Par delà les "bons" chiffres de la croissance française

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(Crédits : DR)
La hausse du PIB au premier trimestre ne doit pas faire illusion. Elle est liée à une consommation dopée par la chute des prix pétroliers, qui pourrait n'être que provisoire, à la dépense publique et à la reconstitution des stocks. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC

Au premier trimestre 2015, la croissance du PIB a été de + 0.6% comparée au dernier trimestre de 2014 et supérieure à la moyenne de la Zone Euro (+ 0.4%). Pour pouvoir se réjouir collectivement de ce résultat, tout aussi inespéré qu'heureux, il faut le comprendre, ce qui amène la question de savoir quelle est la contribution des principales composantes de la demande à la croissance du PIB.
La réponse devrait se trouver dans « Les Informations Rapides : Comptes nationaux trimestriel» de l'INSEE qui propose le tableau « Le PIB et ses composantes en volumes chainées ». Malheureusement, ce tableau n'est pas assez complet. Tout d'abord, à la différence des statistiques américaines du Bureau of Economic Analysis qui indiquent séparément la variation de consommation des ménages, de l'investissement privé, de la dépense publique et des exportations nettes, le tableau de l'INSEE consolide consommation publique et privée d'une part, et investissement public et privé d'autre part. Cela peut avoir un sens comptable, mais cela a peu de sens économique, car les motivations sous-jacentes à ces types de dépenses sont très différentes. Tout particulièrement, cette présentation rend opaque la croissance de la dépense publique, qui devrait consolider consommation publique et investissement public.

Dépense publique et stocks contribuent à la croissance


En second lieu, le tableau de l'INSEE indique les variations des différentes composantes du PIB d'un trimestre à l'autre, mais il n'indique pas la part de chaque composante dans le PIB total. Il est donc impossible d'en déduire « rapidement » la contribution à la croissance de chaque composante de la demande, qui serait aisément calculable si on pouvait multiplier la variation de la composante par son poids dans le PIB. L'INSEE présente seulement les contributions de la demande intérieure totale et du commerce extérieur.
Les dernières « Informations Rapides » indiquent une croissance de l'investissement public de 0.3% et une croissance de la consommation publique de 0.4% pour le T1 de 2015. On en déduit que la croissance de la dépense publique totale se situe entre ces deux valeurs. En fouillant un temps dans les annexes du portail de l'INSEE, on apprend que la dépense publique représente environ 32% du PIB. En conséquence, la croissance des dépenses publiques explique 0.1% sur les 0.6% de croissance du PIB.
La consommation privée représente 61% du PIB. Comme elle a augmenté de 0.8%, elle contribue à hauteur de 0.5% à la croissance. Faut-il voir ici l'effet d'aubaine de la baisse du prix du pétrole ? C'est possible, car l'évolution du marché du travail ne permet en rien d'expliquer cet optimisme apparent. De son côté, la reconstitution des stocks ajoute 0.5% à la croissance du PIB.

Un niveau préoccupant de l'investissement privé

Dans ces conditions, si la hausse du PIB n'est que de + 0.6% est-ce en raison d'une chute de l'investissement privé ? Malheureusement, l'INSEE dans ses informations « rapides » ne le dit pas. Il nous apprend seulement que l'investissement privé des ménages a diminué de 1.4%, tandis que l'investissement des entreprises a augmenté de + 0.2%. Sachant que le poids relatif des deux types d'investissement privé est d'environ 28% pour les ménages et 72% pour l'investissement des firmes, on peut en déduire que l'investissement privé total a diminué de 0,25%. Comme l'investissement privé ne représente que 20% du PIB, cette baisse n'a donc quasiment pas affecté la croissance totale. Ce niveau atone de l'investissement privé est préoccupant.

Détérioration du solde commercial

En revanche, du coté des échanges internationaux, les exportations augmentent de 0.9%, moins vite que les importations, dont la hausse a atteint le niveau extraordinaire de + 2.3% d'un trimestre à l'autre, probablement lié à la dépréciation de l'euro et au renchérissement du prix des importations. Le solde commercial, déjà négatif, s'est encore détérioré, pour gommer encore 0.5% de croissance, ce qui nous permet de retrouver les 0.6% de croissance totale.

Le poids d'une faible compétitivité

Une croissance trimestrielle tirée par une consommation interne dopée par une chute provisoire des cours du pétrole, par la dépense publique et la reconstitution des stocks est loin d'être un signe encourageant. Même si l'effet dévaluation-prix peut être de courte durée, l'accentuation du déséquilibre commercial signale que la France porte toujours le poids d'une compétitivité faible. Cette configuration est inquiétante dans un contexte ou les trois éléments favorables constitués par la dépréciation de l'euro, la chute des cours du pétrole et les taux d'emprunt historiquement bas pour les dettes souveraines ont commencé à s'inverser.

