Paiement sans contact : un échec logique en France

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(Crédits : DR)
Le paiement par mobile, sans contact, n'apporte pas un avantage suffisant par rapport à la carte bancaire, qui règne en France sans partage. par Quentin Bardet, directeur de marché, Viséo

Le secteur du paiement, qui pèse pas moins de 22 milliards d'euros pour le marché français, est en ébullition : Apple Pay, la récente initiative d'Apple, ne vient qu'ajouter un élément de plus dans ce marché qu'on annonce en pleine transformation sous l'effet des efforts réglementaires (par la mise en place de l'Europe des paiements SEPA), des innovations technologiques (du sans contact aux paiements mobiles), des usages (le développement du paiement en ligne, l'usage des e-wallets) ou encore des initiatives d'acteurs non bancaires (les cagnottes, les comptes prépayés).

Les usages suivent l'offre... en Afrique

Pourtant, la révolution sans cesse annoncée tarde en France à se concrétiser en matière de paiement mobile : si nous avons bien vu se multiplier des offres, de Buyster à Paylib, les usages ne semblent pas suivre l'offre. A ce titre, il est étonnant de constater l'avance de l'Afrique en matière d'adoption de nouveaux modes de paiement mobile. Cette incroyable diffusion du paiement mobile en Afrique nous éclaire sur les facteurs de succès de cette innovation.

C'est un fait connu, le paiement mobile a aujourd'hui trouvé sa place en Afrique. Il arrive du Kenya où la pénétration de cette innovation est forte : 30 % des transactions sont réalisées depuis un mobile. Au-delà des chiffres, quelques exemples frappants et pittoresques illustrent la diffusion de la technologie : les lieux de culte acceptent le paiement par mobile lors des quêtes et c'est un moyen de paiement recherché par les prostituées qui le trouvent plus sûr que les paiements en espèce.

Lancé par Safaricom, filiale de Vodafone au Kenya, le système repose sur les téléphones mobiles de seconde génération. En ouvrant un compte de paiement sur sa carte SIM et en déposant de l'argent auprès d'un correspondant de son opérateur, le client peut transférer des fonds, payer une facture, retirer des espèces ou épargner par un simple code USSD envoyé par texto. Le principe est simple, même s'il gagne aujourd'hui en richesse : on peut y faire virer son salaire, solliciter un micro-emprunt, transférer de l'argent de pays occidentaux... Safaricom réalise 20% de ses revenus grâce à ces services et son succès a fait des émules : Fabrice ANDRE, Senior Vice President Asia and West Africa d'Orange AMEA, indiquait qu'Orange, qui a lancé ce service dans 13 pays à ce jour, vise 30 millions de souscriptions à la fin de l'année. Des défis restent à relever : l'illettrisme est un frein, l'interopérabilité n'est assurée qu'en Tanzanie, les banques sont réticentes à adosser les services faute de savoir garantir le respect des réglementations de lutte contre les fraudes et le blanchiment, mais le point critique qui permet à une offre de dépasser le stade de l'amorçage est déjà derrière nous.

La démarche "leapfrog"

Plusieurs facteurs expliquent la diffusion rapide de l'innovation sur le continent Africain. Premier de ceux-ci, la faible bancarisation (on parle d'un taux de bancarisation de 11% en Afrique subsaharienne) qui appelle des systèmes de substitution pour faire circuler l'argent. Si le transport physique de fonds reste une réalité - l'argent est confié aux chauffeurs de lignes de bus pour effectuer des transferts d'une ville à l'autre - des évènements tels qu'une élection compliquée au Kenya en 2008, qui avait bloqué le pays, et donc son circuit monétaire, ont incité à chercher de nouvelles solutions.

Le m-paiement est ainsi venu compléter les moyens traditionnels de stocker et faire circuler de l'argent de façon simple et sécurisée. Le texto est devenu un moyen commode de payer pour les neuf africains sur 10 qui n'ont pas de compte courant - sachant que les téléphones mobiles, eux, sont diffusés auprès de 60% de la population. En somme, le retard africain en matière de bancarisation expliquerait son avance spectaculaire dans le segment du paiement mobile.

