Ce que cache l'étonnante progression des salaires en France

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, ce que cache l'étonnante progression des salaires en France

 Pourquoi les salaires réels augmentent-ils plus vite que la productivité en France, depuis la crise de 2008 ? On constate que la part des rémunérations a progressé pendant la crise dans la valeur ajoutée, stable sur moyenne période. Cette évolution peut sembler paradoxale au moment où le FMI s'inquiète de l'attrition de la part des salaires dans la valeur ajoutée dans le monde développé. Alors même que le taux de chômage français fait partie des plus élevés des pays avancés. Alors même que les pressions concurrentielles poussent à la restauration de notre compétitivité et devraient inciter les entreprises à comprimer leurs coûts. Alors comment se fait-il que les salaires français continuent à progresser plus rapidement que la moyenne européenne ?

Effets de composition

Il y a d'abord les effets de composition : le fait que ce sont les professions les plus qualifiées, donc les mieux rémunérées, qui résistent le mieux dans la crise. Cet effet est certainement moins marqué dans les pays qui ont mieux réussi le déversement sur les petits jobs durant la crise.

On peut ajouter l'impact de la sortie de l'emploi de la génération du babyboom, la mieux rémunérée, moins avancé en France que dans d'autres pays.

Redistribution des marges

Il faut ensuite tenir compte de l'effet conjoint après 2014 du CICE et de la baisse du prix des matières premières, qui ont participé à la restauration partielle des marges. Les entreprises françaises sont ainsi parvenues à distribuer des salaires, tout en contenant l'évolution de leurs prix de vente.

Elles ont réussi de surcroît à maintenir leur taux d'investissement grâce à un accès peu contraint au crédit. En témoigne l'évolution du taux d'endettement des sociétés non financières hexagonales, à contre-courant de ce que l'on observe dans la plupart des pays développés. Les entreprises ont ainsi bénéficié d'un certain nombre d'amortisseurs qui leur ont évité de mettre les salariés, notamment les plus qualifiés, sous pression salariale excessive.

En définitive, en dépit de l'équation compliquée de la crise et de la montée de l'endettement, on constate que si le taux de marge n'a toujours pas restauré ses niveaux d'avant crise, le taux d'épargne des entreprises, lui, c'est-à-dire la part de l'autofinancement rapporté à la VA, a atteint des niveaux records. Fiscalité aidant, décrue des taux aidant, les entreprises sont moins étranglées financièrement que ne le suggèrent certains commentaires.

Image partielle de la réalité économique des multinationales

Il existe également des causes moins objectivables, mais qui peuvent jouer un rôle significatif dans le cas français.

D'abord le fait que la comptabilité nationale ne saisit que la situation financière des entités résidentes de groupes, français ou étrangers, dont le périmètre est beaucoup plus large. Or, les groupes concentrent plus de la moitié de l'emploi en France. La dégradation des taux de marge que l'on observe au niveau des centres de  décision résidents, qui concentrent toute une série de coûts fixes (stratégie, conception, R&D, marketing, etc..) et qui produisent des services imparfaitement facturés au sein des groupes, nous restitue une image partielle des groupes dans leur globalité. Leur situation, financière ou en termes de part de marché, n'est plus la même lorsque l'on y intègre les filiales étrangères. Et la formation des salaires n'est probablement pas étanche à cette situation consolidée.

Externalisation de la précarité

Ensuite, il faut peut-être considérer les nouvelles marges de manœuvre que confère le numérique en matière de ressources humaines. La montée en puissance de l'auto-entreprenariat sur la période est une façon de s'adjoindre du travail sur des bases de rémunération dégradées. C'est un nouvel élément de souplesse, non comptabilisé dans les salaires, qui permet de préserver aussi les conditions du noyau dur de l'emploi que l'entreprise souhaite fidéliser.

On le voit, tout ne relève pas des rigidités, dans la relative résistance des salaires en France.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 27/10/2017 à 16:54 :
On aimerait avoir des précisions: quelle est la période de référence ? quelle est la progression moyenne des salaires sur cette période ? Quelle sont les évolutions de la productivité et de l'inflation ? Les analyses qualitatives sans chiffres ne veulent pas dire grand chose.
a écrit le 26/10/2017 à 19:01 :
"les salaires français continuent à progresser plus rapidement que la moyenne européenne" :
d'après un article récent de La Tribune ("Mais ou est passée l'inflation ?"), le coût salarial unitaire français a suivi la même progression que la moyenne de la zone Euro depuis 1999. alors que Autriche et Germanie ont fait du dumping (cf. aussi "Why German wages need to rise - and fast", Financial Times, 11/2016).
l'étude de la London School of Economics de mai dernier montrait aussi que les salaires français sont en milieu de tableau parmi les pays de l'OCDE ayant connu une progression des rémunérations.
a écrit le 26/10/2017 à 17:04 :
"CICE : Les entreprises françaises sont ainsi parvenues à distribuer des salaires"
Le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) n'a pas eu « d'effet significatif [...] sur la dynamique des salaires de base depuis 2013 ". C'est la conclusion d'une étude du ministère du Travail (Dares) rendue publique mercredi. Celle-ci est relativement semblable aux résultats auxquels avaient abouti deux laboratoires de recherche mandatés par France Stratégie. Dans des rapports diffusés fin septembre, ces équipes d'économistes estimaient que le Cice n'avait pas eu d'effet sur les salaires ou alors très peu. Les investissements et la compétitivité n'auraient pas non plus été améliorés par ce dispositif qui permet aux entreprises de profiter d'une baisse de leur impôt sur les sociétés égale à 6 % de leur masse salariale pour les rémunérations jusqu'à 2,5 SMIC.Cela peut paraître contre-intuitif. Mais il est possible que les entreprises aient voulu « maintenir leurs salariés sous 2,5 SMIC afin de continuer à percevoir le Cice ou ne pas les augmenter pour ceux rémunérés juste au-dessus afin de les faire basculer dans la plage d'éligibilité au Cice ". Les chercheurs jugent toutefois qu'il n'est pas encore possible de conclure sur ce point car, selon leurs observations, ce sont les salariés les plus éloignés du seuil du Cice qui ont vu leur rémunération le plus ralentir.Les Echos

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