Areva : comment en est-on arrivé là ?

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
La chute d'Areva s'explique largement par l'aveuglement de ses anciens dirigeants -Anne Lauvergeon- qui ont voulu investir à tout prix dans la construction de réacteurs nucléaires, alors que l'entreprise était leader dans les services. Par Eric Bonnel, associé au sein de Square.

Afin d'analyser la situation actuelle d'Areva, il convient d'abord de comprendre la stratégie mise en œuvre pour le développement de celle-ci. Si l'on regarde la décennie écoulée, on constate qu'Areva s'est lancée dans la création d'un modèle intégré : activités minières en fort développement, activités amont et aval de la filière nucléaire ainsi que la construction de réacteurs de nouvelles générations.
En 2008, la société collectionne ainsi les succès : au cours de cet exercice, le chiffre d'affaires avait atteint 13.2 milliards d'euros (+10.4%), le carnet de commande s'établissait à 48 milliards d'euros  (+10 milliards) et le résultat net se montait à 589 millions. La présidente du directoire pouvait ainsi indiquer que sur la période couvrant 2002 à 2008 le groupe avait généré un résultat net de 3,512 milliard et que 2,324 milliard avait été versés sous forme de dividendes aux actionnaires. L'Etat, actionnaire principal a donc pratiqué un taux de prélèvement des dividendes de 66% des richesses produites par l'entreprise.
Cette transformation de la société s'est accompagnée d'un plan de financement réalisé via la cession d'actifs et des économies importantes qui ont affecté positivement les cash flows.

Six ans plus tard, une perte supérieure à la valeur en bourse

Six années plus tard, la société constate dans ses comptes une perte supérieure à sa capitalisation boursière. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Dans l'appréhension de l'échec de la stratégie du groupe, on doit constater des éléments exogènes, des éléments propres à la gestion de l'entreprise, la capacité de l'actionnariat à supporter le développement de l'activité et la gouvernance.
Parmi les éléments extérieurs à l'entreprise, le choc de Fukushima et la remise en cause des filières nucléaires ont constitué un frein fort au développement de l'entreprise. Le repli important du prix des matières premières et donc de l'uranium a aussi affecté l'activité de la société en rendant trop cher un certain nombre d'investissements miniers.

Surtout, des erreurs stratégiques

Mais les causes principales d'échec d'une entreprise sont à rechercher avant tout dans le refus de la part des dirigeants (et aussi de l'actionnaire largement majoritaire), d'affecter les ressources et les efforts dans les pôles d'excellence de l'entreprise pour rendre attractif auprès des clients les services et produits proposés par celle-ci.
Or, dans ce domaine, Areva a voulu se lancer seule dans la construction de nouveaux réacteurs avec des clients qui ne sont pas devenus des partenaires de long terme mais des adversaires. La consommation de ressources affectées à la construction des centrales (métier nouveau dans le cas d'Areva, l'ancienne Framatome intégrée dans celle-ci ne construisant que les pièces essentielles de chaudronnerie nucléaire) a conduit à une dispersion des efforts au détriment des activités les plus lucratives et les plus récurrentes de la société telles que le secteur miniers (33% d'EBE en 2014 et les fonctions amont et aval du cycle nucléaire (production et retraitement des combustibles).

Leader mondial des services nucléaires... qui se fourvoie dans la construction de réacteurs

Ainsi, alors qu'Areva aurait pu être encensée comme le leader mondial des services aux filières nucléaires (avec un carnet de commande stable représentant 6 à 7 années de visibilité), elle n'a plus été regardée que comme le constructeur de 4 réacteurs accumulant retards et problèmes, sur les 60 en construction dans le monde.
L'abandon de cette activité de construction aurait, certes, représenté un choc profond pour l'entreprise, mais aurait permis au management de se retrouver dans une situation plus favorable pour faire émerger les autres pôles de compétence du groupe. Or, ceux-ci ont des caractéristiques rares : des carnets de commande représentant plusieurs années de chiffre d'affaires, un niveau de rentabilité élevé et un marché relativement captif avec des barrières d'entrée importantes. Quoi de mieux ?

