Comprendre le déficit commercial chronique de la France

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, comprendre le déficit commercial chronique de la France

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La contribution positive du commerce extérieur en 2018 ne doit pas faire illusion. C'est juste une histoire de circonstances liée à l'écrasement de la demande intérieure, ce qui a freiné les importations alors que la croissance eurolandaise restait encore assez robuste pour permettre aux exportations de progresser encore. Ce décalage conjoncturel ayant disparu, retour à la tendance de fond : celui d'un commerce extérieur qui plombe l'économie française depuis plus de 20 ans. Sa contribution à la croissance est régulièrement négative, à l'exception de la parenthèse de 2012-2013, conséquence sur les importations de la mise en coupe réglée de la demande domestique à la suite du plan de rigueur Fillon. Le commerce extérieur a finalement coûté près de 4 points de croissance en cumulé depuis 1998.

A l'export, la France régresse plus que les autres

L'analyse du taux de couverture (soit le rapport entre les exportations et les importations) sur longue période révèle également à quel point la situation est critique. Vus sous cet angle, les déséquilibres actuels de la balance commerciale sont les plus longs et les plus profonds. Il y a certes eu de sévères accrocs au milieu des années 70 ou au début des années 80, contrecoups des chocs pétroliers et des politiques de relance keynésienne des gouvernements Chirac et Mauroy. Sans coordination avec nos plus proches partenaires, elles ont dynamisé les importations au moment même où la demande mondiale adressée aux entreprises française tombait en panne, mettant à terre les exports. Mais aujourd'hui rien de tel. La flambée des matières premières avant la grande récession, puis en 2010-2011, a en fait amplifié un mouvement déjà enclenché.

Le véritable tournant se situe peu avant le milieu des années 2000. Les performances extérieures françaises décrochent brutalement entre 2003 et 2010 pour trébucher de nouveau, après une période d'accalmie. Et la comparaison avec les autres pays de la zone euro traduit l'acuité du problème français. La France régresse plus que les autres sur ses marchés d'exportation. Même tendance sur le marché intérieur. Le taux de pénétration des importations, qui décolle peu avant le milieu des années 2000, n'a cessé de grimper depuis. C'est le signe d'une hausse des intrants importés, commune à toutes les économies, mais aussi de l'abandon de segments entiers de production.

Des faiblesses structurelles

Cette double cassure, interne et externe, est la conséquence de trois faiblesses majeures et d'un décalage :

  • 1) une compétitivité dégradée ;
  • 2) un mauvais positionnement géographique et des produits ;
  • 3) un appareil exportateur atrophié.

Quant au décalage, il est démographique, car l'accroissement de la population soutient la demande intérieure.

Côté compétitivité, le coût du travail en France est passé dans l'industrie et les services marchands de 24,4 euros de l'heure (salaire brut et charges employeurs comprises) en 2000 à 37,2 fin 2018, hissant la France au rang de pays le plus cher des grandes économies européennes. C'est plus qu'en Allemagne où la compétitivité hors-prix des produits est pourtant jugée très supérieure, et bien plus élevé qu'en Italie où la qualité de la production est jugée très proche des standards français.

Autre travers : l'essentiel de la production française est de moyenne gamme, coincée entre les pays à bas coûts qui exportent des produits à bas prix et ceux spécialisés dans les productions à forte valeur ajoutée. A cela se greffe un positionnement trop « européano-centré » : 59% des exportations françaises sont destinées à l'Union européenne. A l'opposé, les BRIC (pris comme étalon des pays émergents) ainsi que les États-Unis (de loin le pays avancé le plus dynamique) captent seulement 14,5% des exports français. Une part qui monte à 15,5% en Italie et à plus de 19% en Allemagne.

Troisième faiblesse, l'atrophie de notre base exportatrice, l'une des conséquences de la désindustrialisation. Le socle est réduit par rapport à nos voisins : pour 100 entreprises exportatrices françaises, on en compte 171 en Italie et 265 en Allemagne. Et il faut encore ajouter la balance des services, qui plafonne loin de ses records malgré les recettes touristiques, pour achever l'analyse et s'apercevoir que la France perd aussi cette bataille-là.

Les problèmes du commerce extérieur français sont structurels et aucune amélioration n'est à espérer à court terme. C'est bien pourquoi 2% de croissance de façon durable en France, c'est juste mission impossible.

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Commentaires
a écrit le 06/06/2019 à 11:00 :
Si je ne peux pas répondre au troll maison ou faire supprimer son trollage vous virez mon commentaire.

Marre d'avoir tout le temps à le répéter alors que c'est moi qui suis largement arrangeant dans l'histoire hein... -_-
a écrit le 06/06/2019 à 10:58 :
Si je ne peux pas répondre au troll maison ou faire supprimer son trollage vous virez mon commentaire.

Marre d'avoir tout le temps à le répéter alors que c'est mois qui suit largement arrangeant dans l'histoire hein... -_-
a écrit le 05/06/2019 à 13:23 :
Bien fait, on a que ce qu'on mérite.

