Elections : pour les américains, c'est faites ce que je dis mais pas ce que je fais

 |  | 679 mots
(Crédits : DR)
Les Américains, qui dénoncent une éventuelle ingérence russe dans leur processus électoral, ont pourtant une longue tradition d'intervention. Par Michel Santi, économiste*

L' "Institute for Politics and Strategy" de l'Université Carnegie-Mellon aux Etats-Unis a tout récemment publié une note analysant les différentes manipulations américaines d'élections étrangères. L'Exécutif US est en effet intervenu une centaine de fois depuis 1946 sur des scrutins hors de ses frontières nationales, le plus souvent à la faveur d'opérations en sous-main effectuées par la CIA, depuis leur succès remporté lors des élections Présidentielles aux Philippines dans les années 1950 à la révélation d'informations ayant nui aux Sandinistes Marxistes à l'occasion des élections de 1990 au Nicaragua. Au total, c'est des élections au sein de 45 pays différents que les gouvernements successifs américains ciblèrent tout au long de ces années, y compris au sein de nations Occidentales considérées «alliées» comme le Japon et l'Italie, où c'est pas moins de quatre élections distinctes dans chacun de ces pays qui subirent l'influence directe des services américains. Et comment oublier l'époque récente ponctuée d'interventions US à répétition dans les élections en Ukraine, au Kenya ou en Afghanistan?

 Peser sur les élections

Que ce soit en faisant appels à tous les outils offerts par la propagande, à la désinformation, à la création de matériels publicitaires pour leurs candidats préférés, à l'assistance financière ou au contraire à l'interruption de toute aide financière, aux menaces proférées à l'encontre des candidats honnis ou au contraire aux éloges dithyrambiques en faveur du candidat coopté, les américains n'ont jamais lésiné à la dépense ni aux efforts dès lors qu'il était crucial à leurs yeux de faire pencher la balance en faveur d'un candidat ou d'un parti. Le coup de pouce décisif prenant souvent la forme de livraison directe et en bonne et due forme de sommes importantes en cash pour peser sur des élections comme au Japon, en Italie, au Liban, ou encore à Malte en 1971 où c'est carrément toute l'économie de la petite île qui fut inondée de liquidités afin de soutenir le pouvoir en place et ainsi faciliter sa ré élection.

Pour autant, nous n'avons pas encore évoqué les expéditions militaires et autres opérations spéciales ayant pour objectif de déposer un pouvoir légalement élu mais ne convenant toutefois pas aux autorités US, à l'instar de la destitution de Mohammad Mosaddeq, démocratiquement élu Premier Ministre de l'Iran en 1953 mais qui fut renversé par un simulacre de coup d'Etat orchestré à partir de Washington...ou de Langley. Est-il nécessaire de remettre sur le tapis le Chili des années 1960 ayant favorisé Pinochet et condamné à l'assassinat un Allende démocratiquement élu? Ou Haïti des années 1990 et les liens étroits entretenus entre les services secrets américains avec les cartels de la drogue? Et enfin, grandiose ironie, la participation active et déterminante des Etats-Unis dans l'élection de Yeltsin en 1990?

 Le passif américain, en matière d'ingérence

Dès lors, comment ne pas sourire au tumulte gigantesque suscité et porté à une échelle planétaire par l'administration US face aux allégations de cyber attaques russes ayant abouti à l'élection de Donald Trump? Ou à la dramaturgie de l'expulsion des diplomates russes en guise de mesures de rétorsion? Car c'est bien les Etats-Unis -bien plus que la Russie et que tout autre pays au monde- qui ont un long et lourd passif d'ingérence, de sang versé et de vies humaines sacrifiées au cours d'interventions et de manipulations d'élections démocratiques hors de leurs frontières.

*Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est conseiller en investissements sur le marché de l'art et Directeur Général d'Art Trading & Finance. Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence".

Dernière parution chez « Lignes de repères » : « Plus de Capital au XXI è siècle », préfacé par Philippe Bilger.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/01/2017 à 17:45 :
La France aussi en Afrique a brillé par ses ingérences dans la choix des dirigeants, mais ça c’était avant.
a écrit le 09/01/2017 à 16:49 :
Les services spéciaux US n'ont visiblement pas été a la hauteur de leur réputation! Et Mr Obana leur casse la baraque!
a écrit le 09/01/2017 à 16:17 :
Je suis d'accord tout ceci est incohérent et surtout n'est pas en harmonie avec la finesse diplomatique américaine qui a plusieurs coups d'avance en général.

Obama met une grosse pression sur Poutine alors qu'il va partir bientôt, il aurait très bien pu lui mettre avant il a gouverné pendant 8 ans tout de même Poutine n'était pas meilleure que maintenant peut-être pire même.

A mon avis cela n'a rien à voir avec ce que ça veut paraitre tout ça.
a écrit le 09/01/2017 à 15:51 :
C'est vrai que c'est l'hôpital qui se moque de la charité, reste que ça ne légitime pas le piratage.
a écrit le 09/01/2017 à 15:18 :
Sans absoudre les USA, on peut quand meme dire que les russes ont eux aussi un sacré passif: c est quand meem eux qui ont imposés les communistes au pouvoir dans tous les pays "libérés" par l armee rouge. Et ca c est pas fait dans la douceur (cf coup de prague) ou plus tard en 58 (hongrie) ou Tchécoslovaquie (68)

Et pour rester en france, bous soutenons des potentats africains par des methodes peu reluisantes (bon d un autre coté ceux ci arrosent nos dirigeants si bien qu a final on saitplus tres bein si c est la france qui dirige l afrique ou les tyran africains qui dirigent la france (si vous etes dans le deni, pensez un peu au Quatar)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :