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Christophe Castaner: « J'ai eu de la chance dans ma vie. J'aurais pu être du mauvais côté du rasoir »

Paul de Lapeyrière, les Mardis de l'Essec

Publié le 17 février 2018 à 08:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:18

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Ce mardi 6 février, Christophe Castaner, ancien porte-parole du gouvernement et actuel délégué général de la République en Marche, et secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement, s'est assis dans les fauteuils rouges des Mardis de l'ESSEC, dont La Tribune est partenaire, pour 1h30 de débat passionné sur la recomposition politique en cours.

Moins véhément et incisif que face à Jean-Luc Mélenchon lors de l'Émission politique de novembre dernier, Christophe Castaner a néanmoins éclairci plusieurs points d'interrogation sur la politique actuelle du gouvernement, les relations de ce dernier avec le parlement et plus généralement sur le parti La République en Marche (LREM) en rappelant sans cesse l'importance et la nécessité du "pragmatisme".

Après la langue de bois, la langue bien pendue

M. Castaner a expliqué disposer aujourd'hui d'une liberté d'expression dont il ne jouissait pas lorsqu'il occupait la fonction de porte-parole du gouvernement. C'est néanmoins cette première fonction, estime-t-il, qui lui a permis de développer ses qualités de communication et de se forger un style propre très porté au franc-parler.  L'orateur provençal ne se cache pas toutefois d'avoir recours à la langue de bois qu'il juge parfois indispensable, notamment dans le cadre des interventions ayant trait aux relations internationales.

Depuis novembre 2017, M. Castaner n'a plus le rôle de simple rapporteur : il n'hésite pas à se prononcer sur un grand nombre de sujets, y compris - et surtout - lorsque sa position n'est pas pleinement en phase avec les intentions du gouvernement. Il a notamment évoqué un sujet qui lui tient à cœur : la parité. Il plaide à ce titre pour un congé paternité obligatoire, bien que le gouvernement n'ait pas encore de position définitive sur la question. Plus téméraire encore, le délégué général s'est aventuré mardi soir sur le sentier périlleux du débat sur l'immigration. Faisant écho à sa tribune publiée dans le JDD au sujet du projet de loi asile-immigration, il a émis des doutes quant à la pertinence de limiter le débat migratoire aux seules questions quantitatives. À ses yeux, au lieu d'en rester à l'habituelle question « Combien en accueille-t-on ?» , nous devrions probablement "nous demander si nous accueillons bien ceux qui viennent en France".

En Marche, ou de la suprématie du pragmatisme

Mais si, durant ce débat, Christophe Castaner a fait valoir cette relative prise de distance/liberté de pensée avec le gouvernement, il reste pleinement en phase avec le mouvement En Marche. Mieux, sa posture n'est en rien en décalage avec le mouvement, car comme il l'explique lui-même, c'est bien le débat et les opinions contraires qui forment l'essence même de sa famille politique. Mais, plus qu'un élément fédérateur, le pragmatisme et l'indifférence quant aux étiquettes politiques et aux idéologies qui en résultent sont primordiaux dans les réflexions politiques.

À ses yeux, toutes les mesures en place et à venir doivent être examinées, non pas au travers d'un prisme idéologique donné, mais au regard de la seule efficacité des mesures adoptées.

« Pas besoin de chercher une doctrine à la page 29 dans le manuel du bon socialiste. Une seule question : est-ce que ça marche ? »

C'est en vue de cet objectif d'efficacité que le mouvement glane ce qui se fait de mieux à gauche comme à droite, sans accorder d'importance à la couleur politique d'une idée. Le délégué a notamment évoqué l'idéal d'égalité d'accès en termes d'éducation qui est en théorie très noble, mais qui est en pratique un échec à tous égards.

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La grande question que se posent Christophe Castaner et son équipe est : comment permettre le passage de la logique des droits formels à la logique des droits réels ?

Mais peut-on évoquer ces idées de rassemblement et de pragmatisme sans citer Emmanuel Macron ?

Le délégué général a en effet plusieurs fois fait allusion au Président de la République - pour qui il a "beaucoup d'admiration" -, mais a toutefois souligné qu'il s'efforçait par son travail de préparer l' « après-Macron », et de pérenniser les changements amenés par En Marche dans la vie politique française. Car, nous a-t-il mis en garde, on peut ajouter légitimement l'adjectif jupitérien à Macron, mais en aucun cas faire de lui un nouveau Jupiter. Ce rappel, plein de bon sens, n'est toutefois pas inutile : Emmanuel Macron n'est pas éternel et c'est bien de son héritage qu'il faut se préoccuper, à savoir de la perpétuation de cette posture politique pragmatique, qui se veut utile au plus grand nombre.

Pour qui marche En Marche ?

Christophe Castaner n'a pas grand-chose de commun avec le reste des hommes politiques français. Prenez son actuel successeur comme porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. D'un côté, un provençal ayant obtenu son bac à 20 ans (au rattrapage), représentatif de cette France majoritaire qui ne bénéficie quasiment pas de la mondialisation. De l'autre, un parisien diplômé de prestigieux établissements (HEC/Sciences Po), et fier représentant de l'élite nationale ou de la « France d'en haut »*.

Aussi, les interviewers ont tenté d'avoir le point de vue de Christophe Castaner sur ce reproche si souvent adressé aux représentants d'En Marche et plus particulièrement au gouvernement en place : le gouvernement actuel n'est-il pas un gouvernement de riches, pour les riches et par les riches ?

Si l'on attendait une réponse légèrement embarrassée de celui qui confesse avoir « une vraie affection pour la ruralité, pour les champignons, pour ne jamais oublier ce que je suis. », la réponse de ce mardi était celle d'un ex-porte-parole bien rompu à l'exercice : convenue et allusive.

Après avoir souligné le fait que beaucoup d'études menant à la conclusion du « gouvernement de riche » étaient tronquées dans leur méthodologie, le délégué s'est contenté d'évoquer les mérites de la dynamique du "premier de cordée" en rappelant qu'elle ne bénéficie pas seulement au premier de cordée, mais bien à l'ensemble de la chaîne. Cette logique méritocratique qui trouve grâce à ses yeux est peut-être issue de son parcours atypique et couronné de succès, bien qu'il se défende d'en être l'unique responsable :

« Je suis fier de mon parcours [...]. Je sais que j'ai eu de la chance dans ma vie. J'aurais pu être du mauvais côté du rasoir. »

C'est ainsi un Christophe Castaner fidèle à lui-même qui est apparu mardi soir. Aveux sincères et autodérision lorsqu'il s'agit de sa personne, mesure et retenue pour les questions politiques délicates, l'actuel délégué nous aura donné à voir les qualités d'un bon communicant et le poids qui incombe en politique à ceux chargés de trouver les mots justes pour « le plus froid des monstres froids ».

__

Notes :

* Christophe Guilly : Le Crépuscule de la France d'en haut, Flammarion

Tribune du JDD : https://www.lejdd.fr/politique/immigration-castaner-repond-a-hamon-3533537

Paul de Lapeyrière, les Mardis de l'Essec

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