Défense  : si nous apprenions de notre Histoire  ?

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(Crédits : DR)
Alors que la France vient de lancer une Revue Stratégique de la Défense nationale, une polémique s’est déclarée sur la réduction du budget de défense 2017, notre histoire nous apprend que la France est coutumière des fausses routes dans le domaine militaire. Par Bruno Alomar, auditeur à la 68e session « Politique de défense » de l’IHEDN

Le Gouvernement a décidé de lancer une Revue Stratégique de la Défense nationale. Il s'agit d'un exercice important, car il marque la volonté de placer dans les questions de défense dans l'horizon qui est le leur : le temps moyen/ long.

Disons-le tout net : notre histoire militaire est le théâtre de changements, parfois profonds. L'on aurait ainsi quelques difficultés à considérer aujourd'hui le peuple français, avec Tocqueville, comme un peuple « n'excellant que dans la guerre » (l'Ancien Régime et la Révolution). Pourtant, à côté de ces changements, fille de la géographie, l'histoire militaire est surtout le temps des permanences. Il en est certaines qu'il importe d'avoir à l'esprit.

L'histoire militaire montre la nécessité pour la France de compter avant tout sur elle-même

Première permanence : la puissance inégalée de l'Amérique. Cette Amérique, n'en déplaise aux néo-conservateurs, qui selon le mot de Ford considère que l' « Histoire, c'est de la blague », et de ce fait peu préoccupée du temps long, a largement fait une croix sur la France. Depuis l'effondrement de mai 1940, en passant par les accords de Nassau en 1963 - que le Général de Gaulle a eu la force de refuser -, jusqu'à l'OTAN aujourd'hui, l'Amérique ne prend la France que difficilement au sérieux. Elle au mieux un supplétif, dont la présence tolérée ne doit pas gêner la puissance militaro-industrielle américaine. À peine le salon du Bourget achevé, la façon dont le programme JSF 35 a été conçu pour rendre impossible toute souveraineté des Européens dans le domaine de l'aviation de combat est un exemple parmi beaucoup.

Deuxième permanence : l'incapacité de l'Europe à se défendre. L'Europe institutionnelle, qui n'est nullement la Mère de la Paix mais qui en est bien la Fille, est un projet par essence civil. Fondée sur l'économie et le droit, domaines dans lesquels elle a de vraies réussites, l'Europe, qui a trop connu de guerres, est hantée par une vision irénique du monde. En raison de son ADN pacifiste, elle est incapable de penser la souveraineté et la conflictualité, ce qui rend mort-né tout projet crédible d'Europe de la Défense.

Le fait militaire est consubstantiel à la société internationale

Troisième permanence : la société internationale n'est pas mue par le droit, mais bien par la force. Les rêves post 1989 se sont dissipés, et avec eux ceux de mondialisation heureuse et de fin de l'Histoire. L'investissement massif des émergents, à commencer par la Chine, dans leur défense, a déclenché une nouvelle course aux armements. La Russie effectue un retour spectaculaire sur la scène militaro diplomatique.

De tout ceci, une conclusion émerge : dans un monde dangereux, et qui le sera de plus en plus, la France ne doit compter que sur elle-même si elle veut continuer à exister ! Or, si l'on considère les années récentes, il faut bien admettre que nous nous obstinons à ne pas le comprendre.

Les sujets militaires sont traités au travers de questions médiatiques

D'abord, il faut bien pointer ici la litanie de nos renoncements, qui consiste à sans cesse remettre sur le métier les mêmes erreurs, mais en partant de toujours plus bas. L'on pourrait citer le débat sur le deuxième Porte-avions, qui revient comme un serpent de mer, ou encore la question de l'abandon de la deuxième composante (aéroportée) nucléaire. Pire, c'est la question même de l'existence de la dissuasion nucléaire, dont le besoin de modernisation est urgent, qui est posée. Est-il permis de rappeler ici que la force nucléaire est la colonne vertébrale de notre existence au monde, et que sans elle, la France perdrait l'essentiel de son influence ?

Ensuite, après s'être sciemment affaiblis, l'on ne voit que dans des coopérations en réalité biaisées, le salut. Bien sûr, personne de censé ne conteste l'intérêt que les Européens auraient à tirer parti dans le domaine des capacités militaires de la profondeur de leur marché, lié à une population d'un demi-milliard de personnes. Mais la réalité est autre. En fait de coopération et d'esprit européen, la plupart de nos partenaires conservent comme réflexe de s'équiper en matériel américain, et pensent, à tort, qu'ils feront l'Europe de la défense en cumulant les renoncements des uns avec les faiblesses des autres. En fait de coopération franco-allemande, la réalité commande de rappeler que dans le domaine militaire, il s'agit moins, hélas, d'aider l'Allemagne à restaurer une industrie de défense d'excellence, qu'à mettre sur pied des partenariats justes, que de toute façon la différence de contrat opérationnel entre les armées française et allemande interdit d'envisager sérieusement.

Au final, il est temps d'en finir avec la dialectique qui consiste à se considérer comme trop faibles, pour ensuite envisager des coopérations qui nous affaibliront encore plus, véritable collier étrangleur de notre pensée militaire. Il n'est que temps de changer enfin de logiciel, de regarder notre histoire telle qu'elle est, et d'y puiser les ressources indispensables à la modernisation de notre outil de défense. 

