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Augmenter le "smic", une politique de droite?

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Ivan Best

Publié le 08 avril 2016 à 14:47 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 04:00

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Des gouvernements de droite n'hésitent plus à utiliser la hausse salaire minimum comme arme de politique économique. La préoccupation sociale passe, paradoxalement, au second plan

+7,5% le premier avril, et +40% en cinq ans, d'ici 2020, alors que l'inflation est proche de zéro. Une telle hausse du smic en Grande-Bretagne, c'est du jamais vu. Surtout en regard d'une inflation zéro en 2015 et inférieure à 1% en 2016. Et alors que le salaire minimum atteint déjà, depuis le début du mois, 9,20 euros de l'heure, soit un niveau pas si éloigné de celui constaté en France (9,67 euros)

Pour celui qui serait passé à côté de la vie politique britannique ces dernières années, une chose est évidente : seul un gouvernement de gauche a pu prendre une telle décision, favorable aux salariés, au détriment des employeurs. Ce serait logique, en effet, et il en a toujours été ainsi.

Or ce n'est pas le cas, en l'occurrence, puisque c'est bien sûr le premier ministre conservateur, David Cameron, qui a engagé ce mouvement de hausse. Le signal d'un virage à gauche des Conservateurs ? Une telle affirmation étonnerait plus d'un anglais. Si les Conservateurs britanniques restent bel et bien de droite, que veut dire alors, le choix de cette politique? Que signifie également la création d'un smic par Angela Merkel avec l'aval sinon l'approbation du parti conservateur allemand, la CDU ? Et l'augmentation du salaire minimum en Californie ?

S'agissant de la Grande-Bretagne, il faut partir du contexte économique plus que de la question sociale. Il apparaît que la hausse du salaire minimum s'inscrit dans une stratégie de politique économique, et ne correspond pas, comme c'est le cas habituellement, traditionnellement, à un impératif social, à une volonté d'aider les salariés les plus mal traités.

Chute des salaires

En 2010, quand Cameron arrive au pouvoir, il impulse avec la Banque d'Angleterre une politique monétaire très accommodante, visant clairement à faire repartir l'inflation (des actifs, comme l'immobilier, comme des prix à la consommation. La hausse des prix -ce n'est bien sûr pas affiché comme tel- aura pour effet bénéfique de faire baisser les salaires réels -une fois l'inflation défalquée-, renforçant la compétitivité, estime David Cameron. Le problème, comme le souligne l'économiste spécialiste du travail, Philippe Askenazy, dans son dernier livre*, qui vient de paraître c'est que l'opération a trop bien marché : l'inflation a été forte, et, dans un contexte de crise, les salaires réels ont encore plus baissé que prévu.

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« La chute des primes des hauts salaires de la finance était attendue, mais c'est toute la hiérarchie salariale qui s'est effondrée de 10 à 15% en termes réels entre 2008 et 2012 » relève-t-il. Comme si la Grande-Bretagne retournait au thatchérisme. Depuis 2012, la reprise s'est installée Outre Manche, notamment grâce à des effets de richesse -flambée des prix de l'immobilier-, mais les salaires n'ont toujours pas décollé. Le signe d'une perte de pouvoir de négociation des salariés, liée à la flexibilisation du marché du travail.

Menace de déflation

Et la hausse des prix est retombée à zéro en 2015, faisant peser la menace d'une déflation, comme au sein de la zone euro, où la BCE s'échine à vouloir faire remonter l'inflation.

Comment éviter cette si dangereuse déflation? La hausse du smic est un bon moyen de faire repartir les prix. Bien sûr, pour atteindre cet objectif, il serait possible de viser une politique plus structurelle. Elle pourrait passer par une augmentation des salaires dans le secteur public -qui entraînerait ceux du privé, cet effet a été très souvent constaté- et par un soutien aux syndicats de salariés, afin de renforcer leur pouvoir de négociation. Mais ce serait là une politique renforçant la gauche !

Lien syndicats-partis de gauche

Dans beaucoup de pays, et sans doute encore plus en Grande-Bretagne, le lien est important entre les syndicats et les partis politiques de gauche -Labour-. Redonner du pouvoir aux syndicats équivaudrait donc, pour le parti conservateur, à renforcer son adversaire politique...C'est évidemment hors de question. Quant à la hausse des salaires dans le public, elle serait synonyme d'aggravation du déficit public et contraire à l'idéologie ambiante.

Pousser les entreprises à investir

Alors, va pour la hausse du salaire minimum... Son augmentation présente un autre avantage, toujours d'un point de vue macro-économique : en renchérissant le coût du travail, par rapport à celui du capital, elle pousse les entreprises à investir afin d'être plus productives, dans un contexte de faiblesse avérée de la productivité britannique : c'est le seul pays industriel où elle s'inscrit en baisse, ces dernières années, en raison de la création de multiples jobs peu qualifiés. Évidemment, cette substitution du capital au travail pourrait être synonyme de destructions d'emplois. « Ce n'est pas tant le cas » assure Philippe Askenazy. Il est vrai que dans beaucoup de secteurs -services à la personne-, le recours au travail est indispensable.

En tous cas, s'agissant des prix, l'opération salaire minimum a tout l'air de fonctionner. La commission européenne prévoit une remontée de l'inflation en Grande-Bretagne, celle-ci doublant entre 2016 et 2017, passant de 0,8% à 1,6%.

Un succès pour le gouvernement conservateur, tout comme le premier bilan de l'instauration du salaire minimum en Allemagne par la chancelière de droite apparaît positif. Le « smic », une arme de politique économique pour gouvernement de droite ?

*Philippe Askenazy, « Tous rentiers ! pour une autre répartition des richesses », Odile Jacob, économie

Ivan Best

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