50 ans après, le discours d'Antoine Riboud sur l'entreprise responsable plus moderne que jamais
Patrick d'Humières (*)
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Un demi-siècle après, on reconnaît à Antoine Riboud la vision et le courage d'avoir dit tout haut ce que la société française post-68 attendait de l'entreprise : un saut dans « l'Avoir et l'Être », réconciliés au service d'une dignité humaine et d'une attention aux exigences nouvelles de la planète.
La reconnaissance qu'on lui doit aujourd'hui, alors que la responsabilité d'entreprise fait partie de l'art du bien entreprendre, ne peut se limiter à rappeler qu'il assumât sa position en minoritaire et en éclaireur, sachant très bien qu'on ne peut attendre des organisations humaines qu'elles s'intéressent plus aux situations acquises qu'au devenir des jeunes générations. La vraie question que pose le message d'Antoine Riboud à la communauté économique actuelle, mais aussi politique, est de savoir comment on peut éviter de passer à côté de la transformation qui reste à faire, sachant que nous n'avons plus à notre disposition, ni un demi-siècle, ni des stratégies à la marge ou des polémiques sans fin, pour que marché, démocratie, bien-être restent des valeurs européennes pour tous !
La prudence conservatrice, celle qui privilégie la rente pour soi sur la confiance dans l'autre, explique qu'on n'ait pas pris le risque dans les décennies de mondialisation de l'économie française, d'un partage du pouvoir et de la valeur auquel invitait la démarche du président de BSN devenu Danone. Dommage, car nous aurions probablement mieux passé les obstacles qui ont suivi, notamment les nationalisations et privatisations qui ont accaparé nos énergies. En ouvrant une vision du progrès à l'allemande, nous aurions donné ses chances à un réformisme institutionnel élargi qui manque encore dans notre processus de décision social collectif. En faisant rentrer dans l'entreprise les minorités revendicatrices, nous aurions anticipé mieux les attentes sociétales que nous nous appliquons à refuser d'emblée avant d'y céder toujours de mauvaise humeur. « L'esprit de Marseille » qui est resté sous le nom du « double projet » proposé par le fondateur de Danone, contenait toutes ces avancées inéluctables d'une entreprise qui sert la Société et non qui s'en sert, que la Loi Pacte a consacré en 2019 seulement, en demandant à l'entreprise de prendre en considération ses enjeux sociaux et environnementaux et dont les diplômés des grandes écoles font désormais une condition d'entrée dans les grands groupes.
Patrick d'Humières (*)