COVID-19  : le secteur bancaire est-il prêt à être un acteur de la reprise  ?

 |   |  980  mots
(Crédits : DR)
OPINION. Alors que l'épidémie de Covid-19 replonge les banques au cœur de la tempête, elles seront un facteur important de stabilité et un atout majeur pour la reprise économique. Par Lorenzo Bertola, Directeur de l’expertise Banque, finance et assurance chez mc2i.

L'accélération de la transformation numérique et notamment la data pourraient être des alliés de taille pour rebâtir un modèle bancaire plus agile et plus résilient.

Une crise bien différente de celle de 2008

La crise actuelle est inédite de par sa nature et son ampleur. Tout d'abord, les États ont volontairement décidé de ralentir le système productif, car l'activité économique est un élément favorisant la transmission du COVID-19. Ensuite, la vitesse de propagation de cette crise, proportionnelle à celle du virus, est sans commune mesure à tout ce qu'on a pu déjà connaitre. Si les banques ne sont pas à l'origine de ce choc par nature exogène, elles pourraient, peut-être, être une partie de la solution en étant utilisées comme instruments au service de l'amélioration de la situation économique. Comment ? En évitant les faillites d'une part et en jouant pleinement leur rôle de financeur de l'économie réelle d'autre part. Ainsi, de leur attitude et capacité de réaction dépendra largement la reprise économique ou la potentielle récession.

Le secteur bancaire post-Lehmann est bien plus résilient

L'impact économique de la crise sanitaire pourrait laisser craindre une généralisation des défauts de paiements. Mais, la portée des mesures conventionnelles et non conventionnelles prises à date par la Banque Centrale Européenne et autres instances de régulation rendent cela peu probable. En revanche, le risque d'insolvabilité des banques est réel. La crise du COVID-19 sera un révélateur de l'efficacité des mesures bâloises post 2008. Les banques sont-elles suffisamment capitalisées ? Si une réponse ne pourra être apportée qu'à l'issue de cette crise, avec un ratio obligatoire de fonds propres de 15 en moyenne, les banques françaises sont sans nul doute plus résilientes et robustes qu'en 2008. Toutefois, nous ne connaissons pas la durée de la pandémie ni des mesures sanitaires prises à son encontre. Une dégradation durable de l'économie entrainerait de fait les banques dans une spirale déficitaire.

Un modèle économique, organisationnel et technologique à réinventer

Si, structurellement, les banques sont mieux armées pour affronter la crise, cette dernière les met face à de nombreux challenges qu'elles avaient commencé à adresser, mais qui deviennent désormais critiques :

  • la gestion de leurs réseaux d'agences et l'accompagnement de la clientèle vers une « consommation autonome » associée d'un conseil à plus forte valeur ajoutée. Cette crise sera d'ailleurs peut-être le catalyseur d'une transformation profonde des usages des sociétés européennes, encore très ancrées dans un modèle de consommation vieillissant... Le conseiller bancaire, en première ligne, doit disposer de tous les outils et données permettant d'agir rapidement;
  • la dématérialisation des moyens de paiement permet d'ores et déjà de limiter la propagation du virus en diminuant le recours à la monnaie physique. Le secteur bancaire a d'ailleurs réagi vite en augmentant le plafond des paiements sans contact à 50€. En parallèle, la création de monnaies virtuelles d'État est à l'étude avec peut-être bientôt un dollar numérique ;
  • la robustesse des infrastructures techniques, pour permettre d'assurer la continuité de l'ensemble des activités dans une situation quasi absolue de télétravail des effectifs ;
  • les enjeux de cyber-sécurité qui démultiplient les problématiques de confidentialité des informations manipulées ;
  • la maîtrise et l'exploitation de la donnée en temps réel : véritable source critique de communication et de prise de décision. Sur ce point, il est fort probable que la data soit un levier majeur à ne pas négliger. Le caractère unique de la crise, de par son impact sur tous les secteurs d'activités, permettra aux banques les plus dynamiques et innovantes d'obtenir de vrais avantages concurrentiels. Le secteur bancaire possède depuis longtemps une richesse d'information à exploiter au travers de ses données ; véritables nouvelle richesse des banques, bien plus que le volume des capitaux qu'elles peuvent détenir.

La transformation numérique au service de l'humain comme catalyseur de cette mutation

Le secteur bancaire n'a pas attendu la crise pour se transformer. Depuis longtemps, l'ensemble de l'écosystème l'y oblige : la pression des régulateurs, la modernisation des systèmes, la concurrence féroce de nouveaux acteurs (FintTechs, RegTechs, GAFA, néobanques), l'émergence de nouvelles technologies disruptives sont autant d'éléments au cœur du changement. Alors comment identifier de nouvelles sources de revenus dans un contexte de récession où les réglementations risquent d'augmenter et alors que les leviers de réductions de coûts ont d'ores et déjà été activés ? Il est trop tôt pour répondre, mais la refonte du modèle des banques doit s'opérer davantage en profondeur et la transformation numérique peut agir comme un catalyseur guidant la mutation à long terme du secteur. Alors que la proximité a été rejointe récemment par l'instantanéité ; le digital, au travers notamment de la Data et de l'IA, doit permettre de répondre à ces nouvelles problématiques. La mise en œuvre de processus agiles, d'une architecture avec un time-to-market réduit, d'outils décisionnels performants couplés à de l'IA permettront à leurs collaborateurs d'être des acteurs importants dans la sortie de la crise et la construction d'un nouveau modèle économique.

Les banques les plus réactives et les plus proches de leurs clients sont celles qui ont donné à leurs collaborateurs tous les outils et toutes les données permettant de prendre des décisions en temps réel. Ainsi des robots intelligents ont été conçus pour mettre en place des pauses de crédit à la demande des conseillers. Ils ne remplacent pas l'analyse et la prise de décision humaine, mais la rendent plus pertinente et efficace.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/05/2020 à 12:09 :
Vous posez des questions beaucoup trop faciles hein je ne vais pas vous faire le déshonneur d'y répondre, d'ailleurs nous la connaissons tous la réponse quand on voit ce clash entre cours constitutionnelle européenne et allemande sur ce sujet fondateur de l'UE, on comprend bien que l'heure est grave pour le secteur bancaire et de par leur incapacité à s'adapter, à évoluer, à se dynamiser on peut craindre profondément de ce qui va ressortir de tout cela parce que ce sont toujours les citoyens qui payent les dégâts de leur immobilisme pathologique.

"Les banques ont plus de 500 ans elles ne sont pas prêtes de disparaître !" Ai-je lu ici même. Belle vérité mais par contre nous oui...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :