Afrique : l’ingéniosité au service de la transition énergétique

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« Les pays africains, devant composer avec des moyens financiers limités, une planification énergétique déficiente et une croissance économique rapide, doivent choisir, chacun de leur côté, l'ensemble de technologies énergétiques qui améliorera l'accès le plus rapidement possible tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix», déclarait en mars dernier l'ex-secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.
« Les pays africains, devant composer avec des moyens financiers limités, une planification énergétique déficiente et une croissance économique rapide, doivent choisir, chacun de leur côté, l'ensemble de technologies énergétiques qui améliorera l'accès le plus rapidement possible tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix», déclarait en mars dernier l'ex-secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. (Crédits : Reuters)
Bientôt confrontés à de très fortes hausses de la demande énergétique, les pays africains comptent sur l’innovation et les énergies renouvelables pour y répondre : "smart grids ", "off grids ", biomasse, photovoltaïque... Par Régis Fagbemi, chargé de cours de finance au CNAM*.

D'un côté, un fort développement économique, une urbanisation exponentielle et une démographie extrêmement soutenue. De l'autre, des engagements internationaux à tenir en matière de changement climatique. L'Afrique, ces prochaines années, va devoir résoudre une équation délicate : comment assurer des ressources énergétiques suffisantes à sa population, qui franchira la barre des 2,5 milliards d'individus en 2050 [100 millions en 1900 et 1,2 milliard en 2016, Ndlr], tout en maintenant ses émissions de gaz à effet de serre à un niveau acceptable ?

C'est la question que se pose, si ce n'est tous les pays, du moins une majorité d'entre eux, alors que l'Accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre dernier, fêtera bientôt son premier anniversaire. Et force est de constater que les résultats obtenus sont pour l'instant décevants. Des États-Unis à l'Union européenne (UE) en passant par l'Extrême-Orient, le manque d'une volonté politique claire constitue souvent le principal frein à une transition énergétique efficiente. Ces trois entités sont pourtant les trois plus gros pollueurs de la planète.

Promesses et désillusions

Résultat : les tâtonnements succèdent aux promesses et précéderont sans doute quelques désillusions. L'avantage de l'Afrique, ici, est double : presque tout est à faire et le continent n'a pas le choix. C'est ce que reconnaissait implicitement l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, en mars dernier, lorsqu'il déclarait que « les pays africains, devant composer avec des moyens financiers limités, une planification énergétique déficiente et une croissance économique rapide, doivent choisir, chacun de leur côté, l'ensemble de technologies énergétiques qui améliorera l'accès le plus rapidement possible tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix.».

Le président de l'Africa Progress Panel (un groupe de dix personnalités issues des secteurs privés et publics qui se mobilisent en faveur d'un développement durable pour l'Afrique) de préciser que, pour résoudre la problématique initiale, le continent devra « tirer parti du potentiel des nouvelles technologies énergétiques » - la seule façon de concilier hausse de la demande en énergie et maintien des émissions polluantes à un niveau acceptable. Selon lui, « les systèmes innovants et les nouvelles technologies offrent des moyens prometteurs pour combler le fossé énergétique de l'Afrique » en se fondant en grande partie sur les énergies renouvelables.

En Côte d'Ivoire : 35% de renouvelables dans trois ans

Deux exemples reflètent parfaitement ce nouveau paradigme, qui consiste aussi bien à repenser les moyens de production énergétique existants qu'à en inventer de nouveaux. La Côte d'Ivoire, qui a injecté environ 10 milliards d'euros dans l'énergie ces dernières années, occupe actuellement le devant de la scène en matière de transition énergétique; elle s'est engagée à réduire de près de 30% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020, date à laquelle les renouvelables représenteront quelque 35% de son mix énergétique. Dans sa besace, notamment : une agriculture plus « intelligente » et le recours à la biomasse. Ce mode de production d'électricité verte à partir de matières organiques, comme le bois, les végétaux ou les déchets agricoles, trouve des adeptes un peu partout dans le monde puisqu'il s'agit de la deuxième source d'énergie renouvelable.

Au Maroc : le plus grand parc thermosolaire du monde

Le Maroc, qui fait face, comme la Côte d'Ivoire, à la même problématique que l'ensemble du continent — la demande croissante en énergie —, s'est quant à lui lancé dans une profonde réforme de son système énergétique. Le symbole de ce tropisme vert ? Le plus grand parc thermosolaire du monde, à Ouarzazate, dont le chantier a débuté l'an dernier ; le roi Mohammed VI a lancé le 1er avril dernier les travaux de la quatrième et dernière phase de la centrale solaire. Celle-ci aura vocation, une fois en service, d'intégrer le champ des « smart grids » (ou « réseaux électriques intelligents »), que Rabat souhaite développer très prochainement.

La technologie — qui permet globalement de rationaliser la consommation électrique et d'insérer massivement les énergies vertes sur le circuit — est l'une des réponses apportées aux problématiques du pays en matière de transition énergétique. Avec les smart grids, le monde de l'énergie s'imprègne de cette philosophie interconnectée propre au numérique ; il en résulte une meilleure adaptation du couple production/consommation à l'état réel des énergies disponibles. En l'occurrence, surtout : le solaire, meilleur allié de l'Afrique dans ce combat. Avec l'ingéniosité. L'une de ses déclinaisons ? Les systèmes « off grids ».

Le pari de l'ingéniosité : les systèmes "off-grids"

Déconnectée du réseau, contrairement aux smart grids, la technologie, qui s'apparente à des « kits solaires », n'est pas nouvelle ; depuis les années 2000, certains pays y ont recours pour l'électrification rurale, voire urbaine. Une pratique qui a connu un boom en 2008, après que le prix des technologies photovoltaïques ait commencé à baisser, favorisant ainsi l'émergence de nouveaux produits. Les années 2010 ont vu de nombreuses startups se créer, avec pour ambition de mettre au service du consommateur d'énergie des solutions toujours plus évoluées. C'est le cas, par exemple, des « Solar Home Systems » (SHS), qui permettent à des foyers de s'éclairer tout en alimentant des prises USB.

La solidarité énergétique interétatique clé du futur ?

Le pari du Maroc comme de la Côte d'Ivoire, dans les prochaines années, est simple : répondre aux besoins énergétiques de sa population tout en fournissant ses voisins en électricité propre. Grâce aux renouvelables, Abidjan entend ainsi renforcer son statut de pays exportateur, de la Sierra Leone à la Guinée, en passant par le Burkina Faso et le Togo. Et pourquoi pas, à terme, penser la mise en place de réseaux électriques inter-étatiques en Afrique ? Car, outre les renouvelables et l'ingéniosité, les 2,5 milliards d'Africains devront sans doute compter sur la solidarité pour pérenniser leur transition énergétique.

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L'AUTEUR

Régis Fagbemi, diplômé de l'IAE d'Orléans, est aujourd'hui consultant en économie et finance, formateur à l'EEP d'Orléans et chargé de cours de finance au Cnam.

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