Une lucidité défaillante des dirigeants, des actionnaires s'intéressant au prestige national

La lucidité sur les capacités d'Areva à faire face à des défis importants a été d'autant plus défaillante que l'actionnaire de référence, loin de donner des priorités claires au management (rentabilité des capitaux employés, génération de cash flow positifs, recherche d'un positionnement clair de la société) a paru ne s'intéresser qu'à la dimension nationale de l'excellence nucléaire française. En effet, au lieu d'un partage des tâches entre EDF et Areva, on a assisté à la création de doublons entre les champions nationaux. On a donc vu l'émergence de deux constructeurs de centrales nucléaires, alors que c'était une compétence particulière d'EDF : un bel exemple de gaspillage d'efforts.

L'actionnaire a, en outre, un rôle prudentiel vis-à-vis du management. Il est là pour affecter des ressources limitées à des projets rentables. Et il doit s'y intéresser en permanence. Le fait d'avoir un actionnaire aux ressources importantes et peu exigeant comme peut l'être l'État a probablement donné un sentiment de trop grande sécurité au management au moment de l'appréhension des risques, des opportunités et des coûts des différents projets stratégiques de la société.

Une équipe chargée de remettre l'entreprise en ordre de bataille

Enfin, et c'est un élément très positif, pour la première fois, les documents de référence sur les résultats d'Areva de 2014 présentent d'abord une équipe chargée de remettre en ordre de bataille la société ; neuf noms au service d'Areva. En 2008, seule la Présidente du Directoire signait et s'engageait sur le rapport financier de l'exercice écoulé.

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Commentaires
a écrit le 13/04/2015 à 16:23 :
Tiens, ils sont fermés les commentaires? Ou parler des intouchables qui ne sont jamais responsables de rien mais toujours en poste ici ou ailleurs pose problème?
a écrit le 13/04/2015 à 13:20 :
C'est assez simple. Le pouvoir bureaucratique en fait une chasse gardée et nomme à sa tête une ointe du seigneur (expression chère à Charles Gave) qui de toute façon n'est responsable de rien (ce qui ne l'empêche pas de donner des leçons de gouvernance), n'est comptable de rien (ce qui ne l'empêche pas d'aller nuire ailleurs), n'est d'ailleurs soumise à aucune espèce de remise en cause et qui finira probablement avec un poste ministériel ou un mandat électif sur mesure. Bref, la France de ces 30 dernières années sous régime de connivence étatique.
a écrit le 15/03/2015 à 2:50 :
Sans compter le scandal URAMIN qui a coûté près de 2mds d'euro pour des terrains miniers inexploitables. Un achat mené en dépit du bon sens par Mme Lauvergeon. Celle-ci prétend toujours aujourd'hui qu'il y a plein d'uranium avec un aplomb incroyable d'aveuglement. Oui mais inexploitable !
a écrit le 14/03/2015 à 23:11 :
Bonjour,
Qu'on aime ou pas (ce qui est mon cas) me nucléaire, je salue le travail de synthèse de l'article.
a écrit le 14/03/2015 à 22:51 :
Après avoir fait la preuve de son incompétence, Dame Lauvergeon continue d'apparaître (et d'émarger) au Conseil d'Administration de plusieurs grands Groupes français !
a écrit le 14/03/2015 à 21:19 :
On se tape des fonctionnaires à deux balles de la dep et de l'asn sans rien dire.
Des centaines de millions qui partent à cause d'eux.
C'est pareil dans d'autres secteurs en France. Les fonctionnaires nous emm...dent à cause de réglementations complétement stupides et qui coutent une fortune.
Réponse de le 15/03/2015 à 18:00 :
J'achète ce commentaire cinquante centimes d'euros !
a écrit le 14/03/2015 à 10:24 :
Le parallele entre le desastre militaire de 1940 et celui economique actuel, energetique notemment est frappant : meme consanguinité dans hautes sphères X-Mine-ENA, meme incompetence, meme choix strategiques arriérés.
Tout comme en 1940, nous nous accrochons a un technologie depassée, couteuse et dangereuse quand les Allemands, analysent et investissent dans l'avenir, et font sauter les uns apres les autres tous arguments s'opposant aux EnR.
Hier c'etait : les EnR, ca produit trop peu, ca se recycle pas, ca rend epileptique (eoliennes), arguments que plus personne n'ose sortir. Aujourd'hui : c'est trop intermittent (cf les dizaine de millier de pack PV+Batterie vendus en Allemagne). Demain les derniers arguments auront sauté, et nous Francais, englués dans notre suffisance, nous feront face a un mur d'investissement nucleaire : mise aux normes pour prolongation de 10 ans, demantelement et creusement de la poubelle nucleaire de Bure.
Mais il vaut mieux s'enteter que d'admettre avoir eu tort.
Réponse de le 14/03/2015 à 12:28 :
Effectivement, Alstom Energie a été vendu pour un ancien major de polytechnique !
a écrit le 14/03/2015 à 8:19 :
Triste constat d'une gestion approximative et d'une stratégie qui en a que le nom.
En attendant les salariés vont ramer pour faire les économies et essayer de remettre le rafiot à flot.Puis viendra le tour du contribuable. Merci Anne nous avons été heureux de travailler avec vous.....on était les meilleurs!
a écrit le 13/03/2015 à 18:30 :
La filière sous compétitive est bien entendue nulle et dépassée par les Coréens puisque nous sommes des fliottes. En France plus on est nul, plus on gagne!
Comme par hasard avant la filière marchait et fonctionnaire ne marche pas, donc la filière ne fonctionne pas.
Formidable on gagne à faire dysfonctionner les filières...
Réponse de le 15/03/2015 à 18:02 :
Brillante analyse de la situation, vous travaillez sûrement dans un cabinet de conseil et d'audit, ça se remarque tout de suite.
a écrit le 13/03/2015 à 18:07 :
L'avantage de faire de la politique c'est qu'on peut écraser impunément le travail des français, des entreprises comme des cathédrales, en revanche, pour les salariés, c'est le servage...
Quand les français seront correctement représentés...
Dans les pertes, Mr Kerviel est condamné, combien pour les dettes non déclarées? Quelle subvention est félicitée pour échec?
Réponse de le 15/03/2015 à 18:03 :
« Quelle subvention est félicitée pour échec? »