Pendant des décennies des ministres français se sont précipités a l'étranger pour aller inaugurer des entreprises de "fleurons" nationaux, cocorico, la france avance.
On a même une célèbre ex régie nationale de fabrication automobile qui est importatrice nette de véhicules et qui en plus paye ses impôts en paysbasdie. Qu'est ce qu'on est trop forts.

Pas d'accord avec votre calcul de 4% de pib en moins, c'est beaucoup plus. Dans le pib on soustrait la balance commerciale (et même pas celle des paiements), une somme a un flux, une agitation sur l'année.Hors ce qui sort de france, c'est de la consommation des ménages, qui a une forte vélocité et ce qui rentre (la balance des paiements et moins pire que la commerciale), c'est plutôt de l'épargne à vélocité proche de zéro.
Ce qui fait qu'au final il faut pédaler toujours plus fort pour avancer toujours moins vite. Sans les petites roulettes stabilisatrices a l'arrière on serait déjà par terre.
a écrit le 05/06/2019 à 11:17 :
Navrant que tout cela. La France et la pretendue excellence de ses ecoles de commerce.
Mais que diable y apprennent-ils ? Pour de semblables resultats.
a écrit le 05/06/2019 à 11:01 :
paradoxe mortel : le coût salarial français est le plus élevé d'Europe en valeur absolue et un des plus faibles en contribution de valeur ajoutée , et en plus les entreprises sont sévèrement sanctionnées sur les réductions de personnel . voir les gesticulations menaçantes de Le Maire envers Ford , Général Electric , les complications administratives et judiciaires qui attendent les entreprises contraintes de réduire leurs effectifs .
rien d'étonnant donc dans la chute continue de nos productions industrielles et de services sur le sol national et de leur externalisation vers des pays étrangers à bas coûts lorsque cette voie de repli est encore possible .
les réformettes macronesques n'ont en fait rien changé de décisif pour inverser le déclin industriel français . en outre la digitalisation croissante de l'économie va encore aggraver les délocalisations des emplois de fonctions supports des entreprises en particulier dans le secteur tertiaire .
ceux ne sont pas nos pays voisins qui tirent vers le bas , ceux sont nos dirigeants qui s'obstinent à maintenir un système normatif dépassé (droit du travail , prélèvements sociaux , fiscalité des entreprises ) .
a écrit le 05/06/2019 à 9:47 :
le problème est que nous sommes entourés de pays qui tirent vers le bas, en Europe et ailleurs. la France s'est efforcée de rester équilibrée, alors que les partenaires étouffent la demande (déclin démographique aggravé, dumping social, austérité généralisée, pauvreté/inégalités qui grimpent, faibles retraites, sous-investissement, faible contribution à la dépense de Défense, etc...).
la France n'est pas un pays de gamme moyenne. le pays est plutôt à la pointe en R&D/innovation : voir étude France Stratégie d'octobre 2018 sur l'investissement des entreprises, classements Clarivate/Reuters/Deloitte Tech Fast, meilleur ratio brevets obtenus/demandes de brevets que chez les autres pays développés, Paris dans le tiercé gagnant en matière de capital intellectuel/innovation (PWC cities of opportunity), etc...
l'industrie française est plutôt axée sur la R&D - activité à forte valeur ajoutée - et moins sur la production. mais cela évolue, semble t-il. l'Hexagone est de loin le pays européen recevant le plus d'investissement industriel étranger (EY ; Business France).
et la France bénéficie de son industrie off shore, comme le disait Xerfi en avril 2018 sur La Tribune.
a écrit le 05/06/2019 à 9:30 :
le problème tient un mot, coût du travail plombé par les 35 heures et un niveau de cotisations patronales qui reste faramineux (notamment à cause d'un système de retraites très coûteux en raison d'un âge de départ qui reste trop bas et qu'on fait porter au travail tout un tas de financements qui ne devraient pas en relever, comme l'effort de construction). Le SMIC a progressé trop vite par rapport à la productivité aussi.
a écrit le 05/06/2019 à 8:55 :
Quelque part avec la volonté politique conserver un chômage de masse en france et de tirer ainsi les salaires et salariés vers le bas ne se traduit elle pas logiquement par cette incapacité à générer une économie pérenne ?

Quand on ne comprend pas les gens peut-on diriger une économie ?

Le problème des propriétaires de capitaux et outils de production c'est qu'ils croient être seuls à faire l'économie alors que sans les gens ils ne sont rien et tant qu'ils ne comprendront pas cela ils seront condamnés à la médiocrité ce que la suprématie économique américaine ne cesse de mettre en perspective.

Mais trop nos investisseurs sont trop faibles et laids pour oser se regarder dans une glace et se remettre en question nous n'avons plus comme choix qu'à attendre que ce long déclin oligarchique termine sa bien trop longue course.

"Hâtes toi déclin !" Nietzsche

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