JE ne connais pas l’ampleur du problème, mais...

le 26/09/2014 à 19:55
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Dans les forums on remarque l'étonnement voire l'incompréhension de beaucoup de gens dans leur efforts pour comprendre ce qui se passe actuellement en Irak et en Syrie. Le grand philosophe-économiste français Jacques Sapir a résumé de forme didactiqu...

le 26/09/2014 à 21:57
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@Scuba: Avec tout mon respect envers Mr. Sapir je ne vois pas un résumé de la situation dans cet article, mais, comme il dit lui-même, un certain nombre des faits sans trop d’analyse. Sur les faits je suis globalement d’accord, sauf que je ne partage...

le 27/09/2014 à 9:07
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L'avènement de l'EIL tient pour beaucoup au veto Russe à une intervention majoritaire de l'Onu la première année du conflit syrien. Ne pas oublier non plus que l'avènement des intégristes tient pour beaucoup à l'intervention soviétique en Afghanistan...

le 27/09/2014 à 9:18
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Sapir l'économiste du FN parti séparatiste pro-Poutine est très mauvais en économie, une preuve parmi bien d'autres : il écrivait le 16 mars dernier : "La vision d’une Russie au bord de la crise financière que propage la presse française est ainsi un...

le 27/09/2014 à 10:05
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Jacques Sapir n'est pas l'économiste du FN, donc votre remarque est totalement nul et non avenue.

le 27/09/2014 à 11:39
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@Historien: C'est faux. La présence et l'influence d'islamistes a été très forte dès le début de conflit en Syrie. Les chefs d'Al-Nosra ont participé dans les négociations de 'l'opposition". Sans le veto on aurait la même chose, mais sans Al Assad e...

le 27/09/2014 à 16:51
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Vous venez de dire une grosse connery, mon cher. Jacques Sapir n'a jamais été "l'économiste du FN" ! vous en avez de bonnes, vous…. Sapir, parmi une foule d'activités pas du tout liées avec l'extrême-droite, a aussi enseigné en Russie au Haut Collège...

à écrit le 26/09/2014 à 15:18
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En ce moment, Singapour et Hong Kong profitent à plein de la ré-allocation des avoirs des riches russes. Tant mieux. Et tant pis pour London City et d'autre places financières occidentales. Il y a quand même des grosses différences culturelles ent...

le 26/09/2014 à 15:36
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La Russie est en position de force et c’est bien ce qui inquiète Washington et par conséquent Bruxelles. Le problème est la fin de la consommation à tout va et les Occidentaux n'ont rien à proposer que de survivre un peu plus longtemps (un petit nomb...

le 26/09/2014 à 17:44
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@ Maxim : Il y a certains problèmes avec les finances russes dans les établissements de Singapour et Hong-Kong. Certains entre eux ont peur des sanctions à leur tour, d’autres veulent profiter au maximum. JE ne connais pas l’ampleur du problème, mais...

à écrit le 26/09/2014 à 15:10
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Et on apprend aujourd'hui que l’Europe envisage d’annuler les sanctions antirusses parce que celles-ci, primo, sapent son économie et, secundo, sont infondées en absence de preuves de l’intervention russe en Ukraine (!!!). C-à-d, cette drôle d'Euro...

le 26/09/2014 à 18:46
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les US et l'UE qui laissent tomber leurs sanctions…. c’est trop beau pour ne pas cacher un coup tordu..! Je présume que la Russie ne va pas abandonner ses intentions de créer avec la Chine un système swift de manière à ne plus dépendre des occidenta...

à écrit le 26/09/2014 à 11:53
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1. « Le choc est terrible … » Il ne faut pas exagérer. Par rapport à l’année 2008-2009 et un recul de PIB de 9 % en un an, c’est rien, même si je crois que la récession va s’aggraver. Donc, ce n’est pas la première crise et son ampleur est relative. ...

le 26/09/2014 à 15:07
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voila,ce qui es tres tres bien expliquer sur le sujet,ya rien a rajouter

à écrit le 26/09/2014 à 10:27
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Le chomage en Russie est à 4,9 %. Le gaz , petrole et matières premières représentent 12% du pib en 2013. L'endettement est à 12%

le 26/09/2014 à 12:01
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1. Au niveau du chômage le problème est qu'une bonne part des postes sont extrêmement sous-payés. De plus les écarts des salaires entre les régions sont énormes. Donc, ce chiffre est artificiel. 2. 12% du PIB, c'est faux. a. C'est beaucoup plus. b. I...

à écrit le 26/09/2014 à 8:41
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c'est marrant car on nous dit quela russie est en recession mais pour avoir des amis labas, rien a changer et le buisness marche

le 26/09/2014 à 10:05
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@moi : La Russie, c'est grand, très très grand. Moscou et St Petersbourg ne représentent qu'une infime partie du pays.

le 26/09/2014 à 11:55
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@ Warny: mais ils représentent une très grande part de l'économie, surtout de la consommation.

le 26/09/2014 à 18:23
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Attention aux sources qui parlent d'une Russie en totale faillite tandis que notres économies ne font qu'attendre que cette "légère ondée" touche sa fin pour revenir encore plus fortes que jamais. Faut pas croire au Père Noël on peut s'y tromper...

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