Eh oui, c'est surtout ça qu'il faut voir...
a écrit le 13/03/2015 à 16:01 :
Je suis stupéfait à la lecture des déclarations de ce jour de Mme LAUVERGEON qui prétend faire son mea culpa en indiquant c'est pas moi c'est les autres. Cette femme qui a été portée au pinacle par la mitterandie a plombé l'un des fleurons de l'industrie nationale et n'en paiera jamais l'ardoise laissée in fine au contribuable qui malgré sa détestation affichée envers eux est représenté par beaucoup de mâles blancs... et on ne parle pas du scandale URAMIN........... que les journalistes de ce pays fassent leur boulot !
Réponse de le 14/03/2015 à 10:13 :
+1
Réponse de le 15/03/2015 à 18:07 :
Quand François Mitterrand est mort, Anne Lauvergeon avait trente-sept ans.

Ce que vous ne comprenez pas, c'est que l'industrie du nucléaire est aplatie entre le marteau d'une sécurité trop coûteuse (représentée par Anne Lauvergeon) et l'enclume d'une insécurité à laquelle on ne peut faire face financièrement.

Dit autrement, c'est mort pour le nucléaire.
a écrit le 13/03/2015 à 14:49 :
Cette triste histoire montre une fois de plus que l'Etat est le plus mauvais gestionnaire qui soit. Il faut dorénavant en tirer les conclusions et arrêter avec le colbertisme de droite ou les nationalisations de gauche...
Réponse de le 13/03/2015 à 16:22 :
Au contraire, le service public est en théorie plus économique que le service privé car y a beaucoup d'économies d'échelle, comme l'éducation nationale etc. Mais areva, c'est l'exception...
Réponse de le 13/03/2015 à 18:24 :
Au lieu de parler économies d'échelles, parlons économies d'échelons. +3 pour les jeunes, -3 pour les vieux.
Réponse de le 13/03/2015 à 18:45 :
Vous plaisantez ? Le ministre socialiste Claude Allègre s'est fait virer pour avoir demander à "dégraisser le mammouth" !
Que de gabégie dans ce ministère !
Mais, chut ! ce n'est pas politiquement correct ... Pensez, 15 élèves par enseignant (840.000 / 12.750.000) et plus de 30 élèves par classe ... tout est normal !
Réponse de le 15/03/2015 à 18:08 :
Monsieur Allègre, grand ami du nucléaire et de l'UMP, aurait dû demander au ministre de l’Éducation Nationale de s'en occuper.
a écrit le 13/03/2015 à 13:27 :
C'est la conséquence du copinage, la promotion-relations et non pas celle au mérite, un conseil d'administration de représentants de l'état qui ont perdu tout sens critique de peur de nuire à leur carrière. Ces mêmes personnages qui dans d'autres circonstances (le domaine privé) auraient été virés, seront récompensés par des promotions puisqu'ils sont hauts fonctionnaires. C'est le principe de Peter.
Réponse de le 15/03/2015 à 18:09 :
Le principe de Peter a été découvert et élaboré dans le privé.
a écrit le 13/03/2015 à 13:25 :
