Alain Juppé, victime de la peur du « Chirac bis »

 |   |  835  mots
(Crédits : Régis Duvignau/Reuters)
Après l’avoir adoubé dans les sondages, sa candidature garantissant l’éjection de François Hollande de l’Élysée, une partie importante de l’électorat de droite lui a retiré le tapis sous les pieds. Par Bruno Cautrès, Sciences Po – USPC

Le score spectaculaire obtenu par François Fillon lors du premier tour de la primaire déjouant tous les pronostics - y compris les derniers sondages qui ne l'estimaient pas si haut -, pose une série de questions à l'analyse électorale. On peut notamment se demander ce qu'une telle dynamique doit aux tendances de longue durée dans l'électorat et aux effets de plus court terme de la campagne électorale.

« Trop d'impôts, trop d'État, trop de fonctionnaires »

Cette fort ancienne question de la sociologie électorale trouve, aujourd'hui, une actualité plus que jamais intéressante. Les tendances de long terme qui se sont exprimées lors du premier tour sont celles d'un électorat de droite qui a clairement signifié son souhait de sortir du modèle de réformes que préconisaient, en apparence, Alain Juppé : des réformes libérales de droite mais aux contours et au rythme qui se voulait « rassurants ». En apparence, car le programme de réformes proposées par Alain Juppé n'avait rien d'une vaguelette ou de l'écume des réformes.

Cette tendance de long terme s'est actualisée avec force sous le mandat de François Hollande. L'électorat de droite a aussi exprimé, dimanche, sa volonté d'en découdre avec les options macro-économiques de la gauche réformiste incarnée par le chef de l'État et par son premier ministre : malgré le tournant du début 2014 opéré par François Hollande, l'électorat de droite a exprimé hier le triptyque du « trop d'impôts, trop d'État, trop de fonctionnaires ».

Le coup du « candidat normal »

Mais une tendance de long terme ne peut trouver un tel écho sans une séquence d'évènements de court terme. La campagne électorale qui vient de se dérouler a été riche en tels événements. Parmi ceux-ci, que retenir qui puisse expliquer l'essoufflement d'Alain Juppé, promis à une victoire facile il y a encore quelques jours ?

Retenons tout d'abord une impression d'ensemble : la campagne d'Alain Juppé et ses prestations dans les trois débats télévisés ont tout misé sur la non-prise de risque. L'ex-favori des sondages s'est glissé dans le moule de l'anti-sarkozysme d'une partie des électeurs de la droite et d'une large partie des électeurs du centre, pensant que cette posture le ferait apparaître en creux comme l'homme « apaisant, rassurant » dont une France traumatisée par le chômage et le terrorisme avait besoin. En somme, Alain Juppé a voulu refaire à Nicolas Sarkozy le coup du « candidat normal »...

L'attente de « vraies réformes » de droite

Cette focalisation sur Nicolas Sarkozy a fini par faire oublier au favori des sondages que l'électorat de droite était en fait en train de tourner la page Sarkozy et qu'il souhaitait d'abord - et avant tout - un agenda de politiques de réformes de droite-droite. Cet électorat n'avait, par ailleurs, sans doute pas oublié le choix fait par François Bayrou de voter Hollande au second tour de 2012 et l'alliance contractée entre Alain Juppé et le président du Modem n'avait pas de quoi le rassurer sur le réel engagement du maire de Bordeaux dans cet agenda.

Un élément bien particulier de la campagne et des débats peut également être retenu et avancé comme explication : l'opposition particulièrement appuyée d'Alain Juppé à la proposition phare de François Fillon, la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires. Lors du troisième débat télévisé, Alain Juppé a voulu signifier à François Fillon son opposition à l'ampleur de ces suppressions (lui-même proposant 250 000 suppressions néanmoins...) la qualifiant de peu « réaliste ». Il n'est pas impossible qu'une fraction très importante des électeurs de droite n'ait alors vu dans cette opposition qu'une chose : la preuve tangible qu'Alain Juppé président ne ferait pas de « vraies » réformes, qu'il n'y aurait pas les réductions de dépenses et d'emplois publics auxquelles cet électorat aspire.

Alain Juppé réduit à la portion congrue

On pourra s'interroger avec intérêt plus tard sur cet élément et se demander s'il n'a pas précipité la chute d'Alain Juppé dans le cadre de ce premier tour. En effet, c'est à ce moment-là que se donne à voir le projet politique d'Alain Juppé d'une droite centriste qui peut potentiellement faire un pas en direction d'une gauche social-libérale ou social-démocrate réaliste, tout à fait susceptible de voir en Alain Juppé un « Chirac bis ». Autrement dit, un responsable attaché au modèle français d'action publique de l'État dans des domaines qui ne se cantonnent pas au régalien. Après avoir adoubé Alain Juppé dans les sondages car sa candidature garantissait totalement le fait de faire sortir François Hollande de l'Élysée, une partie importante de l'électorat de droite lui a retiré le tapis sous les pieds.

