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Comprendre le drame économique (et politique) italien

Photo de Xerfi Canal

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Publié le 04 juin 2018 à 07:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:54

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, comprendre le drame économique (et politique) italien

L'économie italienne est malade depuis longtemps. En 2017, elle n'avait toujours pas retrouvé son PIB par tête d'avant crise. Des cinq plus grandes économies européennes, c'est la seule. L'Espagne y est parvenue l'an dernier, la France et le Royaume-Uni un peu avant, l'Allemagne bien avant dès 2010. Mais limiter l'analyse à cette seule période est trop réducteur.
Pour bien saisir de quoi souffre l'Italie, il faut remonter à la fin des années 80. Le pays vit alors son second miracle économique après celui des années 50-60. Symbole, de cette marche triomphale, l'industrie italienne devient l'une des plus performantes du continent : sa progression est plus rapide que dans le reste de l'Europe, et le « made in Italy » s'impose un peu partout : déficitaire au début des années 90, l'économie italienne dégage des excédents extérieurs à partir de 1993. Ces succès se sont longtemps articulés autour de quatre clés de voute : salaires bas, monnaie faible, politique industrielle pilotée par l'Etat, dynamisme des PME notamment dans les secteurs traditionnels du textile, de la chaussure, du cuir, du meuble, du bois mais aussi de l'industrie mécanique.
Or, l'Italie a été attaquée sur chacun de ces points bien avant la grande récession. Les salaires bas d'abord. Profitant d'une armée de réserve dans le Sud, très agraire, l'industrie au nord s'est développée au prix de salaires écrasés dont la hausse a été beaucoup moins rapide que la productivité. C'était la première source de la compétitivité transalpine, aujourd'hui complètement épuisée. Pire, la productivité est flat depuis plus de 15 ans et l'Italie est incapable de se dégager des marges de manœuvre pour inverser la tendance.
La monnaie maintenant. La lire a été une arme. Mais la dérive inflationniste suivie d'une dévaluation de la monnaie n'est plus dans la boîte à outil depuis l'euro. L'Etat italien a également longtemps été à la manœuvre dans la sidérurgie, la construction navale et le ferroviaire. Des secteurs structurant et des filières d'entraînement aujourd'hui privatisées, parfois passées sous pavillons étrangers et le plus souvent en perte de vitesse. Enfin, il reste le tissu de PME car la grande entreprise, c'est l'exception en Italie. Et ce tissu s'est fait en partie balayé par la concurrence des pays à bas coût depuis le début des années 2000 avec notamment la déferlante venue d'Asie, à la suite de l'entrée de la Chine dans l'OMC fin 2001. Le passage à l'euro, la concurrence du grand large, cette double attaque a fait chanceler une première fois l'industrie italienne au début des années 2000. Et la courte parenthèse de 2006 à avril 2008, quand l'activité était portée par l'effervescence de la croissance mondiale, n'est que le chant du cygne.
La grande récession balaie tout. Si bien qu'en niveau, la production manufacturière est en-dessous de celui de 1990. Même la France, qui ne fait pourtant pas figure de modèle en la matière, fait mieux. Et pour cause. L'empilement de politiques d'austérité de l'autre côté des Alpes (avec pêle-mêle hausse de la TVA, durcissement du régime de retraite, coupe dans les dépenses publiques) a certes permis de revenir très vite dans les clous de Maastricht mais au prix d'un écrasement de la demande intérieure toujours inférieure de 8% à son niveau de 2007. Au prix également d'une grande casse sociale : avec un risque de pauvreté en hausse, qui se rapproche de 21%, un record sur les 10 dernières années qui place l'Italie dans le peloton de tête des principales économies européennes.
Et, une fois n'est pas coutume, c'est dans le Centre et le Nord que la situation s'est le plus dégradé ces 10 dernières années. Il est vrai qu'avec un taux de pauvreté de 32%, le Sud de l'Italie c'est déjà l'équivalent des Balkans.
 La pauvreté gagne du terrain, les inégalités, elles, explosent : la masse des revenus détenus entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres qui est normalement une donnée assez inerte, s'élève rapidement et s'approche de son pic historique. L'histoire économique contemporaine de l'Italie c'est un modèle fragilisé qui a volé en éclat avec l'austérité. Comment s'étonner alors que l'unique point commun des programmes de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles soit de faire sauter le pacte de stabilité européen.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

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