pourquoi ne pas parler de la mine d'uranium en namibie acheter par un groupe canadien 35 millions d'euros et revendu a areva 1,8 milliard d'euros,,,,,mine qui ne contenait que tres peu d"uranium et pour laquelle areva a rajouter 100 millions pour une usine de dessalement d"eau de mer......plus un..investissement tout aussi inconsiderer en centrafrique....ca fait deja pres de 3 milliards partit en fumee,,,,,,,,ca laisse d'enormes questions sur la destination finale de l'argent,,,pour le moins!
a écrit le 13/03/2015 à 11:28 :
M Bonnel évite sagement de parler du scandale Uramin
a écrit le 13/03/2015 à 10:49 :
La mégalomanie d'Atomic Anne est la principale responsable, tout comme Messier l'a été pour Vivendi. Personne n'osait résister ni à l'une ni à l'autre.
L'Etat (à l'époque c'était la droite) n'aurait pas du renouveler son premier bail.
a écrit le 13/03/2015 à 10:47 :
Responsable de rien oui, comme tous ces dit grands patrons. Dans le privé le vrai responsable perd sa boite, et sa maison sa vie est fichue.
Réponse de le 15/03/2015 à 18:11 :
Ah bon ? Vous ne devez pas suivre beaucoup l'actualité, alors.
a écrit le 13/03/2015 à 10:44 :
Le parallèle est étonnant avec le "LCL" des années 80/90 . Même ambition planétaire, mêmes entourloupes, même types de décisionnaires arrogants et aveugles, même type de "Monopoly" financier et même grand actionnaire (Etat) , in fine mêmes pertes abyssales.
Réponse de le 13/03/2015 à 11:43 :
Votre argent (qui sert à renflouer ces entreprises d' Etat) n'est pas perdu pour tout le monde : certains politiques UMP et PS s'en sont mis plein les poches au passage ! Eux, ils sont millionnaires ; vous pauvres, ou chomeurs. La déconfiture des entreprises publiques, c'est le "JACKPOT UMPS" !
a écrit le 13/03/2015 à 10:09 :
Atomic Anne avait été nommée à la tête d' AREVA par les politiques PS. Les politiques UMP ou PS détruisent et pillent la France ; les fonctionnaires/chefs d'entreprises d'Etat font de même (comme dans l' affaire ELF). Il n'y a rien d'étonnant, ce sont les mêmes. Ceux qui se retrouvent au chomage, sans travail, c'est nous... Vive l' UMP, vive le PS (depuis 40 ans au pouvoir) !
Réponse de le 15/03/2015 à 18:10 :
Donc vous allez voter « Bombe Atomique » ?

Drôle d'idée...
a écrit le 13/03/2015 à 10:01 :
et l'état qui empoche 66% des bénéfices d'une entreprise au lieu de les réinvestir.
L'état est le pire actionnaire suceur de sang que l'enttreprise peux avoir. Sans compter son abscence de gestion celle-ci qu'elle gerent.
Réponse de le 15/03/2015 à 18:12 :
Je parie que vous êtes un pourfendeur de la dette.
a écrit le 13/03/2015 à 9:59 :
Un dirigeant de Société d'Etat est choisi en fonction des récompenses que l'on veut, ou que l'on a, négocié. La capacité de gestion est ignorée comme à l'ENA, témoin Renault jusqu'à la privatisation? la CGT avait bien aidé comme d'habitude, Donc rien d'étonnant concernant le résultat d'Areva et le temps qu'il a fallu pour oser l'afficher.
a écrit le 13/03/2015 à 9:25 :
toutes les entreprises gerees par l'etat arrivent tot ou tard a un tel stade.....
Réponse de le 15/03/2015 à 18:14 :
Toutes les entreprises arrivent tôt ou tard à la mort.

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