Crise en Grèce : une tragédie qui finit bien ?

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(Crédits : Tony Gentile)
La crise grecque aurait pu être l’occasion pour les pays de la zone euro de clarifier leurs intentions sur le dessein de la monnaie unique. Malheureusement, c’est loin d’être le cas. Par Nathalie Janson, Neoma Business School

Lors du sommet européen, le 21 juin dernier, un cri de soulagement s'est fait entendre du haut de l'Acropole : la Grèce va bien sortir, comme prévu, du dernier plan d'aide financière, le troisième du nom, signé en août 2015 pour un montant de 86 milliards d'euros suite à la crise de la dette souveraine initiée en 2010.

Pour autant, faut-il se réjouir pour la Grèce ? Pour l'Europe ? Rien n'est moins sûr... Pour se réjouir d'une telle nouvelle encore faudrait-il que cet épisode dramatique ait pu régler les problèmes qui l'ont engendré. La Grèce a-t-elle vraiment appris de la crise de la dette souveraine qui l'a terrassée économiquement ?

Une Europe moins solidaire que prévu

Rappelons que cette crise est née de la cumulation d'une politique budgétaire indisciplinée permise par des investisseurs étrangers persuadés que la dette grecque n'était certes pas équivalente en termes de qualité à la dette allemande, mais qu'elle ne poserait pas de défaut de paiement, étant donné que la Grèce est partie intégrante de la zone euro.

Pour preuve, l'écart de taux entre la dette grecque à 10 ans et celle de l'Allemagne était quasi nul avant la crise et, au plus fort, a atteint plus de 3.000 points de base. Comme jusqu'en 2010, le problème de la dette souveraine ne s'est jamais posé, les investisseurs ont supposé - à tort - que les pays membres de la zone euro seraient solidaires des dettes souveraines de ses membres et que le « bail out » était acquis.

La crise a montré que la question était plus complexe. Elle a même fait ressurgir les nationalismes les plus primaires. Les pays membres n'étaient pas tous prêts à assumer des erreurs de gestion des finances publiques - voire des malversations - commises par des dirigeants peu regardants.

Sur la route du pacte de stabilité

Si la zone euro encourageait ce comportement de passager clandestin, il fallait alors y remédier. C'est la position tenue par les pays du Nord, au premier chef par l'Allemagne qui a toujours été soucieuse de mettre des garde-fous pour éviter un tel comportement.

C'est elle qui avait insisté pour adopter le pacte de stabilité dont la vocation était d'assurer que les pays membres de la zone euro adoptent des politiques fiscales convergentes, le pacte limitant à 3 % du PIB le déficit public et à 60 % du PIB la dette publique. Consciente des conditions de réussite d'une zone monétaire optimale - similarité des cycles économiques des pays membres ou flexibilité des économies des pays membres pour pallier la diversité des cycles -, et du fait que les pays de la future zone euro ne les respectaient pas, il semblait indispensable de poursuivre sur cette route.

Le pacte de stabilité a bien été adopté, mais il a rarement été scrupuleusement respecté, les mécanismes de sanction n'ayant jamais été appliqués. De ce point de vue, la crise de la dette grecque a concrétisé pour l'Allemagne le scénario du pire qu'elle s'était tant employée à éviter. C'est sous cet angle qu'il faut décrypter la position « dure » de l'Allemagne depuis le premier plan d'aide alloué à la Grèce.

Pas de passager clandestin de la zone euro

Il est crucial à ses yeux d'envoyer un message aux pays membres : il ne peut y avoir de passager clandestin dans la zone euro. C'est ce qui explique son refus catégorique aujourd'hui d'effacer une partie de la dette grecque afin d'alléger le fardeau. Maintenir l'obligation d'honorer sa dette est un signal envoyé aux pays membres de la zone euro qui seraient tentés par l'indiscipline fiscale, mais c'est aussi une manière d'acculer la Grèce à procéder aux réformes de son économie - réformes nécessaires pour qu'elle converge avec le reste des pays membres.

Au paroxysme de la crise grecque en 2015, il est apparu clairement que cette position « dure » de l'Allemagne n'était pas partagée par l'ensemble des pays membres avec une claire scission Nord-Sud. Cette scission est symptomatique du malentendu sur lequel s'est bâtie la monnaie commune, certains pays le voyant comme un projet économique et d'autres comme un projet politique.

C'est ce qui engendre, aujourd'hui, la résurgence des nationalismes. En effet, certains pays membres s'offusquent de la perte de souveraineté en matière de politique budgétaire, mais dans une zone monétaire optimale, la perte de souveraineté monétaire conduit nécessairement au renoncement de la pleine souveraineté fiscale afin d'assurer la synchronisation du cycle économique.

Les maux structurels de la Grèce ?

La Grèce est « tombée » en 2010 en raison de dépenses publiques irraisonnées au regard de ses capacités à collecter l'impôt. Au début des années 2000, la croissance économique exceptionnelle de la Grèce - une hausse annuelle moyenne de 4,2% - a masqué l'insoutenabilité de la politique fiscale grecque - la dette grecque a systématiquement dépassé le seuil de 100 % du PIB depuis 1993. D'autant plus que les investisseurs, on l'a dit, achetaient volontiers sa dette supposant que son risque de défaut était faible étant donné son appartenance à la zone euro.

Les maux de la Grèce sont pourtant connus avant la crise : un secteur public surdimensionné représentant 40% du PIB et 800.000 fonctionnaires - soit 16 % de la population active, et une économie souterraine évaluée entre 20 et 30% du PIB qui affaiblit la capacité de l'État à se financer par l'impôt.

