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Déficit commercial : 27 milliards ... de raisons de reformer le marché du travail

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 03 mars 2017 à 09:39 - Mis à jour le 03 mars 2017 à 11:11

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C'est par la réforme du marché du travail et la modération salariale que la France pourra regagner en compétitivité et redresser son commerce extérieur. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu

Selon une estimation réalisée par l'institut Ifo, en 2016 le solde de la balance commerciale (biens et services) de l'Allemagne aurait représenté 297 milliards de dollars, soit 9% du PIB. Ce chiffre est encore plus impressionnant comparé aux 245 milliards de dollars de solde commercial de la Chine. L'Espagne et l'Italie, les deux autres grands pays de la zone euro, réalisent eux aussi un surplus de la balance commerciale en 2016. A l'opposé, selon les premières estimations de la Banque de France, le solde de la balance commerciale de la France serait négatif avec un déficit de 27 milliards d'euros, en dégradation de 12 milliards par rapport à 2015.

Ce contraste entre la France et l'Allemagne est saisissant et suscite de nombreuses interrogations, notamment du fait que les deux pays partagent la même monnaie. En effet, la faible performance de la France ne peut donc s'expliquer uniquement par un euro surévalué puisqu'il ne semble pas affecter les entreprises allemandes.

Raisons structurelles

Il y a certes des raisons structurelles. Le taux de natalité allemand est faible depuis de nombreuses années, ce qui fait que la proportion de jeunes dans la population allemande diminue plus rapidement qu'en France, ce qui génère naturellement un plus fort taux d'épargne motivée par la retraite. Si l'on ajoute le fait que l'État allemand est plus économe que l'État français, on peut penser que le surplus commercial allemand n'est que le reflet d'une forte épargne publique et privée qui cherche des placements intéressants à l'étranger.

Mais cette explication comptable n'est pas la seule à considérer.

Taille critique

Le bon sens ainsi que de nombreuses études montrent que le succès à l'exportation est lié à une certaine taille critique des entreprises. En France, les seuils sociaux constituent un frein à la croissance de la taille des entreprises. Le cas le plus flagrant est le seuil des 50 employés qui déclenche l'obligation de mise en place d'un comité d'entreprise qui s'accompagne de coûts significatifs pour l'entreprise. Les entreprises de taille moyenne et intermédiaire allemandes, qui constituent le tissu d'entreprises connu sous le nom de Mittlestand, sont au contraire suffisamment grosses pour couvrir les coûts fixes requis par la veille sur les marchés extérieurs et la fonction d'exportation.

De plus, par leur taille supérieure, elles arrivent à occuper avec succès des positions de quasi-monopole sur de nombreuses niches industrielles, ce qui leur permet d'exporter quelle que soit la valeur de l'euro. Enfin, la lourdeur de la fiscalité associée à la transmission d'entreprises en France rend difficile le maintien d'une entreprise d'une génération de patrons à l'autre, ce qui fait disparaitre un savoir-faire crucial dans la course aux exportations.

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Modération salariale

Dans une union monétaire et encore plus en période de crise, les pays peuvent restaurer la compétitivité de leurs entreprises et soutenir l'emploi en poursuivant des politiques de modération salariale. Cette modération salariale, à interpréter non pas comme une réduction de salaires mais comme une croissance des salaires inférieure à la productivité du travail, stimule à terme la demande de travail et contribue à lutter contre le chômage. Elle rend aussi les produits plus compétitifs et permet au pays de renforcer ses exportations.

Grâce à une vaste réforme de son marché du travail, mise en place par le chancelier socialiste Gerhard Schroeder, l'Allemagne a pu maitriser le coût du travail pendant la récession de 2007-2009 et après. Cette réforme et la politique de modération salariale ont été rendues possible grâce au soutien des syndicats allemands. Après la crise de 2007-2009, l'Espagne et l'Italie ont pris des mesures de modération salariale qui leur ont permis de restaurer graduellement la compétitivité de leurs entreprises. En France, au contraire, le coût du travail n'a cessé d'augmenter pour des raisons structurelles et politiques.

Le problème: la divergence de politiques économiques

Le Pacte de Responsabilité du Président Hollande, qui réduit l'impôt sur les sociétés de manière proportionnelle à la masse salariale est emblématique par son impact sur la hausse des salaires. Avec des politiques qui poussent à la hausse des salaires lorsque nos principaux partenaires commerciaux mènent des politiques de modération salariale, il n'y a aucune chance pour que les PME et ETI françaises retrouvent leur compétitivité prix.

Le problème n'est pas l'euro en soi comme l'affirment les souverainistes, mais la divergence des politiques économiques entre pays disposant de la même monnaie. Il devient donc urgent de s'aligner sur les pays qui ont réussi à restaurer leur compétitivité en rendant le marché du travail plus flexible sous peine de voir s'accentuer le naufrage de l'industrie nationale.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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