Quelles leçons pour le marché français des paiements?

En France, les paiements sur mobiles peinent à trouver leur place : les trois grands opérateurs téléphoniques et Atos ont échoué à lancer ensemble Buyster, une solution liant une carte bancaire au mobile. Crédit Agricole délaisse sa solution Kwixo pour rejoindre une solution de place, Paylib, qui doit encore montrer sa capacité à s'imposer dans cet environnement très disputé et ardu.

Le règne de la carte bancaire

La France se distingue par la très forte utilisation de la carte bancaire (43 % des transactions hors espèces). Ce moyen de paiement, interopérable (nul besoin pour le client de chercher un commerçant affilié à la même banque que lui), sécurisé et simple d'usage, s'est imposé à tel point qu'une solution concurrente doit démontrer un intérêt d'usage très élevé pour lui être préféré. A l'instar de Buyster, les systèmes proposés en France par les opérateurs bancaires ou téléphoniques ne déméritent pas quant à leur qualité intrinsèque ou leur caractère innovant, mais comparé à la simplicité d'usage de la carte, ils n'apportent pas un gain d'usage suffisant pour valoir leur coût, ou simplement l'effort ou la crainte de changer d'habitude.

Aussi, nous faisons le pari que sauf à compter sur les effets de mode, qu'Apple parvient parfois à initier sur le seul attrait de sa marque, les nouveaux moyens de paiement auront du mal à se lancer dans un pays si adepte des cartes à puce, la mère patrie de Gemalto. Taper un code sur son smartphone plutôt que sur le clavier d'un terminal de paiement n'apporte pas un bénéfice suffisant dans l'expérience ou la sécurité pour le client. Nos innovations pâtissent du confort des moyens de paiement depuis longtemps à la disposition des français. Le marché français du paiement est condamné à se détourner de l'innovation incrémentale pour se jeter à l'eau et pleinement sauter dans une « leapfrog innovation ».

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Commentaires
a écrit le 24/02/2015 à 9:14 :
Le paiement mobile a de l'intérêt à partir du moment ou il est entre amis ! Moi j'utilise Flooz avec mes potes dans la coloc, et ça m'a juste changé la vie ...
a écrit le 20/02/2015 à 17:11 :
De la grosse daube ! Ils n'ont pas à nous l'imposer, ils ont essayé deux fois, deux fois je l'ai refusée, ils ont finit par comprendre !
a écrit le 19/02/2015 à 10:44 :
On est bien content de savoir que les prostituées et les églises du Kenya ont adopté le paiement par mobile et, à contrario, bien mécontent d'apprendre que la France n'est pas adepte de la "leapfrog innovation". Tout est foutu dans ce pays.
a écrit le 19/02/2015 à 9:23 :
On a essayé de faire adopter aux Français le porte monnaie électronique et ça n'a pas marché car ils en avaient déjà un : la CB
Réponse de le 22/02/2015 à 11:47 :
Sauf que les petits commerçants ne peuvent négocier avec leur banque des frais réduits faute de volume/poids. pour ça que le seuil de paiement est assez élevé (sinon, il leur faudrait augmenter les prix pour compenser les frais). + location du terminal + frais (réseau, abonnement, ..). Payer sa baguette en CB, pas évident.
a écrit le 19/02/2015 à 8:46 :
Si ces systèmes de paiement fonctionnaient cela priverait les commerçants de la manne de l'argent liquide, le fameux black, qui coule à flot dans tout le commerce de détail.
A minima il s'agit de 15% du chiffre d'Affaires qui échappe au fisc. TVA, IS et autre.
Il y a fort à parier que ce système sans contact ne sera jamais mis en place, comme d'autres avant lui.
a écrit le 19/02/2015 à 8:10 :
bel article d'autosatisfaction et d'immobilisme...
a écrit le 18/02/2015 à 22:39 :
Le paiment sans contact ... d'après les vidéo promotionnelles, il n'y pas de validation du client (est-ce vrai). Si c'est le cas qu'est ce qui empêche un petit malin de vous faire payer sans contact à l'insu de votre plein gré dans le métro en approchant un appareil ?
a écrit le 18/02/2015 à 22:06 :
Le titre : Paiement sans contact : un échec logique en France

