Comment les PME peuvent se financer à court terme aujourd'hui

Les PME ont de moins en moins accès aux crédits de trésorerie. Les sociétés d'affacturage ont donc un rôle croissant à jouer. Mais il faut qu'elles jouent le jeu! Par Bernard Cohen-Hadad, Président du think tank Etienne Marcel

5 mn

(Crédits : DR)

Les sociétés d'affacturage, ou "factors" font les yeux doux aux PME. Ce marché est immense avec un potentiel de plus de trois millions d'entreprises. Des ouvertures en direction des organisations patronales ont été faites. Sur le terrain, les PME réalistes ont toujours avancé sur des œufs. En effet, les petits patrons n'ont pas oublié la situation catastrophique des premiers mois de la crise financière, en 2009, quand certains factors ont dénoncé leurs engagements et laissé les PME face à leur sort. Beaucoup d'entre-elles n'ont pas survécu. Et chacun connait les effets pervers de « l'affacturage subi » celui que les PME acceptent faute de mieux, avec la suppression quasi systématique du découvert, la retenue d'un montant de 10 à 20 % sur la créance pour garantie de bonne fin des encaissements, l'assurance insolvabilité incluse dans le contrat qui fait que seuls les clients « garantis » sont pris en compte, le taux de commissionnement élevé, l'annulation de la cession de créance de manière unilatérale, la facturation de frais complémentaires en cas d'incident du client payeur, la durée de certains contrats.

Les lignes bougent

Mais le temps a passé, les lignes bougent. Le dialogue dans les territoires a fait son œuvre et l'Association des Sociétés Financières (ASF), qui veut mettre un peu d'huile dans les rouages, annonce que les factors sont prêts à engager 2 Milliards d'euros pour encourager le financement des PME. En contrepartie, l'ASF demande la création d'un fonds de garantie public sous l'égide de BPI France. Ces propositions ne sont un premier pas. Reste à déterminer si elles visent à aider les PME fragiles ou à faire financer le risque PME par de l'argent public.

Les PME en situation délicate ont toujours un problème d'accès au financement

Les PME et les factors doivent ouvrir un nouveau chemin ensemble. Et en reconnaissant les zones de grippage on peut avancer durablement ensemble. Sur le financement des PME, il est temps d'abandonner les idées reçues et mettre un terme aux légendes sombres. Grâce à l'intervention de la Banque de France et à la fermeté de Christian Noyer il n'y a pas eu, en France, de "credit crunch". Mais il reste un vrai problème d'autocensure (liée à notre situation politique et économique) de demande de crédit des entrepreneurs et d'accès aux financements pour les PME en difficultés.

L'affacturage reste peu développé dans les PME

Les entreprises les plus fragiles ont souvent des clients, des commandes, des savoirs faire mais toujours un faible niveau de fonds propres. Elles ont un besoin récurrent de crédit de trésorerie et ne peuvent faire face aux délais de paiement qui les plombent. Est-il acceptable pour une PME d'attendre 180 jours pour se faire payer ? 15.000 entreprises ont cessé leur activité, en 2014, car leurs fournisseurs, publics ou privés, n'ont pas tenus leurs engagements de paiements.
Malgré les dispositions législatives, l'inversion de la tendance sur les délais de paiements mettra du temps à se normaliser. C'est là qu'intervient le factor. En effet, l'affacturage permet de pallier la lenteur des délais de paiement et, malgré son coût, peut être un ballon d'oxygène. En finançant le bas de bilan et en garantissant les paiements, il intègre la palette de financement des entreprises. Bien connu des grands groupes et des donneurs d'ordre, il reste peu développé chez les PME. Les PME ont pour habitude de faire appel au crédit de trésorerie et au crédit inter entreprise. Mais les temps ont changé.

Les banques évitent les crédits de trésorerie aux PME

Avec la loi de régulation financière, et pour des raisons bilancielles, les banques universelles ont considérablement réduit leurs engagements en matière de crédit de trésorerie sur le risque PME. Elles les orientent donc naturellement vers leurs filiales d'affacturage. C'est pourquoi l'affacturage doit être pensé dans un contexte durable de réduction des crédits de trésorerie, de besoin de fonds de roulement, de faiblesse des TPE et PME en fonds propres et de stabilisation du poste client.

L'enjeu du sauvetage des PME

Mais pour se développer auprès des PME, l'affacturage doit faire sa révolution culturelle. Il faut aller vers les entrepreneurs, multiplier les occasions de rencontre et savoir écouter. Faire de la pédagogie. Et dans un contexte d'accès au financement des PME en difficulté nier le débat sur les coûts et les interrogations des petits patrons sur le contenu des contrats est une erreur. Personne ne doute que les factors ne sont pas des associations caritatives et que, comme les autres entreprises, elles ont leur exigence de rentabilité. Sauver des PME est donc l'enjeu. Il faut donc ouvrir la chaine des financements, forger une relation de confiance pour c'est favoriser la reprise économique. Et installer durablement le factor auprès des entrepreneurs comme garantie du paiement client ou pour le financement de certains investissements (crédit-bail).

Le secteur public paie toujours plus lentement...

Dans certains secteurs professionnels, les PME se trouvent comme dans un désert. La lenteur de règlement des donneurs d'ordre publics ou para publics est légendaire. Et les PME du bâtiment, de l'industrie, du numérique, les sous-traitants ont, par la nature atypique de leurs factures, du mal à trouver durablement des garanties de paiement. Les deux milliards de l'ASF sont donc une bonne nouvelle pour les PME dans la mesure où les factors proposeront en volume plus de crédits dans un environnement contractuel sécurisé, réactif et souple. Mais pourquoi impliquer BPI France sur la problématique des filières ? En voulant jouer sur tous les tableaux on se demande si les factors ne tentent pas de faire assumer par l'État un risque inhérent à leur métier. De plus les contrats d'affacturage comportent déjà un « fonds de garantie » qui se constitue de façon progressive par prélèvements successifs sur la facturation remise. Et qui est à la charge des PME. Les factors auraient-ils abandonnés la culture du risque ?


Bernard COHEN-HADAD
Président du think tank Etienne Marcel

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