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Augmenter la démocraticité

L'Odissée

Publié le 20 février 2019 à 09:43 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:56

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NE NOUS FÂCHONS PAS! Chaque semaine, l'Odissée (*) présente une chronique proposant un Discours de la méthode 2 ! Aujourd'hui : les démocraties ne sont pas toutes pareilles. Evaluer le niveau de démocratie d'un état ou d'une organisation, sa démocraticité, suppose de mesurer la quantité et la qualité de démocratie présente dans le canevas formé par l'articulation de ses différents processus.

L'écriture et l'imprimerie, les deux grandes mutations des systèmes de communication ont chacune transformé le rapport des citoyens au savoir et au pouvoir. À chaque fois, la démocraticité des systèmes sociopolitiques s'est sophistiquée et renforcée. La crise des gilets jaunes est révélatrice d'un accroissement de l'exigence démocratique induite par les techniques de communication : à nouveau, la démocraticité des organisations publiques et privées va progresser.

Inventer laDémocratie citoyenneet laSémiocratie

De nombreuses organisations ou états autocratiques procèdent à des élections dont l'issue ne laisse aucun doute à personne. La démocratie ne se réduit donc pas au vote ; elle ne doit pas être jugée aux apparences, à la seule aune de la tenue d'un référendum ou du mode de désignation de ses représentants et chefs. Bien au-delà, elle doit s'assurer que les problèmes sont bien posés, que les meilleures idées sont cherchées, défendues et effectivement mises en place. En effet : participer au choix final n'est pas satisfaisant lorsque certains arguments ou options ont a priori été écartés et que les alternatives proposées ne paraissent pas pouvoir résoudre les problèmes perçus ! Il convient donc d'adjoindre au vote deux composantes interdépendantes : une phase préalable de vrai dialogue, la démocratie citoyenne, et une  raison d'être partagée, la Sémiocratie.

Compléter la démocratie représentative avec ladémocratie citoyenne

À notre époque, point de commune mesure avec la société d'il y a seulement deux siècles, lorsque l'information était contenue essentiellement dans les livres et que seule une petite minorité savait lire, en avait le temps et les moyens économiques. L'écart est encore plus grand avec la société antérieure à l'imprimerie, lorsque la principale source d'information accessible au plus grand nombre était le sermon hebdomadaire du prêtre, qui portait sur des textes fondamentaux parfois lus dans une langue non maîtrisée par l'auditoire. Le message restait donc alors incompréhensible pour l'énorme majorité de la population qui se savait dans l'ignorance.

  • Passer du raisonnement individuel au raisonnement collectif

Désormais, chacun a accès à toute l'information instantanée et peut glaner à sa guise des arguments pour se forger une opinion. En toute indépendance et sans obligation de lien avec quiconque. De plus, chacun peut partager à volonté ses propres informations. Cette facilité technique d'expression engendre l'envie d'émettre et d'être entendu à son tour. En cas de décalage avec autrui, il n'y a qu'un pas pour croire que ses informations, analyses et propositions n'ont pas été prises en compte : en miroir, la tentation est alors de rejeter ceux dont on pense qu'ils ne nous ont pas écoutés. À l'ère d'Internet, la communication descendante, sans échange avec les dirigés, prend désormais le risque d'être perçue a priori comme une forme de propagande. Le dirigeant doit donc apprendre à écouter le dirigé dans un nouveau système de gouvernance porteur de cet âge de la démocratie adulte : la démocratie citoyenne qui saura intégrer la parole de chacun.

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Photo d'illustration (Crédits : DR)
  • L'exigence d'une nouvelle méthode

En démocratie, chaque personne est, de fait, fondée à utiliser son libre-arbitre et exprimer une vision particulière, qui peut être antagoniste de toutes les autres. Avec la montée de l'accès aux savoirs, peu à peu, chacun se trouve en situation de mieux comprendre l'envers des décors des théâtres politiques, économiques et sociaux. Dans un tel monde de transparence, qui fera de plus en plus appel à la responsabilité intellectuelle et à la solidarité globale, chacun pourra défendre ses diagnostics et ses propositions au service de l'intérêt général.

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Or, les flux continus issus d'innombrables sources d'informations produisent une cacophonie dont il est ardu d'extraire l'essentiel, une mixtion dont il est chaque jour plus difficile de dissocier le bon grain de l'ivraie. La complexification de chaque discipline scientifique et l'enchevêtrement des phénomènes économiques et sociaux rendent nécessaire de donner un rôle à chaque type d'acteurs. Personne ne détenant seul les clés du croisement de toutes les connaissances avec les enjeux urgents ou émergents, il nous faut construire une méthode de tri collectif qui permettra de se saisir ensemble du tout. Sauf à risquer de se trouver parfois paralysé, fonder l'adhésion au changement suppose donc désormais de déployer un mécanisme de quête commune. Un tel raisonnement collectif, dans lequel chacun se reconnaît, suppose que chacun puisse en pratique abonder à volonté, puis vérifier que ses propres informations ont bien été prises en compte.