Les 3 exemples cités - Kwixo, Buyster, PayLib ne sont pas des paiement sans contact

Décevant cet incompréhension du sujet pour un journal comme la Tribune ou une société comme Viséo/

Cordialement
a écrit le 18/02/2015 à 21:52 :
Le specialiste français de la sécurité sur mobiles Inside Secure vient d'être choisi par SFR Numéricable donc ça viendra mais ce qui bloque en France ,ce sont les banques françaises .Contrairement aux banques américaines elles trainent les pieds pour rembourser leurs clients victimes de fraudes ( comme la Banque Postale épinglée par des associations de consommateurs) .
Il faut que nos banques deviennent plus innovantes et organisées pour ne pas rater le coche du paiment via mobile.
a écrit le 18/02/2015 à 19:28 :
Mouii.. Effectivement : problème. Je suis interdit d'église pour cause d'incompatibilité d'humeur et n'est pas besoin de prostitué(s). Soit, ça va être dur à ces charlots de nous faire croire que leur technologie sert, d'une part, et est sûre, d'autre part...
a écrit le 18/02/2015 à 19:08 :
Si vous me remboursez 20 euros / mois du forfait nécessaire à avoir une connexion internet, peu être que je mis métrais. Je ne vois pas pourquoi je paierais encore plus pour rien, je me demande déjà si je ne vais pas lâcher ma CB qui me coute 36€/an alors ce service qui sera obligatoirement payant et qui m'obligera en plus à avoir un forfait portable...
Réponse de le 18/02/2015 à 20:16 :
Je suis passé de la SocGen à une banque en ligne, avec une CB gold gratuite. Les banques touchent en retour une partie de la commission payée par les commerçants quand on paie avec, mais les gens sont habitués à les payer, les cartes.
Ai un GSM mais éteint, pas facile de payer avec. Mais je l'emporte si je roule en voiture, au cas où.
a écrit le 18/02/2015 à 18:24 :
Réponse au premier commentaire :
La solution d'Apple lors du passage en caisse créé un jeton (virtuel) à utilisation UNIQUE avec un montant défini (automatiquement).
À moins de pirater la caisse et donc d'intercepter ce jetons qui sera très dur à encaisser (car à destination des société de paiement) il n'y a aucun moyen "aujourd'hui" de pirater la solution d'Apple.
De plus ce système est chapeauté par l'empreinte du client.
Réponse de le 18/02/2015 à 19:29 :
Vous avez raison de bosser pour Apple, Malik : ils paient bien car leurs clients sont juteux.
a écrit le 18/02/2015 à 18:20 :
Il n'y aucun code à taper pour la validation d'un paiement Apple Pay.
À l'heure du numérique le portefeuille ce fut également numérique.
Le Smartphone a su absorber d'autres produits du quotidien, est ceux la sera la même chose pour la carte bancaire.
De plus le payement proposée par Apple est plus sécurisé que la carte bancaire classique.
Si la France continue à refuser les avances technologiques, elle va se prendre une grosse baffe!!!
a écrit le 18/02/2015 à 16:01 :
Le paiement par mobile ou un nouveau moyen de se faire pirater ses coordonnées bancaires. Quand on sait que maintenant les hacker sont capables de tout pirater, la carte bancaire assure elle une sécurité supplémentaire.
Réponse de le 18/02/2015 à 16:48 :
Tout à fait ! Et une carte bancaire, c'est moins encombrant qu'un mobile, ca n'a pas besoin de batterie et ca n a pas besoin de signal . Autrement dit, le paiement par mobile est sans intérêt ... D'ailleurs on cherche les points positifs et on n'en trouve aucun !
Réponse de le 18/02/2015 à 19:10 :
C'est surtout l'assurance qu'on paye pour l'utiliser qui l'assure.

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