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OpinionsTribunes

Sauvez la Suisse de son or!

Photo de Ivan Best

Michel Santi

Publié le 17 novembre 2014 à 08:28 - Mis à jour le 17 novembre 2014 à 08:48

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Le 30 novembre, les Suisses décideront si leur banque nationale doit détenir ou pas un stock d'or équivalent à 20% de ses réserves. Une décision totalement irrationnelle. Par Michel Santi*

En 2000, la Banque Nationale Suisse (BNS) détenait 2600 tonnes d'or, soit pas moins de 8% de l'ensemble des réserves des banques centrales mondiales! C'est préalablement à la crise des années 2007 et 2008 que la BNS fut en mesure d'écouler une partie importante de ces réserves d'or, qui furent ramenées à environ 1000 tonnes à l'été 2014. Avec un bilan global de 517 milliards de francs suisses en juillet 2014, cet or estimé à 39 milliards de francs représente donc quelque 7.6%  de réserves de la BNS. Dès le 1er décembre 2014, la BNS aura cinq ans pour se conformer à la nouvelle loi (si elle est votée le 30 novembre) et maintenir en tout temps un stock d'or équivalent à 20% de l'ensemble de ses réserves.

Acheter 70% de la production mondiale d'or!

Certes, la banque centrale serait théoriquement susceptible d'y parvenir à la faveur d'une réduction de son bilan. Cette hypothèse qui consisterait à vendre une partie importante de ses réserves libellées en euros est néanmoins à exclure au vu du niveau actuel de la parité euro/suisse, tout proche du plancher défini par la BNS. Pour atteindre ce ratio des 20%, celle-ci devra donc acheter environ 1650 tonnes d'or, soit pas moins de 70% de la production annuelle mondiale! Comme la BNS risque fort d'intervenir prochainement sur les marchés pour soutenir l'euro et enrayer l'appréciation de sa monnaie qui flirte avec le plancher de 1.20 défini en 2011, et comme ces achats d'euros ne peuvent se faire qu'à la faveur d'une augmentation supplémentaire de son bilan, il y a fort à parier que cette estimation de 1650 tonnes d'or à acheter pour se conformer à la nouvelle loi soit une estimation assez conservatrice.

Une votation dont le succès provoquerait un véritable cataclysme

Le succès éventuel - et possible - de l'initiative populaire du 30 novembre prochain "Sauvez l'or de la Suisse" induirait donc un authentique cataclysme sur les marchés financiers à l'échelle mondiale.

Nous ne reviendrons pas sur les raisons ayant contraint la BNS à définir ce "peg" de 1.20 francs suisses pour 1 euro à défendre coûte que coûte. Elles sont pourtant ignorées par les promoteurs de cette initiative qui balaient d'un revers de main les turbulences extrêmes des subprimes en 2007, de la faillite de Lehman en 2008 et de la crise des dettes souveraines européennes ayant failli dès 2009 emporter l'euro, et qui ont toutes contribué à propulser le franc suisse vers des sommets ayant failli asphyxier l'économie suisse. C'est effectivement pour juguler la déflation et pour combattre la récession (toutes deux consécutives à l'envolée du franc suisse) que la BNS dut se résoudre à imposer ce plancher, et qu'elle s'est donnée par la suite les moyens de le défendre "à son corps défendant", c'est-à-dire en agrandissant son bilan de manière quasi hyperbolique.

Une envolée du franc suisse par rapport  l'euro

Tandis que le monde entier faisait le contraire, seuls les achats massifs d'euros contre francs suisses de la BNS ont permis de stabiliser une économie helvétique qui à tous points de vue - autant sur la croissance que sur l'emploi - a fait mieux que l'ensemble du monde occidental depuis le déclenchement de la crise. Sous une apparence protectrice des intérêts de la Suisse, cette initiative malencontreuse promet toutefois d'éradiquer tous ces effets bénéfiques. Il sera en effet impossible à la BNS d'acheter cet or avec des francs suisses nouvellement créés car ceci reviendrait à agrandir davantage son bilan et - donc - à acheter encore plus d'or que prévu initialement afin de se conformer à ce ratio des 20%. En réalité, pour des motifs purement arithmétiques, la BNS ne pourra atteindre cette proportion qu'en vendant une partie de ses réserves actuelles - et notamment des euros - avec toutes les conséquences que l'on imagine aisément sur l'évolution de la parité euro/franc suisse, cruciale voire vitale pour l'économie du pays.

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Sauver l'or.... mais perdre la Suisse!

Pire encore, car elle sera confrontée à un choix impossible en cas d'aggravation de la crise européenne, ou tout simplement si la Banque centrale européenne décidait de se lancer dans un programme de baisses de taux quantitatives qui aurait pour conséquence immédiate un affaiblissement supplémentaire de l'euro. Dans une telle hypothèse, la BNS devra donc tout à la fois acheter des euros (pour affaiblir le franc suisse) et de l'or (pour satisfaire à ce ratio des 20% qui devra être ajusté du fait de l'augmentation de son bilan). Comme cette loi prévoit aussi d'interdire à la BNS de vendre la moindre quantité d'or, elle pourrait se retrouver avec...100% de réserves d'or! Imaginons en effet la cas de figure où elle devrait accumuler des euros en quantités massives - et donc obligée d'acheter de l'or en même temps -, elle serait en mesure - la tempête passée - de revendre ses euros mais dans l'impossibilité de se dessaisir de la moindre once d'or du fait d'une loi qui l'en empêche. Une BNS avec 100% de réserves en or ferait à coup sûr le bonheur des fanatiques de la relique barbare, mais également un désastre économique pour le pays.

Plus vraisemblablement, sous le poids de telles contraintes inextricables, la BNS se résoudra à l'inaction et laissera donc sa monnaie, son économie et ses emplois en pâture à la spéculation mondiale. Les promoteurs et ardents défenseurs de cette initiative veulent certes sauver l'or, mais ils y perdront à coup sûr la Suisse!

Michel Santi est directeur financier et directeur des marchés financiers chez Cristal Capital S.A. à Genève. Il a conseillé plusieurs banques centrales, après avoir été trader sur les marchés financiers. Il est l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique".

Sa page Facebook et Twitter.

Michel Santi

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