Air France-KLM : "divorce à la catholique"

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(Crédits : Philippe Wojazer)
De toutes les choses sérieuses, le mariage est certainement la plus bouffonne écrivait Beaumarchais. La fable qui suit n'est pas loin de lui donner raison. Voici l'histoire d'un couple peu banal. Par Sandra Moore Rieutord, Secrétaire du Comité d'Établissement Exploitation Aérienne PNC Air France

On ne se souvient plus très bien de la date de leur rencontre, mais le mariage eut lieu en 1945, au sortir de la guerre. Elle est jeune, pleine d'ambition et incarne le rêve et le dépaysement. Lui, qui sort victorieux du conflit mondial, décide de l'épouser. L'État prend Air France sous son aile !

Le jeune couple se séduit comme amant et maîtresse, mais le temps et les difficultés de la vie finissent par éroder les beaux sentiments du début. Il faut dire que le gouvernement prend vite ses aises au palais et le Roi Soleil, met sa belle à disposition des courtisans. Le tableau est tristement classique, la Compagnie travaille dur pour payer les zakouskis des convives du roi, qui s'immiscent désormais dans la gestion du couple. On ouvre des escales, autant que la politique le veut et sans souci de la rentabilité. Les dirigeants qui se succèdent à la tête de la Compagnie Nationale, tous ambassadeurs de l'Énarchie, ont un fauteuil à disposition dans le salon. Air France est une récompense faite aux proches, à condition qu'ils aillent dans le bon sens. « Fais comme chez toi, mais ne mets pas le bazar dans la chambre ».

C'est le début de la confusion.

La séparation effleure les esprits, bientôt on évoque le divorce ; Mais voilà ces gens-là ne divorcent pas ! Alors que dire et que faire ? Il faut adapter la situation aux caprices de l'État Roi et non l'inverse.

En 1994, l'idée d'un « divorce catholique » est examinée mais ce n'est qu'en 1999 que la privatisation est effective. Que chacun vive sa vie ; l'État y laissera tout de même 55 % de son vestiaire dans les placards de la grande dame.

À ce jour, restent dans la demeure 14,3 % des affaires de Monsieur. C'est peu mais suffisant pour empêcher aux ailes de célibataires de repousser. On voit mal une femme refaire sa vie si le rasoir de son ex est toujours sur le lavabo ! Air France est menottée et ne peut pas rivaliser face à ses concurrentes, tant elle a de comptes à rendre à l'État.

Pour ralentir ses ardeurs, le gouvernement enlaidit la mariée et fournit du blush aux concurrentes. La taxe Chirac handicape lourdement la Compagnie alors qu'en parallèle, l'État offre des droits de commerce en échange d'achats d'avions civils et militaires. Les belles étrangères n'assument pas le niveau de taxes imposées à Air France. Voilà qui laisse songeur.

Le plus effarant, dans ce couple où le dialogue n'a plus cours, est que le gouvernement fricote avec des entreprises privées au détriment de celles dont il est actionnaire. Le mari est devenu autiste.

Pour sauver l'histoire, ils ont bien tenté de faire des enfants pensant que les gosses peuvent ranimer le feu. Il y eut Transavia, il y eut Hop ! Et il y eut Joon, la petite dernière, fruit d'une discorde.

L'humour du vaudeville ayant ses limites et la femme trompée n'est plus disposée à écouter les discours contradictoires de l'État, à faire des économies pour offrir les cadeaux attendus ! Double contrainte insupportable et qui conduit inévitablement à des révoltes grandissantes avec le temps.

Que Monsieur entretienne des danseuses, passe, mais pas avec l'argent de madame.

Les bénéfices s'évaporent en taxes, charges et autres ponctions qui retombent en pluie dans l'escarcelle d'ADP et bientôt Vinci, cette nouvelle maîtresse affamée qui tient le gouvernement sous sa coupe. La conduite désastreuse de Notre Dame des Landes mène aujourd'hui l'État à devoir l'indemniser, elle qui par ailleurs réclame désormais ADP. Le Parisien estime l'indemnité de NDDL à 350 millions (à comparer aux 5 euros mensuels d'APL pour 6 millions de ménages). Un aéroport de plus tomberait dans la besace du monstre qui exploite déjà 36 aéroports dans le monde ! Si la Maîtresse privée accède aux manettes d'ADP, elle disposera directement des clefs de l'appartement et n'aura plus qu'à les actionner pour faire tomber les bénéfices issus pour une bonne partie de l'étranglement d'Air France.

La fille de l'air n'a certes pas les atouts de ces entreprises « célibataires », mais elle sait, au fond d'elle, qu'elle possède des forces et des charmes qui peuvent encore séduire et même en imposer. Le public, spectateur de la scène ne comprend pas toujours les tensions qui existent à l'intérieur du couple, lorsque le rideau tombe entre les actes.

La France s'émeut quand le gazole prend 4%, mais Air France doit se garder de maugréer quand son carburant en prend 100%.

Le (la) dix-neuvième responsable, énarque, issu(e) de Bercy ou de la RATP, réussira-t-il (elle) à redonner son honneur à sa future protégée ?

Le soir, de la terrasse de son Siège, la belle endormie se désole et songe. Reconquérir le mari envolé n'a pas de sens mais couper le fil ténu qui la rattache à lui en a-t-il plus ?

Il y a exactement vingt ans, elle se tenait dans le même fauteuil peu confortable et se posait les mêmes questions : On était en pleine grève et aussi à quelques jours d'une coupe du monde de football qui allait rendre immortelle une chanson répétée à tue-tête: "I Will Survive !"

