Avocats d'avenir, avenir des avocats

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Les avocats parisiens élisent leur bâtonnier aujourd'hui dans un contexte inédit, marqué par la crise du droit et le risque d'ubérisation. Des réponses existent, pourtant. Par Olivier Cousi et Nathalie Roret, avocats, candidats au bâtonnat et vice bâtonnat, Barreau de Paris

Les avocats parisiens élisent leur bâtonnier aujourd'hui dans un contexte inédit. Tiraillés entre misère de la justice, crise générale du droit et risque d'ubérisation, au premier tour, les avocats parisiens, (40% de la profession, 2/3 du chiffre d'affaires du droit en France) soit se sont abstenus, soit ont exprimé un vote de contestation. Oui, des changements importants vont se produire, et bien plus encore que par le passé. Pourtantdes opportunités existent. Saisissons-les. Soyons avocats, c'est-à-dire défendons, résistons, agissons, car notre avenir - et celui de l'état démocratique de notre pays- est en jeu.

 Le contexte de l'élection du bâtonnier de Paris n'a sans doute jamais été si complexeni si incertain pour les avocats :

  • une justice sinistrée, aux moyens trop faibles et un seul chiffre suffit à l'illustrer : chaque Français consacre soixante euros d'impôts à la Justice de son pays, les Allemands le double, les Suisses trois fois plus.
  • une concurrence multiple sur le terrain du droit qui ne peut que perturber le justiciable : tout le monde fait du droit, depuis des banques, des administrations ou des associations, jusqu'aux experts comptables et toute sorte de consultants. Et même Google, premier acteur questionné sur le droit, ou des plateformes numériques qui multiplient les propositions : documents juridiques automatisés, procédures en ligne, informations, conseils, mises en relations...
  • le risque d'ubérisation est bien présent, avec un justiciable qui se retrouve souvent bien seul devant son écran d'ordinateur.
  • un Etat d'urgence qui n'est plus l'exception, avec des procédures spécifiques bien trop rapides, trop à l'emporte-pièce, où la défense n'est pas possible.
  • un Etat de droit fragilisé, depuis des libertés individuelles qui reculent jusqu'à des candidats à la présidentielle qui répondent « sécurité » à « justice » et qui veulent rogner l'application de la CEDH.
  • une atteinte au secret professionnel de l'avocat voire même une contestation de celui-ci, qui mine la confiance de ses clients.
  • jusqu'au déménagement du palais de justice, dans unbâtiment où l'avocat n'a pas sa place.

 L'avocat, marqueur d'une bonne santé de la société

Et pourtant, tout ce qui sera décidé aujourd'hui formatera la profession de demain. Que voulons-nous demain comme avocat ? L'avocat n'a pas à organiser la sécurité du pays. Il est cependant un marqueur de la bonne santé d'une société complexe et démocratique. Sans défense des droits de chacun, pas d'Etat de droit. De plus, si le droit n'est pas une marchandise, les cabinets d'avocats sont des entreprises et contribuent à l'économie française (les activités juridiques contribuent pour 20 Milliards d'euros à la richesse nationale, soit 1 à 1.5% du PIB). Le Bâtonnier et l'Ordre du Barreau de Paris doivent donc se battre, soutenus par toute la profession, pour restaurer la place de l'avocat dans la société.

 Sans secret professionnel, sans outils adaptés au numérique, sans respect de la confraternité, sans défense des libertés, il n'y aura plus d'avocat ! Néanmoins, les transformations de notre société sont autant d'opportunités que les avocats peuvent et doivent saisir. Résistons. Avançons. Décidons. Ne soyons pas dans la réaction. Agissons.

 Un Ordre professionnalisé

Pour avoir un avocat fort demain, il faut un Ordre professionnalisé, bien organisé, au service de ses membres :

  • Un ordre transparent, loyal avec ses membres qui donnera le libre accès à ces comptes aux avocats, qui soumettra les principaux d'achats de prestations de missions de l'Ordre à la concurrence.
  • Un nouveau pacte constitutionnel avec les avocats, en soumettant par exemple tous les grands projets à l'approbation de tous, en préservant la collaboration libérale, avec la généralisation de l'assurance « perte de collaboration »...
  • Un projet collectif où les avocats doivent, comme la société, passer aux économies solidaire, collaborative, numérique, et à la co construction des textes et des activités qui les concernent.

