Comment l’Allemagne a surclassé la France

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, comment l’Allemagne a surclassé la France

 En bleu la France, en rouge l'Allemagne, l'indicateur suivi : le PIB en volume par habitant, c'est-à-dire la richesse créée chaque année par chaque Français et par chaque Allemand. C'est, plus ou moins, une mesure de l'activité économique d'un pays vue à travers le revenu moyen de ses citoyens.  L'histoire commence en 1998, soit un an avant la naissance de l'euro et va courir jusqu'à aujourd'hui.

On l'a oublié, mais c'est la France qui accélère le plus :+1,7% en moyenne par an face à une Allemagne qui piétine (+1% en moyenne par an) en raison du coût de la réunification, mais aussi d'un taux d'entrée du Deutsche Mark surévalué (d'environ 17%) dans l'euro si bien qu'en 2005 la France a quasiment fait son retard !

S'il fallait un symbole des écarts de dynamismes entre les deux économies, on peut jeter un œil, nostalgique, sur l'état de santé des champions automobiles des deux côté du Rhin. Au milieu des années 2000 Renault est au sommet de sa gloire. Volkswagen est, en revanche, dans le rouge et s'engage dans un plan de restructuration musclé. C'est même toute l'Allemagne de de Gerhard Schroeder avec les lois Hartz et l'agenda 2010 qui se lance dans les réformes structurelles. Tout y passe pour restaurer la compétitivité : réformes du marché du travail, de la protection sociale, de la fiscalité. Le patronat allemand joue également à fond les PECO et l'économie de bazar pour bénéficier d'une main d'œuvre qualifiée à bon marché.

Certes le déficit public dérape (il dépasse ou flirte avec les 4% du PIB de 2002 à 2004) mais Berlin obtient de Bruxelles un assouplissement du pacte de stabilité. En France aussi, le déficit dérape mais, au-lieu de restaurer une compétitivité déclinante issue de la politique du franc fort et d'une entrée dans l'euro également à un niveau trop élevé, la France passe aux 35 heures et les gouvernements successifs maintiennent une politique budgétaire expansionniste dans le seul but de soutenir la demande. C'est la stimulation budgétaire permanente avec à la clé l'envolée de la consommation mais au prix du déclin du système productif et d'un déficit extérieur qui se creuse.

L'Allemagne bénéficie alors de deux précieux coups de pouce

D'abord, c'est l'Europe qui est en pleine phase ascendante et consomme à plein régime. Et puis, c'est aussi le décollage spectaculaire des pays émergents qui équipent leurs usines et veulent des voitures pour leurs classes moyennes. Les exportations prennent leur envol, la croissance aussi et le PIB par habitant fait un bond spectaculaire de près de 8% entre 2005 et 2007, c'est deux fois plus rapide qu'en France. Il est vrai que les deux pays sont aussi à front renversé en matière démographique : la population diminue en Allemagne et progresse vivement en France. Mais 2008, c'est la fracture de la grande récession.

La chute est sévère pour la France mais c'est encore pire pour l'Allemagne très liée à la demande mondiale. En revanche sa remontée sera beaucoup plus spectaculaire : son PIB par habitant s'envole et l'écart se creuse ensuite. Bien entendu la démographie joue encore, mais si le PIB par habitant allemand remonte c'est d'abord parce que la croissance est nettement plus forte en Allemagne qu'en France. De 2003 à 2006 l'Allemagne a fait sa grande purge, mais dans un contexte de soutien de la demande européenne et quand survient la grande récession, ces finances publiques ont été restaurées, pas en France.

Aujourd'hui, c'est au tour de la France de subir la saignée

Le contexte et le rapport de forces sont bien différents. C'est toute l'Europe qui subit la purge et l'Allemagne reste arcboutée sur le Pacte de stabilité qui étouffe la demande européenne à coups d'euro fort, de déflation salariale, et de cures d'amaigrissement public. Le constat est là, l'Allemagne fait la course en tête, et l'écart se creuse et n'a jamais été aussi important malgré son récent boum démographique lié à l'arrivé massif d'étrangers, le tout avec des finances publiques au vert. Bien joué !

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 13/07/2017 à 13:18 :
Le calcul du PIB ne reflète plus que l'absurdité du système capitaliste actuel. Regardez le PIB/hab. irlandais. Le gouvernement irlandais lui-même s'est rendu compte qu'il ne reflétait pas la situation vécue par le peuple irlandais, en dépit d'une revalorisation de plus de 20 %. Les Britanniques et les Italiens n'ont-ils pas dopé le leur, de PIB, en intégrant la prostitution et la drogue dans leurs calculs officiels ? Il faut revoir drastiquement la copie statistique. Quid de l'Indice de développement humain, il compte pour des prunes ?
a écrit le 29/06/2017 à 17:40 :
Comme d'absence!
a écrit le 01/06/2017 à 13:31 :
quand les politiques allemand défendent leur entreprises
quitte a allez contre bruxelles
nous les notres sont vendu voir corrompu par leur petit privilèges
a en faire un metier pas pour la communaute
mais pour avantage personnel
voir emploi fictif et demande de cadeaux pour service rendu ou a rendre
et invention de taxes en tout genre
et vente des bien du pays
a écrit le 01/06/2017 à 13:31 :
bien joué ?!?
démographie catastrophique (parce-que société archaïque). investissement public ridicule. communes sinistrées du fait de l'austérité locale massive (cf. Guillaume Duval). investissement des entreprises en berne depuis un moment (les dépenses de retraite pèsent de plus en plus sur les finances des entreprises, d'après article Bloomberg d'août 2016). dumping social massif. pauvreté/inégalités croissantes. dépense de Défense ridicule. etc...
ce pays est un boulet, comme la plupart de nos partenaires européens au Sud et à l'Est de nos frontières.
a écrit le 01/06/2017 à 13:09 :
Oui oui bien sûr tout ça c'est la faute aux 35 heures et congés payés, comme en 1939...Analyse bien trop succincte de la réalité des deux côtés du Rhin.
a écrit le 01/06/2017 à 13:04 :
"l'Allemagne fait la course en tête,"

On parle de l'europe là ?!

Vous ne pensez pas que déjà parler de classement et de concurrence entre pays censés être une union économique c'est de fait soulever l'énorme lièvre de cette union européenne aussi illégitime que discréditée ?

Ça sert à quoi une "union" ?

Au secours

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