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a écrit le 28/07/2017 à 8:53 :
Oui, tout comme l'auteur de l'article, je pense que le peu d'influence et écoute qu'il nous reste encore dans le monde tient d'une part à l'existence de notre force nucléaire, et d'autre part à la qualité de notre réseau diplomatique.
Maintenant sur la défense elle même, je suis d'accord avec l'auteur sur le fait de continuer à miser sur notre indépendance. Mais cela ne doit pas nous empêcher de développer des systèmes d'armes en commun avec nos partenaires européens, car ils deviennent trop chers pour un pays européen seul, même s'agissant de l'Allemagne. Le développement du F35 américains a couté quelques 300 milliards de dollars!!!
Mais ce développement de systèmes d'armes en commun ne doit pas se faire dans n'importe quelles conditions. Il doit concerner un nombre limité de pays (2 à 3 pour un système d'arme) avec un maître d'oeuvre bien identifié et reconnu pour ses compétences dans ce domaine. Mais les rivalités entre pays européens sont telles qu'on est pas encore prêts à voir ce type de politique européenne...
a écrit le 25/07/2017 à 23:44 :
On va tout de même pas nous gargarisez une fois de plus avec la France guerrière et bla bla bla!
depuis 1789 hors victoires coloniales (des canons et des lebels face à des mecs pieds-nus avec un cimeterre), et la guerre de Vendée (des vieillards des femmes et des enfants exécutés au sabre ) la France n'a gagné aucune guerre, même contre les Chouans Bretons malins et décidés elle s'est bananée.
On se contente d'un bon équipement pour protéger nos territoires ultra-marins et basta!
Et quelques navions pour que le président se rève en chef de guerre, enfin pas trop car liquider des despotes sympa pour y fourrer des fanatiques la preuve n'a pas été faite que notre mode de vie était transposable.
(ils en ont bouffé des couleuvres nos bons pères cathos pour que l'occident vive en paix, lol!)
a écrit le 25/07/2017 à 21:36 :
Pour une fois on ne parle pas de la défense nationale que sous l'angle budgétaire. Je ne sais pas qu'elle est la doctrine d'emploi des forces selon Macron? C'est quand même primordial pour fixer le niveau de personnel et le type de matériel, donc en final le budget.

C'est apparemment compliqué pour les députés d'en marche.
a écrit le 25/07/2017 à 20:12 :
Article très intéressant. A noter qu'en Europe, il n'y pas que le France qui est ignorée par nos amis américains...
Si on raisonne "simplement" en % de PIB consacré à la défense et si on se compare aux Etats Unis, l'UE devrait dépenser plus de USD 500 Mlds/an pour sa défense et en plus, il faudrait rattraper en investissement la différence colossale entre l'armement actuel des EU et celui de UE.
Pour la France, il faudrait tout d'abord bien connaitre nos objectifs de défense (contre qui ?) pour savoir comment s'équiper en conséquence. La question de STONE1 (25/7 17:52) est pertinente: combien cela coûte ?
Cordialement.
a écrit le 25/07/2017 à 19:01 :
Des questions interessantes mais aucun reponse, helas.
Par ailleurs aucun developpement sur la these 'la force nucléaire est la colonne vertébrale de notre existence au monde'. Serions-nous moins respectés/craints par les USA la Russie ou la Chine sans l'arme nucléaire, on peut en douter.
Il faut garder à l'esprit qu'avec 2200 milliards de dettes (dues a des depenses sociales et non militaires, en reduction depuis 2ans), les choix difficiles se profilent. Pour la seule Marine nationale, l'abandon de la dissuasion libérerait des credits pour un second porte-avion et son escorte (1 fregate AA, 1 fregate ASM et 1 SNA).
a écrit le 25/07/2017 à 17:52 :
Moderniser notre armement , changer de logiciel certes mais la seule question qui se pose une fois ce diagnostic posé est: avons-nous les moyens financiers pour réaliser cette mutation seul puisque ,semble-t-il l'union ne fait pas la force ??? Combien ça coûte ?
a écrit le 25/07/2017 à 17:34 :
"dans un monde dangereux, et qui le sera de plus en plus" l'auteur est bien le seul à avoir une vision clair sur ce monde.
a écrit le 25/07/2017 à 15:38 :
Il a raison. Mais, malheureusement, il ne sera pas entendu. Nos dirigeants sont tellement imbus d'eux-mêmes (voir Jupiter "c'est moi le chef") qu'ils sont incapables d'entendre des voix précises et sensées comme celle-là.
Alors nous vivrons de nouvelles Alesia, Azincourt,Trafalgar, Waterloo, Dunkerque, Dien-Bien-Phu, Algérie, et j'en passe. Les Français aiment la défaite, semble-t-il.
Réponse de le 25/07/2017 à 17:48 :
Bonjour,
Vous avez quand même oublié la meilleure, la bataille de France, dont effectivement, Dunkerque en est le point presque final. Paul Reynaud en 1939 disait "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus fort" ce fut raté. Quand on a des gens de gauche comme Blum "Du moment qu’on démolit l’armée, j’en suis ", Thorez "Nous ne croyons pas un seul instant à la défense nationale… les prolétaires n’ont pas de patrie " et des gens de droites qui ne pensent qu'à réduire l'Armée comme Chirac et Sarkozy et d'autres avant, elle n'a rien à attendre de ces gens là et encore moins de l'européiste Macron.
Réponse de le 25/07/2017 à 23:31 :
@JCML
En réalité nous étions les plus forts matériellement en 1940, mais aussi les plus mauvais.
Incapables de comprendre que les Allemands avaient joué à quitte ou double, mais n'avaient pas la logistique pour tourner sans voler notre carburant.
Il n'y a que De Gaulle qui avait pigé ça.

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