Code des marchés publics : la réforme oubliée des 60 milliards d'euros
Frans Imbert-Vier

Photo d'illustration
DR
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Cette transformation, aussi simple qu'efficace, pourrait générer une économie substantielle de plus de 5 milliards d'euros par an tout en renforçant notre autonomie rien qu'en renforçant nos achats dans les technologies européennes et françaises au détriment des Chinois et des Américains pour l'essentiel.
En Allemagne, seules 5 000 entités sont dépendantes au code des marchés alors qu'en France 120 000 entités y sont soumises. Cela représente une force de frappe considérable, trop souvent négligée dans les stratégies d'optimisation budgétaire. De ce fait, n'ayant pas de consolidation disponible dans un système centralisé, on peut en déduire que pour l'année 2023, c'est au moins 10 milliards d'euros qui ont été alloués à la cybersécurité par les grandes entités nationales et les régions.
En imposant, par exemple d'allouer 50 % de la dépense au profit exclusif d'acteurs européens, nous activerions un puissant levier de transformation économique. Cette mesure, loin d'être protectionniste, s'inscrit dans une logique de résilience économique européenne et n'est pas contraire aux règles de l'OMC si on déclare l'intérêt sécuritaire de la dépense.
Elle permettrait de réorienter des flux financiers significatifs vers notre tissu industriel et technologique, tout en générant des économies substantielles grâce à la réduction des coûts de transaction et à l'optimisation des chaînes de valeur.
Aux États-Unis, 100 % de la dépense en protection de l'information sur les environnements sensibles doivent être exclusivement adressées à des sociétés américaines.
L'efficacité de cette réforme repose sur un principe simple, mais puissant : chaque euro investi en Europe y reste et s'y multiplie. Au lieu d'être converti en dollars et de quitter notre écosystème économique, cet investissement génère de la valeur ajoutée sur notre territoire. Les recettes fiscales qui en découlent profitent directement à nos États, créant ainsi un cercle vertueux d'investissement et de croissance. Plus encore, ces investissements européens s'avèrent souvent plus compétitifs en termes de rapport qualité-prix, démontrant qu'efficacité économique et préférence européenne ne sont pas antagonistes.
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Au lieu d'acheter un firewall Palo Alto ou Fortinet ou CISCO, on achète le français Stormshield ou le suédois Clavister. Au lieu d'acheter un antivirus Symantec ou Trend, on achète le français Tehtris ou le finnois F-Secure. Des dizaines de technologies, bien plus résilientes que les systèmes américains sont désormais disponibles et matures, mais trop peu connus et très mal mis en avant par l'acteur public.
La réforme proposée dépasse largement le cadre budgétaire. Elle constitue un pilier fondamental pour renforcer notre résilience cyber, un enjeu crucial à l'heure où les menaces numériques se multiplient.
En privilégiant les investissements européens, nous consolidons notre capacité à protéger nos infrastructures critiques et nos données sensibles. Le développement d'un écosystème numérique européen robuste devient ainsi une priorité, permettant de réduire notre dépendance aux solutions extra-européennes tout en accélérant l'innovation dans nos secteurs stratégiques, avec le bonus non négligeable qu'elles sont dites "NO BACK DOOR ", autrement dit sans porte dérobée et sans capacité pour les Américains ou les Chinois d'aspirer toute la substance immatérielle de nos entreprises.
Cette réforme constitue un formidable accélérateur d'innovation. En orientant les investissements vers les entreprises européennes, nous leur donnons les moyens de développer des solutions de pointe, renforçant ainsi leur position concurrentielle sur la scène internationale. Dans un contexte géopolitique incertain ou l'innovation cyber est pour l'essentielle portée par l'État d'Israël et les Américains et en troisième positions les Chinois, les éditeurs et constructeurs européens ont une carte à jouer pour marquer leur différence.
Cette dynamique d'innovation garantit à la France et à l'Europe de maintenir leur rang d'acteurs efficients dans un monde en constante évolution technologique. La valeur créée ne se mesure pas uniquement en termes financiers, mais aussi en termes de compétences, de propriété intellectuelle et d'autonomie stratégique.
L'économie de 5 milliards d'euros n'est que la partie émergée de l'iceberg. Les effets induits par cette réforme irriguent l'ensemble du tissu économique européen. Le développement de filières d'excellence et la création d'emplois qualifiés dynamisent notre économie, pendant que notre compétitivité se renforce sur les marchés internationaux avec des arguments forts pour conserver nos talents en Europe. Cette transformation profonde de notre approche des marchés publics génère un cercle vertueux d'innovation et de croissance durable au profit de la balance commerciale, de notre résilience et de notre souveraineté numérique.
Frans Imbert-Vier