Comment mettre à profit l'humilité dans le monde du travail

OPINION. Si apprendre de ses erreurs semble être une compétence essentielle dans le monde du travail actuel, le degré d'apprentissage réel varie considérablement d'une personne à l'autre. De nouvelles recherches révèlent que les leçons que nous tirons de nos erreurs dépendent beaucoup de notre humilité. Par Christoph Seckler, professeur associé de stratégie entrepreneuriale à ESCP Business School.

5 mn

L'humilité est également associée au juste milieu d'Aristote, à la voie du milieu dans le bouddhisme et au Zhong Yong dans le confucianisme.
L'humilité est également associée au juste milieu d'Aristote, à la voie du milieu dans le bouddhisme et au Zhong Yong dans le confucianisme. (Crédits : Reuters)

Apprendre de ses erreurs, voilà qui semble être le mantra de notre époque. Agile, Scrum ou Lean Startup sont autant d'approches en vogue qui ont fait de la capacité d'expérimenter et d'apprendre rapidement de ses erreurs une compétence essentielle de ce début de siècle. Des études montrent également que les personnes qui apprennent de leurs erreurs sont plus créatives, plus résilientes et plus performantes dans des environnements de travail changeants.

Plus facile à dire qu'à faire

Mais apprendre de ses erreurs est plus facile à dire qu'à faire. Dès notre plus jeune âge, nous sommes conditionnés pour éviter de commettre des erreurs. Rappelez-vous ces notes écrites à l'encre rouge à l'école. Lorsque nous commettons une erreur, nous nous mettons souvent sur la défensive et évitons d'en parler. Nous avons peur d'avoir l'air stupide ou qu'on nous reproche d'avoir fait une bourde. Nous préférons donc analyser les réussites plutôt que les échecs, ce qui nous empêche d'apprendre de nos erreurs.

Mais il y a de l'espoir. Dans le cadre d'un travail de recherche que je viens de publier avec Sebastian Fischer et Kathrin Rosing, nous avons découvert que les personnes qui apprennent efficacement de leurs erreurs partagent une caractéristique commune : l'humilité. L'humilité, c'est la volonté de se regarder en face, une appréciation affichée des qualités et les contributions des autres, et être disposé à apprendre.

Mais pourquoi les personnes humbles apprennent-elles plus efficacement de leurs erreurs ? Les personnes humbles savent porter un regard juste sur elles-mêmes et apprécient les feedbacks. Les erreurs apportent un éclairage sur nos propres agissements. Les personnes humbles valorisent donc les erreurs pour les enseignements qu'elles peuvent en tirer. Cela leur donne un avantage sur les autres.

Vous souhaitez tirer davantage de leçons des erreurs commises dans votre entreprise en développant l'humilité ? Voici trois conseils qui ont fait leurs preuves :

1. Créez une attitude positive envers l'humilité.

L'attitude envers l'humilité correspond la mesure dans laquelle les gens considèrent l'humilité comme quelque chose de bon ou de souhaitable. Lorsque nous estimons qu'une chose est positive, nous avons tendance à adopter des comportements allant dans ce sens. Malheureusement, dans notre langage quotidien, l'humilité a souvent une connotation négative, et renvoie par exemple à une faible estime de soi ou à un sentiment d'infériorité.

Il faut remettre en question ce point de vue simpliste en expliquant pourquoi l'humilité est en fait une force de caractère, voire une vertu. Les spécialistes du leadership ont fourni des preuves irréfutables, montrant le lien étroit entre l'humilité et les performances des PDG. Et ce n'est pas tout. Un PDG humble crée un environnement de travail stimulant qui se traduit par de meilleures performances sur le plan organisationnel. D'où l'idée que les dirigeants humbles sont de meilleurs dirigeants.

Vous souhaitez pousser la réflexion plus loin ? Les philosophes considèrent depuis longtemps l'humilité comme une méta-vertu qui est au fondement d'autres vertus telles que le courage, la sagesse et le pardon. L'humilité est également associée au juste milieu d'Aristote, à la voie du milieu dans le bouddhisme et au Zhong Yong dans le confucianisme.

Autant de raisons qui nous poussent à repenser notre perception de l'humilité.

2. Établissez des normes culturelles favorisant les comportements humbles.

Les normes sociales influencent fortement nos comportements. Les normes sociales nous donnent une indication des comportements que l'on attend de nous. Or, dans de nombreuses entreprises, force est de constater que l'humilité ne fait pas partie des normes culturelles les plus répandues.

Vous pouvez encourager les normes culturelles appropriées en valorisant les comportements associés à l'humilité. Félicitez les employés lorsqu'ils demandent un feedback, même dans une situation critique. Valorisez les personnes lorsqu'elles reconnaissent les qualités des autres. Soutenez les personnes désireuses d'apprendre de nouvelles choses. En agissant ainsi, vous indiquez aux autres ce que devrait être la norme culturelle.

Des modèles à suivre

Mettez également en avant les employés qui sont des modèles à suivre. Vous pouvez par exemple créer un prix pour récompenser les employés faisant preuve d'humilité. Bien entendu, cela signifie également que vous devez vous-même être un modèle d'humilité. Lorsque vous ignorez quelque chose, que vous avez besoin d'aide ou que vous appréciez la contribution des autres, admettez-le ouvertement. En plus d'être une preuve d'humilité, il a été montré que ces petites phrases responsabilisent les personnes qui vous entourent.

3. Créez un environnement propice à l'humilité.

Les gens sont prêts à adopter un comportement lorsque le contexte leur semble favorable. Autrement dit, si le contexte est propice, les gens adopteront plus volontiers ce comportement. Savoir reconnaître les qualités des autres et être disposé à apprendre n'est pas si difficile. En revanche, il peut être plus délicat de se regarder avec objectivité, surtout lorsque les choses tournent mal.

Il faut donc faire en sorte que les gens puissent plus facilement porter un regard juste sur eux-mêmes. Pour cela, vous pouvez par exemple leur donner un feedback qui soit vérifiable, prévisible et contrôlable. Les retours sur des situations problématiques peuvent vite heurter la sensibilité des gens, qui se mettent alors sur la défensive et ne sont pas enclins à apprendre de leurs erreurs. Lorsque les feedbacks sont vérifiables, prévisibles et contrôlables, ils risquent nettement moins de froisser les gens et sont donc beaucoup plus constructifs.

Petite astuce pour demander un feedback : au lieu de demander un retour, encouragez vos collègues à vous demander quelles sont les zones d'ombre. Ici, la question, c'est : « Qu'est-ce que les autres savent de moi que j'ignore peut-être ? » Cela permet d'obtenir des réponses plus honnêtes, et ainsi d'avoir une image plus juste de soi-même.

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Commentaires 4
à écrit le 29/11/2021 à 19:00
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Il ne faut jamais rien reconnaître, comme chez les flics, sinon à la sortie vous êtes sûr d'être perdant.

à écrit le 29/11/2021 à 17:55
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la premiere des choses serait d'apprendre aux profs de fac magouilleurs l'hulmilite, et la, c'est pas gagne!!!!! apres il faudrait leur apprendre a respecter les jeunes maitres de conference au lieu de leur refiler tout le sale boulot ( corrections d...

à écrit le 29/11/2021 à 15:20
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Hé ben... bon courage ! ^^

à écrit le 29/11/2021 à 14:57
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Il serait plus juste de dire que les leçons que nous tirons de nos erreurs dépendent beaucoup de la confiance envers l'autorité!

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