Du micro-entrepreneuriat au portage salarial, le puzzle du travail indépendant

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OPINION. Avec près de 700 000 créations d'entreprises, un nouveau record a été établi en 2018. Ce chiffre, largement dû à l'essor du micro-entrepreneuriat et des entreprises individuelles, confirme le désir de nombreux français de se mettre à leur compte. Par Hubert Camus, Président du PEPS

Selon un sondage publié à l'occasion du récent Salon des entrepreneurs (1), ils seraient près d'un tiers (28 %) à l'envisager. Mais pas dans n'importe quelles conditions ! Pour plus de la moitié des personnes interrogées, le principal frein est une protection sociale jugée insuffisante.

Pourtant, de ce point de vue, le système français apparaît plutôt complet et équilibré avec trois statuts complémentaires qui offrent une protection en proportion de leurs prélèvements sociaux : le micro-entrepreneur (anciennement auto-entrepreneur), dont les cotisations mais aussi la protection sont les plus faibles ; l'entreprise individuelle classique, qui se situe à un niveau médian ; et le portage salarial, dont les charges et la couverture sont maximales puisque ce sont celles du régime des salariés.

Mais l'indépendant d'aujourd'hui n'est pas l'indépendant d'hier et encore moins celui d'avant-hier, lorsque ces différents systèmes ont été progressivement définis et mis en place. L'artisan et le petit commerçant de jadis ont rejoint les travailleurs de plateformes et les slashers qui cumulent plusieurs emplois. Les consultants chevronnés, capables de monnayer leur expérience, ont été rejoints par une armée de freelances, « ouvriers » des secteurs de la communication et du numérique. Ces nouveaux indépendants, qui souhaitent maitriser leurs risques, n'ont pas nécessairement un goût pour l'autonomie aussi prononcé que leurs aînés, ni les mêmes perspectives économiques et professionnelles, et ils aspirent, certes de façon un peu contradictoire, à davantage de protection tout en maximisant leurs revenus immédiats.

La conséquence de ces évolutions est que les pièces du puzzle sont plus difficiles à ajuster... Dix ans après sa création, le statut de micro-entrepreneur, par exemple, n'a rien perdu sa pertinence économique et sociale. Il répond plus que jamais à des situations professionnelles qui nécessitent un cadre souple et simple : polyactivité de complément, opportunités ponctuelles, expérimentation et premiers pas dans un nouveau métier... Mais, en l'absence d'encadrement en termes de durée et/ou de plafond de chiffre d'affaires, il est de plus en plus dévoyé. Certains employeurs encouragent leurs prestataires à y recourir, voire le substituent à des embauches (au risque d'une requalification), et bien des indépendants eux-mêmes, plus cigales que fourmis, se laissent séduire par un revenu disponible attractif sans toujours mesurer la faiblesse de leur couverture sociale, notamment en matière de retraite.

Le portage, quant à lui, nécessite un niveau minimal de chiffre d'affaires qui exclut de fait certains métiers. Or, au voisinage de ce seuil, il existe une demande importante de la part de professionnels indépendants ou souhaitant le devenir qui sont tout disposés à investir dans une protection sociale renforcée ! Ouvrir le portage, et permettre à un plus grand nombre d'entre eux d'accéder au dispositif, ce serait au bénéfice de la société toute entière puisque leurs cotisations viendraient abonder les régimes généraux. Face à l'évolution rapide du travail indépendant, il convient donc de remettre régulièrement l'ouvrage sur le métier pour recalibrer le système dans son ensemble.

Toutefois, l'enjeu n'est pas qu'une question d'ajustements techniques, de seuils qu'il faudrait abaisser ici et relever là. L'une des clés pour rendre cette architecture du travail indépendant plus opérante est aussi de renforcer la liberté et la clarté du choix. Il faut que les indépendants connaissent mieux les options qui s'offrent à eux et qu'ils en mesurent tous les avantages mais aussi les contreparties afin de pouvoir se décider en toute conscience. Par exemple, la bienveillance dont bénéficie le micro-entrepreunariat a tendance à faire oublier ses dangereuses limites tant individuelles que collectives lorsqu'il y est recouru de façon excessive. Face à cela, les pouvoirs publics ont un rôle fondamental de sensibilisation et d'information à jouer. Pour que le système trouve son équilibre et les indépendants un statut adapté à leurs attentes, ils ne peuvent s'y soustraire, et doivent promouvoir les nouvelles formes d'emploi comme le portage salarial.

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(1) Enquête réalisée par OpinionWay pour l'Union des autoentrepreneurs et la Fondation Le Roch-Les Mousquetaires, janvier 2019.

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Commentaires
a écrit le 01/03/2019 à 9:20 :
"confirme le désir de nombreux français de se mettre à leur compte"

Pas vraiment puisque les bénéficiaires du RSA qui ne veulent pas devenir les esclaves du système ne peuvent que monter leurs entreprises mais comme les banques ne les suivent pas c'est du gaspillage d'énergie générale pour rien.

Si les financiers étaient un temps soit peu éclairés ils s'engouffreraient dans cette tendance qui permet de mettre plein d'indépendants dans la course qui bons ou mauvais de ce fait ne pourront pas réussir car le banquier ne prête qu'aux riches, c'est son dogme auquel il ne touchera jamais.

Maintenant l'essor des réseaux sociaux et l'explosion de la capacité de l'individu à assumer son image vis à vis des autres peut augurer en effet de vouloir devenir indépendant qui pour moi en tout cas est la profession idéale alors que bridée par les financiers mais c'est parce que les gros auront toujours peur des petits en néolibéralisme.

Bref il vaut mieux être prudent au sein du chaos économique néolibéral, trop de paramètres entrant en jeu, l'intérêt prioritaire des mégas riches faussant régulièrement la donne.

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