Quel avenir pour les dirigeantes ?

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L'école des femmes
L'école des femmes (Crédits : DR)
Les femmes dirigeantes d'entreprises sont de plus en plus nombreuses, mais la véritable égalité des sexes reste un combat ! par Catherine Blondel, fondatrice de l'Ecole des Femmes, conseillère de dirigeants et essayist

Tartuffe ordonne à Elmire, la femme d'Orgon qu'il essaie de séduire (acte III, scène 2), de dissimuler ce qu'il ne peut endurer : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ».
Son désir est aussi grand que sa haine des femmes. Gageons qu'il nous apprend quelques petites choses pour l'avenir des femmes dirigeantes dans les entreprises et ailleurs.
C'est ce que donne à penser le groupe de femmes qui, depuis cinq ans, se réunissent à l'Ecole des Femmes, lancée le 8 mars 2010 par l'Institut de l'ENS Ulm avec des entreprises partenaires . Ces entreprises envoient chacune deux cadres dirigeantes pour réfléchir à la condition des femmes dans la société contemporaine à partir de leurs expériences et avec l'aide de chercheurs en sciences humaines (sociologues, économistes, philosophes, politologues, historiens...). Au fil des rencontres, mensuelles, elles ont écrit collectivement un dictionnaire, désormais consultable directement en ligne.

Une ascension payée cher

On y trouve les mots : « ambition », « carrière », « hystérique », «paternalisme », mais aussi « conciliation », « culpabilité », « perfectionnisme »... Elles écrivent aussi des articles. Elles y évoquent aussi bien le partage des responsabilités domestiques, l'histoire du travail des femmes ou encore le plafond de verre. Et puis...elles parlent, ce qui ne devrait surprendre personne. Que disent-elles ?
Enfin égales des hommes en droit, du moins dans les sociétés occidentales, infiniment plus nombreuses qu'autrefois à des postes de direction, elles rencontrent toujours des difficultés spécifiques. Elles paient très cher leur ascension. De fait, comme le titrait « La Tribune » le 30 avril 2014, les femmes PDG sont plus souvent évincées que les hommes. Elles sont aussi plus souvent visées par les fonds dits « activistes » ou vite écartées à l'occasion des fusions ou des réorganisations. Quant à celles qui aspirent à devenir administratrices, il est proposé des formations où il leur est vivement conseillé « d'apprendre à se taire » (sic) !

Les Tartuffe toujours là

Or, à écouter certaines d'entre elles, ce qui motive ces actes, c'est tout simplement qu'elles sont des femmes. Les Tartuffe n'ont pas changé quelques siècles plus tard. Il suffit de se référer à d'autres formations, infligées à de futures dirigeantes de grands groupes français en 2014. Il leur est suggéré (je cite) de « s'attacher les cheveux » car « les hommes n'aiment pas le négligé » ou de se garder des « talons hauts qui font mauvais genre ». Le mot est lâché : mauvais genre ! La « formation » citée ici, ironie du sort, est assurée par une femme. Non, vous ne rêvez pas...
Elle a néanmoins un mérite, c'est de révéler la pire injonction qui continue de peser sur les dirigeantes : faire oublier qu'elles sont des femmes. Le sociologue François de Singly, invité de l'Ecole des Femmes le mois dernier, nomme justement cela : « réduction identitaire ». Elles sont sommées de se souvenir qu'elles appartiennent au « mauvais genre ». Certaines s'y résolvent très bien et, comme l'écrivait Lacan, « font l'homme ». D'autres s'y refusent et montrent à quel point l'avenir des dirigeantes se jouera sur la capacité des uns et des autres, femmes, hommes, organisations et, au-delà, à articuler enfin égalité et différence.

Les bienfaits de la solidarité

Pour cela, les femmes ont désormais des alliés « objectifs », les jeunes, hommes et femmes, qui, comme le démontrent Dominique Méda et Patricia Vendramin (Cf. Réinventer le travail), eux aussi, veulent exister ailleurs et autrement qu'au travail.
De plus, à mesure que le nombre de dirigeantes augmente au plus haut niveau de l'entreprise (on cite souvent le chiffre de 30% pour changer la donne), elles expérimentent les bienfaits de la solidarité en lieu et place de la rivalité, savamment entretenue par les Tartuffe à l'époque où les femmes étaient l'exception. Enfin, elles savent aussi, de plus en plus largement, utiliser les réseaux, qui se multiplient, se renouvellent et font évoluer les mentalités, à l'intérieur comme à l'extérieur des organisations, pour que cet enjeu de l'articulation nécessaire entre égalité et différence progresse, à pas menus certes mais têtus.

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