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Amazon leva 16 milliards de dollars et Trump fit un tweet

Michel Albouy

Publié le 25 août 2017 à 08:03 - Mis à jour le 25 août 2017 à 08:03

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Avec cette émission obligataire géante, Amazon rentre dans la cour des très grands émetteurs de dettes corporate et démontre sa puissance financière. Analyse de sa stratégie. Par Michel Albouy, Grenoble École de Management (GEM)

Amazon, le groupe de Jeff Bezos, a lancé à la mi-août 2017, la quatrième plus grosse émission obligataire notée « Investment » de l'année 2017 aux États-Unis pour un montant de 16 milliards de dollars. Il est intéressant de noter que ce montant est supérieur au prix d'achat des supermarchés Whole Foods, soit 13,7 milliards de dollars.

Cette levée exceptionnelle de fonds témoigne de la confiance des investisseurs dans la stratégie de recentrage du géant de Seattle vers l'alimentaire. Avec cette émission obligataire géante, Amazon rentre dans la cour des supers grands émetteurs de dettes corporate et démontre sa puissance financière.

Amazon : un modèle économique atypique

La force d'Amazon se base essentiellement sur sa stratégie de cost leadership qui lui permet de défier toute concurrence et d'asseoir sa domination du marché, tout en proposant un service de qualité. Le groupe s'appuie sur les économies d'échelle réalisées grâce à son important réseau d'entrepôts qui alimentent une chaîne logistique et de distribution sans faille.

La contrepartie de cette stratégie est que la rentabilité pour un groupe de cette taille reste faible. Mais pour son patron, l'essentiel se trouve dans la croissance du chiffre d'affaires et des parts de marché et non des bénéfices, tout au moins pour le moment.

Cours de l'action Amazon sur le Nasdaq depuis le 27 juin 1997. Reuters Yahoo

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Pour accompagner cette croissance, la firme de Jeff Bezos n'hésite pas à se diversifier, notamment dans les produits high-tech, racheter ses concurrents potentiels et ses relais de croissance future.

La liste de ses acquisitions récentes est impressionnante : Audible en janvier 2008 pour 300 millions de dollars ; Zappos en juillet 2009 pour 1 200 millions ; Quidsi en novembre 2010 pour 545 millions ; Kiva Systems en mars 2012 pour 775 millions ; Twitch en août 2014 pour 970 millions ; Annapurna Labs en juillet 2015 pour 370 millions ; Elemental Technologies en septembre 2015 pour 500 millions ; Souq.com en mars 2017 pour 580 millions et enfin, Whole Foods en juin 2017 pour 13,7 milliards de dollars. Et cette stratégie est plébiscitée par les investisseurs.

Cours de l'action Amazon sur le Nasdaq depuis un an. Reuters Yahoo

Depuis le début de l'année 2017, le cours de bourse de l'action Amazon a grimpé de plus de 30 % et fin juillet la capitalisation de la firme atteignait la barre des 500 milliards de dollars alors que cinq ans auparavant, en 2012, elle s'élevait à 100 milliards. Si donc, les actionnaires ne reçoivent pas de dividendes, leur sort n'est pas à plaindre car la valeur de leur capital ne cesse de croître.

De fait, le total shareholder return (taux de rentabilité prenant en compte les dividendes versés mais également les plus-values en capital) de l'action Amazon est remarquable. Ce type de stratégie financière est assez classique chez les GAFA et autres firmes high-tech. On ne verse pas de dividende mais on rémunère l'actionnaire avec des gains en capital.

Tant que le marché adhère à la stratégie des dirigeants tout va bien puisque le cours de l'action monte. C'est ce qu'Amazon démontre pour le moment depuis plusieurs années. Par ailleurs, il n'est pas exclu que dans le futur, Amazon ne procède pas à des rachats d'actions ; une autre façon de rémunérer les actionnaires en évitant de verser des dividendes.