S'inspirer des statistiques américaines

En effet, les cours du pétrole remontent (+40% depuis janvier), les taux d'intérêt à 10 ans sur les dettes souveraines remontent également et l'euro s'est redressé de 7% depuis son point bas à 1,05 dollars. Si le gouvernement comptait sur une amélioration régulière de la conjoncture d'ici aux élections de 2017 permettant automatiquement d'afficher une baisse du chômage et une amélioration du déficit budgétaire qui lui auraient permis de tenir sans réformes structurelles, il risque de voir ses espoirs déçus et c'est tant mieux.
Pour nous permettre de saisir plus facilement les évolutions à venir, nos confrères de l'INSEE seraient bien inspirés de faire figurer dans leurs « Informations Rapides » à coté du tableau de variations du poids des dépenses les poids des dépenses respectives dans le PIB, voir de s'inspirer du format de présentation des données de croissance du BEA, dans laquelle en effet, on peut lire « rapidement » la consommation privée, l'investissement privé, les exportations nettes et surtout... la dépense publique.

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Commentaires
a écrit le 21/05/2015 à 12:10 :
Les bénéficiaires sont les salariés, les actionnaires, les banques, l'Etat ainsi que les entreprises
Après la nature du revenu varie dans les salaires, les intérêts, les dividendes, les impôts ou l'Auto financement...
a écrit le 21/05/2015 à 12:03 :
je m'ennuie fortement #JeM'aime
a écrit le 19/05/2015 à 19:46 :
L'économie, c'est facile. Avec un gouvernement de gauche, les bon chiffres sont mauvais. Avec un gouvernement de droite, c'est le contraire, les mauvais chiffres sont bons.
a écrit le 19/05/2015 à 19:36 :
LE BTP REPART ?LES MAGASINS DE BRICOLAGES TOURNENT A FONT ?LES VENTES DE MEUBLES AUSSI?// EXT EXT// DONC SA VAS DANS LE BON SENS???
a écrit le 19/05/2015 à 16:19 :
La croissance on l'invente, c'est comme le déficit on fait du petit trucage et des petits comptes.
A quand des fonctionnaires d'export, c'est négatif?
a écrit le 19/05/2015 à 16:15 :
Pour les bons chiffres de la croissance, vous parlez de quelle décennie ? On publie que depuis 2008, le pib stagne, et que la croissance est nulle depuis 2012… on oublie l’inflation. Tout le monde n’est pas grand dirigeant de commission, bon mythomane ou bien financier qui fait les poches des ménages français, on n’est pas dans les zélites. Est-on newton qui prend une pomme pourrie sur la tête lampiste comme un umpiste.
Si l'ump a changé de nom, c'est parce que ça cocottait le chômage ou c'est des lampistes pour la question des impôts et de la croissance?
aura-t-on plus d'impôts vu le niveau du déficit?
a écrit le 19/05/2015 à 14:30 :
Un article de grincheux malthusianistes qui perdent leur temps en exégèses des communications imbitables de l'Insee.
Passez en voiture au même endroit à quatre ans d'intervalles : quand vous verrez tout ce qui a changé en aussi peu de temps, vous ne pourrez plus dire qu'il n'y pas de croissance en France.
De toutes façons, le problème n'est pas là : le problème, c'est tous ces gens au chômage qui paient pour le trop d'emplois improductifs.
a écrit le 19/05/2015 à 14:06 :
tous les chiffres sont bidons
a écrit le 19/05/2015 à 12:43 :
à bon !
a écrit le 19/05/2015 à 12:41 :
La croissance c'est pour la spéculation et les comptes du déficit truqué, on fait dans l'âne à dos d'homme au lieu de l'inverse? Pour la croissance, parle-t-on du bon sens et du bon genre? si Galilée condamné par une commission avait raison, il aurait pu demander des indemnités. L'Etat ralentit la productivité et l'innovation. Le PIB est truqué, à quand une ponction pour rétablir la justice? On fait dans la croissance vampire.
La croissance, de 2012 à 2014 y a rien... l'Etat relance-t-il ou bien étouffe-t-il la société, alors qu'on parle suppression de l'éna et du bac?
a écrit le 19/05/2015 à 12:28 :
Je n'ai pas vraiment observé une chute des prix du gazole ces derniers jours à la pompe : au plus bas il était à 0.99€. Il est plus près de 1.18 actuellement. Et comme sur les marchés l'achat se fait en général en devise dollars, on perd à la conversion. Alors de quel pouvoir d'achat parle t'on ?
a écrit le 19/05/2015 à 11:21 :
La récession c'est mal, la stagnation c'est pas terrible et la croissance c'est mauvais signe car c'est bien connu, après le beau temps, la pluie. Les consommateurs français ont bien du mérite de continuer à consommer vu le bain de pessimisme (et de médiocrité, avis perso) dans lequel on les maintient à longueur de temps.
Réponse de le 19/05/2015 à 14:41 :
Tellement d'accord avec vous. A longueur d'articles écrits par des gens qui ne prennent aucun risques et qui ne font que commenter et.... se tromper.
Qu'ils se rassurent ils auront raison à la fin car la vie est une histoire qui se termine toujours mal. Alors d'ici là :)
a écrit le 19/05/2015 à 10:31 :
plutôt que les gens puisent sur leur épargne pour consommer donc la croissance est bien artificielle!
a écrit le 19/05/2015 à 10:07 :
enfin on va pouvoir remanger des croissants le matin ! ça me manquait!
a écrit le 19/05/2015 à 9:24 :
QUELLE CROISSANCE ? LES SALAIRES ONT-ILS AUGMENTE ? NON. ALORS ! DE QUOI ON PARLE ? CROISSANCE POUR LES RICHES ?

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