Relance de l'investissement : agir vite dans le cadre européen pour être efficace

Les 300 milliards d'euros de relance de l'investissement en Europe -Plan Juncker- seront financés par la Banque européenne d'investissement. Les projets seront sélectionnés selon une procédure qui devrait être simplifiée, pour aller plus vite. par Oliver Marty, maître de conférences à Sciences Po
(Crédits : DR)

Le résultat de la rencontre des Ministres français et allemands de l'Economie et des Finances à Berlin le 20 octobre ne doit pas surprendre. Les deux pays ne pouvaient être placés sur un véritable « pied d'égalité » en raison de leurs trajectoires économiques - et politiques - encore trop divergentes. Ainsi, un engagement de l'Allemagne à augmenter ses investissements de 50 milliards d'Euros en échange d'une réduction équivalente des dépenses publiques de la France était illusoire. Au contraire, Paris doit fournir des preuves tangibles de sa capacité de réforme à un partenaire essentiel que la France a tort d'aborder avec défiance. C'est ainsi que l'Allemagne infléchira progressivement sa propre politique économique.

Recourir à la Banque européenne d'investissement simplifie les choses

Les deux capitales ont néanmoins prévu d'identifier leurs investissements prioritaires, levant ainsi le voile sur la solution qui sera apportée au plan de 300 milliards d'euros souhaité par le Président Juncker. La liste de projets « communs » sera confiée d'ici à décembre à la Banque européenne d'investissement (BEI), dont les engagements, relayés par des produits financiers de partage de risque, sont à même de catalyser les financements, privés et risqués, qui font défaut à l'économie européenne. A rebours de mesures unilatérales ou faussement concertées, la valorisation du potentiel financier de la Banque de l'Union européenne fournit un terrain d'entente pragmatique aux deux pays. Ce « potentiel BEI » fut d'ailleurs mis en avant par MM. Schäuble et Sapin dès le Conseil ECOFIN de Milan des 12 et 13 septembre.

Recourir à la Banque européenne d'investissement est aussi plus simple que d'envisager de nouvelles solutions fédérales qui seraient soutenues par des fonds communautaires réaffectés dans l'urgence et suivant les complexes procédures communautaires. Par ailleurs, doter l'institution financière de l'Union de nouveaux moyens est envisagé par des personnalités neutres et constructives, telles que M. Fratzscher, le Président de l'Institut allemand DIW, et M. Szczurek, le Ministre polonais des Finances.

Des projets économiquement justifiés, mais des critères de sélection simplifiés

Deux solutions sont envisageables pour qu'un nouveau fonds « comptable », géré par la Banque de l'Union européenne, puisse lever les financements nécessaires à la catalyse de l'investissement privé. La première est d'envisager une recapitalisation de la BEI pour augmenter substantiellement ses activités dites « spéciales », adossées à des mécanismes de garanties. La seconde est d'organiser une dotation directe du fonds par les Etats membres, solution qui aurait l'avantage de placer les activités hors du bilan de la Banque et de viser une palette d'investissements plus risqués, mais le défaut d'être plus chère pour les pays contributeurs. Une solution hybride peut également être envisagée.

En tout état de cause, les projets choisis devront être économiquement justifiés et socialement utiles pour servir les politiques structurelles européennes : la transition énergétique, l'économie de la connaissance et l'innovation technologique. Mais, pour être rapide et efficace, il sera souhaitable de simplifier les critères de sélection des investissements à choisir par la Banque et de la doter, pour ces actions de relance, d'une gouvernance simplifiée.

Rester réaliste

Certains trouveront ces perspectives insuffisantes ; mais il convient de rester réaliste et de garder à l'esprit que la réduction des incertitudes économiques est l'élément cardinal du problème. En France, la poursuite de la politique de l'offre et la simplification durable des mesures réglementaires et fiscales sont nécessaires pour assurer la mobilisation pérenne des investissements privés. C'est ainsi que notre pays bénéficiera d'une crédibilité économique restaurée, premier jalon d'une relation à reconstruire avec son partenaire et ami allemand.

Olivier Marty, Maître de Conférences à SciencesPo

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Commentaire 1
à écrit le 31/10/2014 à 9:05
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Le mot "simplification" semble cacher une méthode autoritaire de distribution des fonds, où l'on ne tiendra pas compte de l'avenir du social mais simplement financier!

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