De toute façon, la confiance des investisseurs dans Amazon et sa stratégie est facile à constater : selon Bloomberg les investisseurs ont souscrit l'émission obligataire à hauteur de 48 milliards de dollars, soit trois fois plus que l'offre de titres. C'est dire l'appétit du marché pour la firme de Jeff Bezos. C'est ce chiffre qui témoigne de la capacité d'attraction du géant américain de l'e-commerce.

L'acquisition de Whole Foods

L'émission géante d'obligations sur le marché pour un montant de 16 milliards de dollars est officiellement destinée principalement au financement de l'acquisition de la chaîne de supermarchés bio Whole Foods payée 13,7 milliards de dollars. En fait, Amazon aurait pu s'offrir Whole Foods sans lever de dettes. En effet, la firme de Jeff Bezos dispose d'une trésorerie de plus de 21 milliards de dollars.

Whole Foods Market, West Hartford, Connecticut. Mike Mozart/Flickr, CC BY

Mais en faisant cette levée de fonds spectaculaire, elle atteint plusieurs objectifs : tout d'abord elle préserve sa trésorerie (pour de futures acquisitions), ensuite elle augmente son levier financier (ratio dettes/fonds propres) pour optimiser sa rentabilité, et enfin elle démontre toute sa capacité à convaincre les marchés de la justesse de sa stratégie industrielle.

Si l'annonce de l'acquisition par Amazon de la chaîne de supermarchés Whole Foods a été saluée par les investisseurs, il n'en va pas de même pour les dirigeants des entreprises concurrentes de l'ancienne économie qui craignent l'appétit sans fin de l'ogre de l'e-commerce. La menace que fait courir Jeff Bezos est bien réelle sur les grands magasins traditionnels mais également sur le commerce alimentaire. C'est ainsi que les chaînes spécialisées et les grands magasins comme Macy's, qui est sont en difficulté, ne cachent pas leurs inquiétudes.

Cette menace est également dénoncée par le président Donald Trump qui a déclaré dans un tweet publié lors de l'annonce de la méga émission de dettes : « Amazon a créée du tort aux distributeurs qui paient des impôts et les villes et les États ont été touchés, perdant de nombreux emplois ». Ce faisant, ce n'est pas la première fois que Donald Trump dénonce le modèle économique d'Amazon sans toutefois pouvoir modifier sa trajectoire.

À son leadership en terme de market place et à ses centaines de millions de clients et de visiteurs uniques à travers le monde, Amazon est en train d'ajouter une puissance financière colossale. À l'évidence, avec cette émission géante, la firme de Jeff Bezos est à même d'investir massivement dans toutes ses activités et d'imposer à ses concurrents un véritable rouleau compresseur. Qui pourra y résister ? Nul ne peut le dire. L'alliance de la finance et du e-commerce risque fort d'être un cocktail redoutable à l'avenir.

Différences d'échelle

L'opération financière réalisée par Amazon constitue un signal très fort et ne doit pas être sous-estimée. Les montants financiers en jeu mobilisés par les GAFA sont à eux seuls une source d'étonnement pour le spectateur européen, même spécialiste, qui est loin d'être accoutumé à de telles levées de fonds : on parle ici de dizaines de milliards de dollars.

Face à ces montants colossaux, on hésite entre la fascination et la peur. La levée de fonds d'Amazon témoigne incontestablement de l'énorme puissance financière des marchés américains. Couplée à la formidable capacité d'innovation des firmes high-tech américaines, la puissance financière mise à disposition par les marchés aux dirigeants de ces firmes est porteur de changements très profonds dans l'architecture économique du monde à venir. Ces changements ne sont pas à prendre à la légère.

Au-delà de ces profonds changements à venir qui concerne la planète, on ne peut s'empêcher malheureusement de mettre en parallèle le feuilleton national. Alors qu'en France, l'État et son gouvernement ont du mal à boucler le rachat d'une entreprise de chantiers navals (STX France) pour seulement 80 millions d'euros, les Tycoon américains jonglent avec des milliards de dollars. Espérons que la différence d'échelle ne soit que transitoire même si on peut en douter.

The Conversation
The Conversation (Crédits : Photo DR)

Par Michel Albouy, Professeur senior de finance, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Michel Albouy

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