Mais, même si chaque citoyen parvenait à entendre chaque autre citoyen, cela n'empêche pas qu'un groupe peut toujours rester sous la domination d'une conjonction d'intérêts particuliers ou d'une majorité peu informée, peu mature ou peu innovante. Il apparait donc que s'il faut bien donner la parole à chaque citoyen, il n'est en revanche pas possible ni souhaitable de donner raison à chaque citoyen. Si la démocratie citoyenne est la nouvelle méthode, reste à en préciser la finalité.

La finalité de la démocratie citoyenne : laSémiocratie

  • Ajouter la raison d'être à la raison

En République, chaque citoyen est responsable de toute la Cité. La réflexion collective vise à produire des recommandations non pas pour les seuls décideurs, mais pour tous, dirigeants et dirigés de tous statuts : chacun se nourrit des apports de tous les autres. Or, aucune méthode ne saurait résoudre tous les problèmes que rencontre chaque personne. L'objectif n'est donc pas d'identifier une gamme de décisions qui s'imposent à tous, mais de rester au plus proche des réalités des différents terrains pour aider toutes les parties prenantes à prendre de meilleures décisions. La recherche collégiale doit respecter le principe de substitution : son ambition est d'élaborer les grandes lignes de la stratégie globale pour mieux la définir ensemble. Une fois les enjeux et le projet mieux partagés, chacun peut ensuite mieux en déduire par soi-même ses propres déclinaisons opérationnelles à son niveau. Tous les types d'acteurs peuvent ainsi mieux comprendre l'importance de leur place spécifique. Les rôles et responsabilités sont alors mieux répartis et le dirigeant peut alors mieux déléguer à chacun sa partie. Déterminer ensemble la raison d'être développe la confiance mutuelle entre tous.

La réflexion collective n'a pas pour objet de faire remonter les bonnes idées, parfois déjà connues des dirigeants, mais aussi de permettre leur reconnaissance, leur acceptabilité et leur mise en œuvre accélérée par le plus grand nombre. Il ne s'agit pas de définir un plan d'action déployable par le chef, mais une grille de priorités assumées par tous, un sens collectif revisité au regard des évolutions du contexte. Il ne s'agit donc pas de faire triompher la seule raison, qui permettrait à chacun de tout comprendre en profondeur, mais plutôt de formaliser de façon toujours plus aigüe la raison d'être ensemble et de rester ensemble à l'avenir. C'est la découverte collective d'un système de valeurs partagé qui donne les repères communs dans lesquels chacun peut s'inscrire. Alors, tous peuvent percevoir et contribuer à réunir les conditions nécessaires pour réactiver en continu l'envie partagée de vivre ensemble à long terme. C'est donc le corps social qui doit lui-même définir ses propres desseins tout en s'obligeant à prendre en charge une complexité croissante pour se projeter dans un avenir toujours mieux redéfini.

  • Impliquer tous les citoyens dans la quête du sens collectif

Cette quête active d'un mieux-vivre ensemble suppose d'inventer des rencontres d'un genre nouveau, qui réunissent des acteurs de toutes les sphères pour réfléchir ensemble hors de la pression du calendrier électoral, des jeux de rôles et des effets de manche. Nous devons construire des cercles de réflexion ouverts aux citoyens, voire élargir en toute transparence ceux qui permettent déjà de s'extraire du tumulte quotidien, par exemple ceux de la franc-maçonnerie, think tanks et autres cénacles, mais qui présentent encore les limites de l'opacité, d'un public restreint et donc de l'illégitimité démocratique.

  • Une nouvelle forme de gouvernance : la Sémiocratie

Renforcer la démocraticité de notre société et de tous les organismes qui la composent suppose donc d'entrer dans une forme supérieure de démocratie composée d'une méthode nouvelle, la démocratie citoyenne, et une finalité nouvelle, la Sémiocratie. Par ces nouveaux lieux et processus ouverts à tous et orientés vers la recherche de l'intérêt général à long terme, chacun découvrira de nouvelles réserves pour mieux se comprendre et mieux comprendre le monde, et ainsi être en situation de mieux développer simultanément sa propre personne, la structure professionnelle dans laquelle il évolue, ainsi que la société dans son ensemble. Alors, nous ferons un pas dans le projet de Nietzsche dans le Gai savoir  : devenir des ancêtres de surhumains capables d'avancer dans la prise de conscience et la prise en main de leur propre complexité et de celle du monde.

NOTES

(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.

L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".

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Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise, la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser des groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises.

L'Odissée

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