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Commentaires
a écrit le 07/06/2018 à 19:27 :
Totalement caractéristique des "responsables sociaux" de cette entreprise. Lesquels n'ont pas compris que le monde a changé. Le "transport aérien", maintenant, les Etats s'en ... le coquillard. Et ce n'est pas le nom de l'entreprise qui va leur garantir quoi que ce soit. "British Airways" est une entreprise privée; point. Et en tant que telle, son objectif est la rentabilité. Outrancière (les britanniques étant libéraux par essence. Pour Air France, on n'en demande pas tant (dernier dividende il y a 10ans...), mais, au moins, qu'elle ne se complaise pas dans le déficit chronique (voire permanent). "bouffer" l'excédent d'exploitation 2017, en faisant une grêve injustifiée (même la proposition de Janaillac n'est pas "tenable" si on regarde le contexte 2018/19), et réclamer que l'Etat intervienne (on ne voit pas bien comment), c'est démontrer (dans les analogies médicales) qu'on n'est pas loin de la cécité ! Le divorce, il risque bien de venir des bataves; et là, l'avenir d'Air France s'établira en mois...
a écrit le 06/06/2018 à 9:53 :
Tout est dit et bien dit !
Bravo
a écrit le 06/06/2018 à 7:26 :
Bien vu
Mais constituant ce qu'est Air France, sa relation avec l'état lui permet elle de survivre à son abandon ?
a écrit le 05/06/2018 à 11:49 :
Et la qualité de l'auteur, quelle est-elle ? A quel titre la publiez-vous ?
Réponse de le 05/06/2018 à 12:06 :
Faut juste lire

Par Sandra Moore Rieutord, Secrétaire du Comité d'Établissement Exploitation Aérienne PNC Air France
a écrit le 05/06/2018 à 9:05 :
Quel usage faites-vous de la notion d'autisme ?!!!!!!!!

Le mot vous sert-il à évoquer la dégradation ? Trouvera-t-on dans les articles de La Tribune à venir d'autres références désinvoltes à différentes formes de maladie ou de handicap lourd ? Ma soeur est autiste, devrais-je vous la présenter ? elle s'urine dessus; la seule syllabe qu'elle parvient à articuler est "Pe"; elle maitrise trois gestes différents pour communiquer; sinon, elle grogne, quand elle n'étale pas ses excréments par terre, ou ne pleure pas des rivières ; elle a quarante ans; voulez-vous la rencontrer Madame Sandra Moore Rieutord ?!

Les investisseurs au comportement apparemment incohérent seront-ils schizophrènes ? les entreprises qui diversifient trop cancéreuses ? les marchés financiers instables maniaco-dépressifs ? les equipes manageriales trop audacieuses suicidaires ? Air-France-Klm est-elle une alliance hémiplégique ? Y-a-t-il des entreprises lépreuses ? Des états aveugles ? Des CEO sourds ? Trisomiques ? Des start-ups hydrocéphales ?

Surtout ne vous inquiétez pas pour ceux qui ne connaissent pas la souffrance, ils ne seront jamais attristés par cet emploi des mots.
Réponse de le 05/06/2018 à 9:34 :
Bien vu. J’ai moi aussi buté sur ce passage qui me laisse pantois...
Réponse de le 05/06/2018 à 13:15 :
autisme. Trouble du développement neurologique caractérisé par une altération des interactions sociales (repli pathologique sur soi), de la communication (langage) et du comportement. Au figuré, par exagération. Déni de réalité qui pousse à s'isoler et à refuser de communiquer, et, particulièrement, d'écouter autrui.
Réponse de le 05/06/2018 à 14:03 :
En réaction au commentaire de Ar-men: je comprends votre réaction; je n'ai jamais protesté par le passé contre l'emploi d'un terme dans un article, et n'en fais pas profession.

Mais votre réaction, qui fait sens d'un certain point de vue, est problématique, non pas pour vous (je ne doute pas que vous n'êtes pas sensible à ce sujet), mais pour d'autres; l'autisme n'est pas défini dans un dictionnaire, mais dans la réalité de diagnostics médicaux; il en existe des formes légères, dont on entend parler dans les medias, et des formes très lourdes, dont il n'y a pas de raison que vous soyez a priori familier, mais qui sont à l'origine et au coeur de la notion medicale d'autisme, ensuite étendue aux formes légères beaucoup plus nombreuses.

Si les mots ne doivent pas offenser, pourquoi pas qualifier une déviance au regard de la morale judéo-chrétienne de pédéraste ? un individu ou une population maltraitée par une autre de négro ? les jaunes peuplent alors le nord est asiatique; .

Ce que je veux souligner, c'est que si l'emploi d'un certain nombre de mots peut sembler commode et sans conséquence à certains, ces mots ont une histoire, qui compte aux yeux de ceux qui ont un rapport à cette histoire.
Réponse de le 06/06/2018 à 21:28 :
Je partage pleinement l’avis de Cyde que je remercie au passage car je n’aurais pas mieux dit.
a écrit le 05/06/2018 à 8:50 :
"l'histoire d'un couple peu banal"

Peu banal ? Pourtant c'est la règle en Chine par exemple hein, vous savez ce formidable pays pourfendeur du protectionnisme et pro-libre-échange, totalement inclus dans la mondialisation débridée ?

Ce pays "héroïque" qui s'oppose à Trump ce dictateur qui ne veut plus du libre échange !

90% des analyses économiques manquent cruellement de ce recul, alors que c'est un domaine dans lequel il est indispensable d'en prendre, qu’apprend-on dans les écoles d'études économiques svp ?

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