Mieux structurés, nous pouvons mieux nous tourner vers nos clients, des particuliers aux entreprises, et être crédibles vis-à-vis des pouvoirs publics

Dans ce contexte d'institution représentative renouvelée, l'avocat de demain conserve son ADN, ses fondamentaux :

  • Nous devons faire de la justice une priorité démocratique afin de la réconcilier avec nos concitoyens.
  • La déontologie est notre socle, et elle doit être plus lisible pour nos clients. Nous pouvons la défendre et la renforcer.
  • Le conseil juridique appartient à l'avocat et uniquement à l'avocat. C'est notre mission, nous devons la protéger. Nous le devons aussi à nos clients.
  • Le secret est absolu, car le secret n'appartient pas à l'avocat mais à son client ! là encore, nous devons le défendre voire même le reconstruire pour bâtir avec confiance avec nos clients.
  • La défense reprend toute sa place, et être avocat c'est défendre toutes les personnes, quelles qu'elles soient.

Nos fondamentaux explicitent notre rôle social de marqueur de la démocratie. Ils montrent aussi combien notre ADN vit, survit, revit par son lien revisité avec nos clients. C'est en relation avec les autres que nous sommes pleinement avocats.

 Les opportunités pour une profession forte et conquérante sont là, emparons-nous d'elles !

  • Le numérique, utilisons le ! Grâce à des formations, avec un « Kit de l'avocat Connecté » fournissant un accès gratuit à une documentation juridique en ligne, avec un label sélectionnant, au profit des avocats et du public, les acteurs innovants du marché des legaltech et surtout respectueux de notre déontologie. Et même créons des startups du droit !
  • De nouveaux marchés sont à portée de mains. Que ce soit parce que le droit européen se démultiplie partout. Ou parce que les modes amiables de règlements des conflits (médiation, conciliation, processus collaboratif, arbitrage...) sont plébiscités tant par nos clients qui apprécient ces constructions de solutions, que par les pouvoirs publics qui dé judiciarisent jusqu'au divorce. Et puis, nous renforcerons le lobbying en faveur de la conquête par les avocats de nouveaux marchés tels que la compliance, la protection des données, la RSE, les services juridiques en ligne ou l'intelligence économique.
  • « Restaurer la place de l'avocat dans la cité », ce sera le résultat, il s'agit même de constitutionaliser l'avocat en obtenant une reconnaissance constitutionnelle du droit à une défense libre et indépendante. Un plus démocratique.

 Nous avons le devoir de nous rassembler pour être des avocats respectés parce qu'assumant pleinement notre rôle. C'est ce que nous vous proposons de faire ensemble et avec nos concitoyens.

Cette renaissance servira les avocats, mais aussi les justiciables, les citoyens et la démocratie. Parce que cela remet la confiance au centre des relations entre le droit et nos concitoyens. Nous pensons que c'est possible. C'est pourquoi nous nous présentons aux suffrages de nos consœurs et confrères.

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Commentaires
a écrit le 10/10/2018 à 16:51 :
Je viens de lire la réflexion sur l'avenir de l'avocat,je trouve qu'elle relate vraiment la situation réelle de l'avocat.et nous espérons que demain
a écrit le 01/12/2016 à 10:13 :
Le problème de votre profession c'est qu'il y a bien trop de dérogations en faveur de gens qui n'ont jamais fait de droits, je pense à tous les politiciens mais pas que, j'ai des exemples d'anciennes professions devenant avocats particulièrement aberrantes, qui font que votre profession a largement été tirée vers le bas, tout ce fatras de politiciens imbéciles qui pour se donner bonne conscience deviennent avocats sans rien y connaitre seulement pour faire semblant d'avoir travaillé un jour, études payées par papa maman et réseau permettant d'obtenir le diplôme de bien peu de valeur finalement.

La profession de politicien est la plus détestée par les français or la profession d'avocat c'est complètement laissée submergée par ce phénomène compromettant et quand vous voyez que c'est la profession la plus commune parmi nos politiciens corrompus, je vous dis pas comme l'image de marque de votre métier fortement diminue.

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