Comment l'Europe doit-elle répondre à l'Inflation Reduction Act de Biden ?
Antoine Bouët, professeur d'économie à l'Université de Bordeaux et CEPII
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LEAH MILLIS
Antoine Bouët, professeur d'économie à l'Université de Bordeaux et CEPII
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L'Inflation Reduction Act (IRA), adopté en août 2022 par le Congrès des États-Unis, a suscité l'inquiétude des Européens. Les subventions et crédits d'impôts que cette loi offre, les a fait craindre que cela conduise à une augmentation des investissements directs étrangers (IDE) dans les filières vertes aux États-Unis au détriment de l'Europe.
Ces craintes sont-elles justifiées ? Les subventions et les crédits d'impôt sont évidemment des facteurs attractifs, mais les clauses de contenu local de l'IRA compliquent la tâche des investisseurs. Une clause de contenu local ne peut jouer que dans le sens d'une hausse des coûts de production, sans quoi l'investisseur aurait eu recours à ces contenus locaux. En outre, les critères inclus dans l'IRA sont contraignants. Surtout les clauses de contenu local et les avantages fiscaux ne sont pas les seuls déterminants de l'IDE. En la matière, les atouts dont dispose l'UE sont non négligeables : c'est un marché de taille importante, avec des infrastructures logistiques de haute qualité, des règles de droit respectées et des subventions publiques en proportion du PIB qui dépassent largement celles offertes par les États-Unis.
En revanche, l'attractivité de l'UE pourrait être améliorée dans d'autres domaines. Une politique-clé est la diminution du prix de l'énergie en accélérant le déploiement des énergies renouvelables : les délais d'obtention des permis peuvent être raccourcis et les feed-in tariffs (prix garanti au-dessus du prix du marché à un producteur d'électricité pendant une période donnée) constituent pour les entreprises du secteur une formule attractive.
Les subventions publiques pourraient être augmentées, mais surtout, leur efficacité améliorée : en autorisant les subventions pendant dix ans dans les filières vertes sous une forme moins fragmentée qu'elles ne le sont actuellement ; en raccourcissant et en simplifiant les délais d'obtention ; en procédant à une évaluation continue de leur performance et en privilégiant non seulement les subventions à l'innovation, mais aussi celles accélérant le déploiement des technologies existantes.
Antoine Bouët, professeur d'économie à l'Université de Bordeaux et CEPII