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Cinq idées pour ne pas avoir peur de la révolution numérique

Anne Albert-Cromarias et Lionel Pradelier

Publié le 03 février 2016 à 09:01 - Mis à jour le 03 février 2016 à 10:12

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Pourquoi Uber fait-il couler autant d'encre, jusqu'à générer le substantif effrayant d'« ubérisation ? Par Anne Albert-Cromarias, Docteur en Sciences de gestion - Professeur de Stratégie et Management - Groupe ESC Clermont, et Lionel Pradelier, Docteur en Sciences économiques

Pourquoi Uber fait-il couler autant d'encre, jusqu'à générer le substantif effrayant d'« ubérisation » ? Il n'est pourtant pas le premier, après les GAFA, les Airbnb, et autres Booking, à bouleverser un paysage et des pratiques établis, proposant un nouveau modèle économique mais aussi des services renouvelés. Pourquoi ne pas avoir parlé d'« amazonisation » de la culture, puis aujourd'hui de celle des croquettes pour chiens ou des couches culottes ? Étions-nous naïfs ou crédules à l'époque, face à sa capacité de réussite et aux impacts du changement ? Quelle est donc cette peur et où se trouve le danger, si danger il y a ?

Un levier

La révolution numérique a eu lieu ; nous pouvons l'ignorer ou le regretter, mais c'est ainsi. Pourtant le numérique n'est qu'un outil. En tant que levier, il peut soulever le monde ou assommer nos sociétés, c'est selon... Et il est de notre responsabilité d'avoir une juste prise de conscience pour définir avec clairvoyance ce que nous en ferons. Refuser de s'en servir serait accepter de rester dans une forme de Préhistoire.


Idée #1.Une révolution, mais avec moins de croissance

Bien que présentant quelques similitudes (notamment la destruction créatrice de Schumpeter), la révolution numérique reste peu comparable à la révolution industrielle. Cette dernière avait généré des emplois en nombre, proposant des outils nouveaux, complémentaires au travail de l'homme et manœuvrés par ce dernier. Elle promettait d'inventer des biens nouveaux améliorant le confort de vie et de développer la croissance. Mais n'oublions pas qu'elle a aussi prôné une organisation scientifique du travail profondément ancrée dans la culture de nos entreprises. La révolution numérique, quant à elle, transforme en profondeur ce qui existait, générant de nouvelles façons d'accéder et de consommer, de s'organiser et de travailler, inventant principalement de nouveaux usages, réduisant le temps et l'espace, détruisant, par l'automatisation, la valeur de la main d'œuvre quand celle-ci est répétitive. Elle offre une moindre croissance.


Idée #2.La logique de la multitude

La transformation numérique aplatit les hiérarchies et rapproche les acteurs autour de plateformes qui deviennent génératrices de valeur, par leur capacité à relier d'une façon quasi parfaite l'offre et la demande, dans la logique de la « multitude » décrite par Nicolas Colin et Henri Verdier. L'acteur qui n'ajoute pas de valeur ne trouve alors plus sa place.


Idée #3.Les modèles établis sont inopérants

Sous l'influence de la poussée numérique, la transformation de nos sociétés ne pourra se réaliser correctement en conservant nos anciennes pratiques, nos vieilles structures et surtout nos colossaux protectorats (métiers réglementés, acquis sociaux hérités d'un autre âge, etc.). Tous les modèles établis, rassurants et bien rodés, sont inopérants car dépassés.

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Idée #4.L'Etre plutôt que l'avoir

L'accroissement de la richesse matérielle des individus ne peut plus être la (seule) mesure de l'évolution ou de la réussite de nos sociétés. Bien qu'il y ait encore des questions de misère profonde et un risque majeur d'accroissement des inégalités, les besoins d'existence (survie et sécurité de la pyramide de Maslow) sont pour la plupart satisfaits au niveau collectif. L'élévation doit désormais se concevoir à un autre niveau, celui de l'Etre plus que celui de l'avoir.


Idée #5.La richesse des données

L'exploitation des données représente la nouvelle richesse faisant de la multitude d'acteurs sur les plateformes un gisement infini pour l'analyse des comportements, des besoins, des tendances, offrant un coup d'avance dans l'anticipation des produits et services à venir. La nouvelle guerre économique sera celle des plateformes ; la part de marché se lira en nombre d'abonnés.
En intégrant ces cinq idées, nous pouvons dépasser cette peur viscérale, archaïque et sclérosante, afin de tracer un cap. Que faut-il accepter d'abandonner et sous quelles conditions au profit de nouvelles pratiques ? Qu'est-ce qui représente pour nous et nos valeurs sociétales des éléments peu négociables ? Tout en gardant à l'esprit que le nuage numérique ne s'arrête pas à nos frontières nationales ou européennes tel celui de Tchernobyl...

L'ubérisation peut être brandie comme une menace ravivant les peurs d'un changement profond, bouleversant le confort de nos réflexes et de nos schémas mentaux issus de l'ère industrielle. Mais cette ubérisation peut être également non subie et anticipée. Accompagnée d'une vigilance socio-économique, elle peut permettre la transformation et la création de nouveaux emplois conformes à nos valeurs, et délivrer des services plus en phase avec les attentes mettant « d'Uber dans les épinards ».

Anne Albert-Cromarias et Lionel Pradelier

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