Blockchain, le nouvel ange-gardien des assureurs ?

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(Crédits : DR)
Née de la volonté d’établir la confiance par défaut dans les transactions internet, la blockchain a connu son application la plus visible avec l’avènement du bitcoin et des crypto-monnaies dans les années 2000. Aujourd’hui, cette technologie est en passe de trouver une application dans tous les secteurs d’activité, et devrait contribuer pleinement, en particulier, à la révolution nécessaire du marché de l’assurance. Il s’agit donc, tant pour les acteurs traditionnels que pour de nouveaux entrants prêts à bousculer les conventions, d’une très belle opportunité. Par Astrid-Marie Pirson, Responsable Technologie, Médias, Télécoms & Cyber France chez Hiscox

Big data, dématérialisation ou encore machine learning, les technologies de l'information ont déjà bouleversé de nombreux pans de l'économie, et le marché de l'assurance est en train, à son tour, de vivre ce séisme. À l'origine, l'assurance reposait sur le principe fondamental d'une large mutualisation des risques, mais elle est aujourd'hui devenue individualisée et ultra-personnalisée : chacun paie - et s'attend à payer - en fonction de son profil.

Parmi les révolutions que connaît ce marché, il en est une qui touche à la corde sensible de la sécurité des données, notamment financières et bancaires. Or, la Blockchain permet justement d'enregistrer les informations relatives à chaque transaction, et de stocker ensuite les données collectées dans une base de données à la fois publique (donc transparente), infalsifiable et entièrement sécurisée. Ainsi, les parties n'ont plus besoin de faire appel à un tiers de confiance pour opérer leurs transactions. Comme son nom l'indique, la Blockchain est une chaîne : chaque utilisateur connecté reçoit l'historique des échanges effectués via les nœuds de stockage, le met à jour et transmet la dernière version à l'utilisateur suivant. Le réseau devient donc complètement autonome, et impossible à contrôler ou à falsifier.

À première vue, cette volatilité peut ne pas inspirer confiance - mais en réalité, la Blockchain présente pour les assureurs plusieurs avantages.

Pour une simplification des opérations d'assurance

Avec l'apparition de cette technique, il est possible d'imaginer une simplification de la souscription des contrats d'assurance, dans la mesure où l'identité du preneur d'assurance peut-être à la fois parfaitement connue (répondant ainsi aux impératifs de connaissance client - KYC : Know Your Customer) et totalement sécurisée.

Puisque, grâce à la Blockchain, les assureurs n'auront plus besoin de faire appel à un tiers de confiance pour certifier l'identité du client, des documents qu'il fournit ou de ses moyens de paiement, leurs coûts opérationnels pourront être sensiblement réduits. Par ailleurs, leurs processus de décision et de remboursement seront accélérés, car ce nouveau réseau est bien plus réactif que les circuits traditionnels de processus de paiement.

De même, grâce à la mise en œuvre des "smart contracts", auto-exécutables grâce à des lignes de code, il devient possible de gérer le contrat d'assurance, d'instruire un sinistre ou de verser une indemnité sans autre intervention que celle du contrat intelligent sur la Blockchain. Même les transactions complexes deviennent plus simples à gérer. Dans cette économie du partage, chaque utilisateur du réseau participe à la sécurisation des transactions, peut fiabiliser les données et les partager en un temps record.

La Blockchain va donc, nécessairement, amener les assureurs à repenser leur business model, et ce d'autant plus que les possibilités qu'elle offre sont également accessibles à tous les acteurs de la nouvelle économie qui décideraient de venir bousculer le modèle traditionnel de l'assurance. Pour les assureurs, il s'agit donc de la mettre au cœur de l'acquisition et de la fidélisation des clients, mais aussi du principe de mutualisation, dans un vrai modèle de pair à pair, et en proposant des services annexes à forte valeur ajoutée qui s'appuient sur le partage de données.

Partager des données en toute sécurité, valider des transactions et en suivre la bonne exécution, créer un environnement où la confiance peut exister grâce à la construction même du réseau utilisé, qui garantit une parfaite transparence... Dans ce contexte propice, il est tentant de réinventer l'assurance en s'affranchissant de toutes les pesanteurs et de tous les coûts induits par la défiance, la suspicion de fraude et l'asymétrie de l'information : on imagine des garanties d'assurance qui démarrent et s'arrêtent automatiquement selon des règles prédéfinies et s'adaptent aux besoins de client, on rêve de sinistres qui s'instruisent sur la base de règles paramétrées dans le contrat et déclenchent la réparation et l'indemnisation sans qu'il soit nécessaire de faire appel à des experts...

Les « smart contracts » pour lutter contre la fraude

Le secteur de l'assurance est soumis aujourd'hui à une régulation toujours plus stricte et fait face à une augmentation des risques de fraude. Les smart contracts générés par la blockchain pourraient permettre aux clients comme aux assureurs de gérer les réclamations de manière transparente et réactive.

Les contrats et les réclamations seraient enregistrés et validés via une Blockchain, ce qui permettrait de s'assurer que seules les réclamations valides sont prises en charge. Par exemple, si un client mal intentionné dépose plusieurs réclamations pour un seul et même événement, l'assureur pourra compter sur le réseau pour repérer les doublons et le prévenir de la fraude.

Une réglementation encore floue

D'un point de vue réglementaire, il reste encore un long chemin à parcourir, et nous sommes toujours dans une phase d'observation de cette technologie révolutionnaire et de ses potentielles applications. Petit à petit cependant, les acteurs de l'assurance vont devoir se concerter pour trouver le bon modèle de régulation, tout en respectant les règles de déontologie existantes, les principes de protection du consommateur, ou encore - tout simplement - le Code des assurances.

Mais l'incontournable Blockchain s'est déjà insinuée dans de nombreux secteurs (finance, art, location de voiture ou plateformes de réservation...), et beaucoup la considèrent comme l'une des plus grandes avancées dans le domaine informatique de ces dernières décennies. L'assurance, souvent peu réceptive au changement, est aujourd'hui en train de vivre l'arrivée en force de cette technologie de rupture, qui l'invite à repenser complètement ses modèles opérationnels - au risque de se laisser distancer par ceux qui sauront l'utiliser, et de voir la blockchain se transformer pour eux en véritable cauchemar...

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