The Conversation_______

 Par Bruno Cautrès, Chercheur en sciences politiques, Sciences Po - USPC

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 29/11/2016 à 7:30 :
Il vaut mieux supprimer des postes plutôt que de licencier des hommes et des femmes. On ne peut simplement plus payer les fonctionnaires : cela fait 40 ans que l'Etat est en déficit et sa dette est désormais hors de contrôle. Alors soit on essaie encore de réagir avant le séisme annoncé, soit demain on sacrifiera les fonctionnaires comme en Grèce. La question de leur "efficacité" ou non n'est pas en jeu.
a écrit le 28/11/2016 à 16:46 :
il a eu le baiser du judas
bayrou est non seulement content d'avoir envoye le centre d'un score de 18% a la presidentielle 2012 a 0 actuellement
mais en plus il aura plante juppe!
juppe aurait mieux du choisir ses ' allies'
a écrit le 28/11/2016 à 15:19 :
Aucun pays serieux ne peut avoir un repris de justice comme president. Exit donc Juppe et c est tant mieux 😎
a écrit le 28/11/2016 à 15:01 :
47 % de français sont redevables de l'IR, un effort de solidarité compréhensible si cette
contribution peut redresser le pays. Au lieu de cela, la gauche embauche 1 million de fonctionnaires, creuse la dette et n'arrive pas à juguler le chômage. On s'aperçoit que cette politique socialiste (voir centriste) de distribution sous forme de prestations sociales ne marche pas.
Les charges et impôts explosent , résultat 6 millions de personnes en situation de précarité.Fillon veut rompre avec cette politique, réduire les dépenses de l'état, redonner aux entreprises puis aux particuliers les moyens d'investir , d'épargner et ensuite de consommer. Bref en finir avec l'état providence et redonner aux français une liberté perdue.
a écrit le 28/11/2016 à 14:03 :
Beaucoup de gens ne se laissent plus "attraper" par les potions aigres-douces de ce genre d'"artistes"; qui ont amené le pays dans un tel marasme ! Evidemment que le rapprochement avec son illustre néfaste prédécesseur était facile et imparable ! Et heureusement que l'expérience aidant .....
a écrit le 28/11/2016 à 12:01 :
l auteur est indulgent pour Chirac. Chirac c est le roi feignant, qui n a rien fait durant ses 12 ans de regne (a par etouffer ses affaires judiciaires). C est sur que prendre 5 ans de stagnation chiracquienne de plus, ca ne motive pas
a écrit le 28/11/2016 à 10:44 :
"l'électorat de droite était en fait en train de tourner la page Sarkozy"

En mettant Fillon à leur tête ? Le premier ministre obéissant et servile de sarkozy pendant 5 ans ?

Là il vous faut un peu plus de cartouches quand même hein...

A moins bien entendu que vous preniez en compte le chaos sémantique qui règne dans l'esprit de cet électorat là.
Réponse de le 28/11/2016 à 11:59 :
d un autre cote, Fillon est un anti sarkozy : pas bling bling, pas girouette (un probleme = une loi). Et il capitalise sur sa sortie du debut du quinquenant sur l etat en faillite
Réponse de le 28/11/2016 à 14:16 :
anti sarkozy parce qu'il n'est pas bling bling sans rire c'est tout ce que vous voyez ?

Il n'y a que la forme qui vous intéresse ? Mais la forme desp hénomènes ce n'est rien vous savez c'est ce qui est falsifiable à souhait, c'est ce qui peut à tout moment changer cela n'a strictement aucun intérêt.

Fillon c'est l'incarnation du sarkozysme et il ne suffit pas de dire le contraire pour être dans le vrai il faudrait le prouver, or avec 5 ans de bons et loyaux services envers sarkozy dire que voter fillon c'était vouloir tirer un trait sur sarkozy n'a rien d'avéré.

Enfin il n'y a rien de pire que de discuter d'un politicien avec un fan à lui hein, il n'y a rien de plus subjectif et donc stérile et c'est pareil pour tous.
Réponse de le 30/11/2016 à 10:22 :
La 5e république fait du président un monarque aux pleins pouvoirs. Fillon a tenu la maison plus qu'honorablement sous l'hyperprésidence de Sarkozy. N'oubliez pas non plus d'une part la très grave crise de 2008. L'engourdissement intellectuel des français après des décennies de socialisme ou de social-démocratie ayant laisser filer la dette au nom de « la paix sociale», n'a pas alors autorisé les dirigeants à aller jusqu'au bout des réformes déjà indispensables. Après le quinquennat Hollande, la France quasi dans le mur est désormais acculée et majoritairement prête à se réformer sérieusement. Fillon semble pouvoir le faire.
Réponse de le 30/11/2016 à 11:08 :
Irréelle: Vous êtes hors sujet mais vu votre pseudo cela ne m'étonne pas.

L'idée que je développe c'est que Fillon ne peut pas être taxé d'anti-sarkozysme puisque il a servi sarkozy durant 5 ans, pourriez vous me dire si sur cette affirmation vous êtes d'accord ou pas ?

Sinon je sais bien que fillon c'est le champion du monde de tous les temps et que grâce à lui tout le monde sera heureux dans le meilleur des mondes, le problème est que cela n'a rien à voir avec ce que je dis.

Merci de suivre.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :