Compétitivité de l'Europe : l'espoir n'est pas une stratégie

OPINION. Si l'Europe veut jouer demain un rôle majeur sur la scène internationale, à l'égal des Etats-Unis et de la Chine, elle doit redevenir compétitive, ce qui passe aujourd'hui par un investissement massif dans le numérique et la technologie. (*) Par Philip Meissner, Professeur à l'ESCP Business School (campus de Berlin) et fondateur et directeur de l'European Center for Digital Competitiveness.

4 mn

(Crédits : Reuters)

L'Europe a besoin d'une stratégie pour définir son rôle dans le monde. De nombreux hommes politiques ont fait appel à une plus grande confiance de l'Europe sur la scène géopolitique. Mais quelle devrait être la justification d'une telle confiance ? Tant que l'Europe ne sera pas économiquement à la hauteur des États-Unis et de la Chine dans les technologies clés du futur, comment pourra-t-elle justifier sa confiance sur la scène mondiale sans que cela soit directement exposé comme un excès de confiance ?

Aucun pays européen dans le top 5 des « digital risers » du G20

Le fondement d'une Europe plus souveraine doit être une économie forte. Or, à l'heure actuelle, l'Europe est très en retard dans les technologies clés du futur et les secteurs qui feront croître l'économie mondiale au cours de la prochaine décennie. Les résultats du Digital Riser Report 2021 publié par le Centre européen pour la compétitivité numérique montrent qu'aucun pays européen ne s'est hissé dans le top 5 des « digital risers » des nations du G20.

Également publié par le centre, le Digital Engagement Report 2021 montre que malgré l'accélération numérique provoquée par le Covid-19, les technologies futures, qui sont des facteurs clés pour résoudre nos problèmes les plus urgents tels que la gestion des pandémies, la préservation de notre souveraineté numérique et la lutte contre le changement climatique, ainsi que pour déterminer la richesse future de l'Europe, restent une priorité faible pour les dirigeants européens. En ce qui concerne les technologies des puces, par exemple, nous voyons déjà aujourd'hui quels effets négatifs importants un manque de telles capacités peut avoir.

Dépendance aux entreprises chinoises ou américaines

Qu'il s'agisse de machines autonomes, d'impression 3D, d'intelligence artificielle ou de réalité virtuelle. Dans tous ces domaines, l'Europe est dépendante d'entreprises chinoises ou américaines. Dans le cas des plateformes numériques comme Amazon ou Alibaba, l'Asie représente 29 % de la part de la valeur du marché mondial, les États-Unis 66 %. L'Europe ne détient qu'une part de 3 %, soit 1 point de pourcentage de plus que l'Afrique. La Chine est également leader dans le domaine des technologies vertes. Elle produit un tiers de toutes les éoliennes, 70 % des cellules solaires et plus de 75 % des batteries lithium-ion. Existe-t-il une technologie d'avenir pour laquelle l'Europe est encore compétitive sur le marché mondial ?

Le Digital Riser Report 2021 révèle un écart croissant dans la vitesse de la transformation numérique en Europe. Alors que la France a de nouveau progressé de manière significative en termes de compétitivité numérique (+28 rangs), l'Allemagne a chuté de manière assez importante au cours de la même période (-176 rangs). Pourtant, nos résultats révèlent également que le changement peut se produire rapidement avec les bonnes mesures : L'Italie, par exemple, a pu améliorer sa position dans le G7, passant de la dernière place l'année précédente à la deuxième place en 2021, en prenant des mesures audacieuses telles que son initiative phare "Repubblica Digitale" ou le "Italian Startup Act".

Trois éléments

L'Europe a besoin de toute urgence d'une stratégie dans laquelle les entreprises et les politiques collaborent étroitement. À mon avis, trois éléments doivent faire partie d'une telle stratégie.

Premièrement, nous avons besoin d'une nouvelle « Gründerzeit » européenne pour les entreprises de croissance innovantes. Il pourrait s'agir de clusters de technologies vertes, afin que l'Europe puisse atteindre ses objectifs climatiques grâce à des solutions technologiques plutôt qu'en sacrifiant la croissance. Deuxièmement, l'Europe peut associer ses valeurs à la technologie pour créer un « Made in Europe » fort, axé sur des domaines de croissance tels que la cybersécurité ou la vie privée. Cela peut créer des avantages concurrentiels et des entreprises fortes sur le continent. L'Europe doit investir dans l'avenir, pas dans le passé : dans les start-ups, la recherche et la technologie, afin que l'Europe puisse à nouveau voir l'émergence d'industries dans lesquelles elle est compétitive au niveau international, voire un leader mondial.

Deuxièmement, la politique de concurrence européenne doit commencer à penser de manière plus globale. Le cadre comparatif des décisions doit être le marché mondial, et non le marché européen. Sinon, les entreprises n'atteindront jamais une taille critique dans l'économie de plateforme ou ne survivront pas sur le marché mondial, et n'auront aucune chance de s'imposer face à d'énormes concurrents tels qu'Amazon ou Tencent.

Troisièmement, l'Europe devrait se concentrer de plus en plus sur le marché africain. L'Afrique est un marché important et en croissance rapide, juste à la porte de l'Europe. 1,3 milliard de personnes y vivent déjà aujourd'hui. Ce chiffre passera à 1,6 milliard d'ici 2030. À lui seul, le Nigeria compte deux fois moins d'habitants que l'ensemble de l'UE et se développe rapidement grâce à une scène dynamique de start-up.

Ce sont là des éléments essentiels d'une stratégie pour l'Europe. La base d'une plus grande confiance sur la scène mondiale doit être une économie forte et compétitive dans les domaines qui façonneront les décennies à venir : le numérique et la technologie.

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Commentaires 6
à écrit le 16/09/2021 à 14:58
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L'Europe n'est pas un pays. Et le peuple européen n'existe pas. Mais il n'est pas interdit aux européistes béats de rêver et de s'imaginer que les autres pays de l'Union européenne voient les choses tout à fait de la même manière que quelques analyst...

à écrit le 15/09/2021 à 19:39
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J'adore les formules de bar PMU "il faut investir massivement dans le numérique" comme si 80 % de la population française ou européenne avait le désir ou les compétences pour envoyer une fusée sur la lune depuis son jardin... ou plutôt sa tour HLM...

à écrit le 15/09/2021 à 19:22
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La compétitivité de l’Europe fait l’objet d’une attaque en règle, depuis plus de 50 ans : “on” veut lui faire payer plus cher son énergie, afin de rendre son Industrie (surtout allemande) moins performante. Cela commencé avec le Club de Rome, et sa ...

à écrit le 15/09/2021 à 17:11
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l’Europe est de loin la première région pour l’accueil des investissements étrangers physiques, devant Asie Pacifique et USA/Canada (Global Cities Investment Monitor 2020, KPMG). depuis 2013, les pays développés reçoivent plus d’investissement étra...

à écrit le 15/09/2021 à 17:02
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Quoi! Vous cherchez de la compétitivité pour vendre a l'extérieur de l'Europe? Avec de soi disant technologie et investissement dans le numérique? Pour faire quoi de plus que ceux qui est en cours? Rien, avec l'idéologie mortifère de l'union européen...

à écrit le 15/09/2021 à 16:45
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L'Europe que vous avez défendu bec et ongles, le traité de Maastricht puis le traité de Lisbonne que vous avez validé sans hésitations trahissant le peuple français est un échec clair et net porté par vous-mêmes. L'espoir c'est vous qui le prônez là ...

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