L'économie grecque, très dépendante du secteur du tourisme et du transport maritime, est tout sauf ouverte à la concurrence. Elle est structurellement très éloignée de la moyenne des pays de la zone euro et, plus inquiétant encore, elle n'a pas profité de l'embellie économique des années 2000 pour procéder à des réformes structurelles lui permettant de converger vers la moyenne des états membres.

C'est donc sous la contrainte des plans d'aide européens qu'elle a dû le faire. La crise lui a coûté une perte de PIB de 25% et a conduit à un chômage massif qui a atteint jusqu'à 27% de la population active. Est-ce pour autant que la Grèce s'est transformée ?

Une Grèce transformée ?

Du côté du secteur public, la fonction publique a diminué de près d'un quart ses effectifs - ce qui n'a pas forcément conduit à une amélioration de son efficacité puisqu'elle doit parallèlement opérer une complète réorganisation. D'ailleurs, certains incriminent aujourd'hui les coupes budgétaires à marche forcée couplées à l'inefficacité de l'État à gérer de façon anticipée les incendies meurtriers et l'absence de la mise en place de plans d'évacuation clairs dans le drame que vit actuellement la Grèce.

Pour ce qui est de la collecte de l'impôt, son efficacité ne s'est pas améliorée depuis la crise, voire dans le cas de la TVA, elle s'est même détériorée à la suite de l'augmentation de son taux. Des réformes de simplification de l'impôt sur le revenu ainsi que la taxe sur la propriété ont été également effectuées. Compte tenu d'une culture où la fraude fiscale est un sport national, il faudrait presque recommander l'instauration d'une flat-tax à un taux faible pour inciter le paiement de l'impôt !

Pour le reste, la Grèce a procédé à de nombreuses réformes imposées par les créanciers lors du troisième plan d'aide en 2015, qui ont permis une plus grande ouverture à la concurrence de nombreux secteurs, avec parallèlement une réforme du marché du travail favorisant sa flexibilité et du système des retraites trop coûteux.

Sur le papier, la Grèce « a fait le job » exigé par la tutelle des créanciers, conditions nécessaires pour l'obtention des différentes tranches. Est-ce pour autant que la Grèce a changé ? Rien n'est moins évident.

La Grèce a un fonctionnement institutionnel différent de la moyenne des pays de la zone euro et les institutions ne se changent pas rapidement. Sans doute les réformes effectuées mettent le pays sur la voie de la convergence, mais s'il n'y a pas de relais interne pour continuer ce travail, il n'est pas certain que les changements structurels de fond se réalisent dans le long terme. Pour ce faire, il faudrait une véritable adhésion de la population et la crise de 2015 a montré qu'elle n'y est pas forcément favorable.

Une zone euro sortie grandie et plus mature ?

La crise grecque aurait pu être l'occasion pour les pays de la zone euro de clarifier leurs intentions sur le dessein de la monnaie unique. Malheureusement, c'est loin d'être le cas.

Depuis cet été tragique de 2015, les désaccords sont plus vifs que jamais au sein de la zone euro, et l'adhésion des peuples n'est pas là. Pour preuve, la récente arrivée au pouvoir en Italie de l'improbable coalition de l'extrême droite nationaliste et de la gauche antisystème... Le pire est-il vraiment derrière nous ?

The Conversation _____

 Par Nathalie JansonÉconomiste & enseignante-chercheure, Neoma Business School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 18/08/2018 à 20:59 :
Quel paquet d'âneries cet article!
25% de chomeurs, ça vraiment c'est une merveille de médecine.
a écrit le 06/08/2018 à 10:00 :
un secteur public sur dimensionné avec 16% de fonctionnaires : combien en a t on en France ? j'ai le chiffre de 25% en tête tenant compte de la fonction publique territoriale. la France est elle donc plus mal en point que la Grèce ?
a écrit le 02/08/2018 à 22:15 :
Les 2 erreurs majeures de la construction europénne auront été la monnaie unique et la libre circulation des personnes.
a écrit le 02/08/2018 à 10:10 :
Simple le voilà le bilan du dépecage de la grèce par les banquiers européens avec l'aval de l'ue et du FMI:

"Incendies en Grèce : le bilan s’aggrave, au moins 91 personnes sont mortes" https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/07/29/incendies-en-grece-le-bilan-s-aggrave-au-moins-91-personnes-sont-mortes_5337351_3214.html

Notre consortium financier européen est criminel.

Vite un frexit

"Acharnement européen" https://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/HALIMI/57282
Réponse de le 02/08/2018 à 13:09 :
"On frémit d'avance à ce qu'aurait été un "Grexit"; le retour à un tiers (quart ?) monde."

C'est marrant pourtant vous n'avez jamais fait preuve de compassion pour le peuple grecque, du coup quelle crédibilité vous avez là pour proférer votre messe ? Aucune.

"Où des esclaves s'occuperaint de cirer les pompes de touristes pour quelques drachmes ?"

C'est ce qu'ils font en ce moment, arrêtez de désinformer c'est moche.

"C'est quoi le fond de VOTRE problème ? "

Hein !? Signalé donc.

Faut juste me dire pourquoi vous mettez autant de soin à démontrer que vous n'êtes là que pour troller étant donné que vous n'êtes là que pour juger et diffamer sans jamais rien argumenter.

Moi c'est ça qui me fascine si vous voulez, votre messe étant bien trop rincée et en plus venir me la proférer à moi...

Soit votre niveau est désastreux et vu celui des lrem du coup je doute quand même hein, soit vous faites exprès pour mettre mon commentaire en évidence et je vous le dis de suite c'est peut-être encore pire qu'un stupide troll, vraiment hein... -_-

Adieu svp, merci. Sauf si bien entendu vous vient l'envie un jour de débattre mais bon depuis le nombre d'années que je suis obligé de vous coltiner je n'y crois plus... -_-

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