Chômage et impôt : une schizophrénie française

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Deux maux semblent plus que d’autres accabler la France, son économie et sa société : trop de chômage ; trop de prélèvements obligatoires. De fait, le pays est un champion des seconds, et enregistre un taux de chômage peu enviable au regard de la plupart de ses concurrents directs.

Dans les deux cas, les résultats français sont tout sauf surprenants. Ils sont même le résultat direct de choix assumés et rarement remis en cause. D'où une forme de schizophrénie qui paraît insurmontable, et qui n'est presque jamais au cœur du débat public.

Ainsi, la France a fait le choix de rendre obligatoire plus que nulle part ailleurs l'essentiel de la protection sociale. Là où elle est davantage facultative, donc privée, autour de nous. Pour financer cette protection sociale obligatoire sans équivalent, il faut dégager des prélèvements de même niveau. C'est exactement ce qui explique le différentiel d'impôts et de cotisations de toute nature entre la France et la plupart de ses voisins, comme le montre le graphique ci-dessous.

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Cela ne veut pas dire que dans les autres pays il y aurait un secret que la France ignorerait pour faire face à moindre coût aux dépenses de maladie, de retraite, de famille ou de chômage. Mais simplement qu'en France, on a imposé à tous une large couverture publique contre ces risques. Là où l'effort privé facultatif est beaucoup plus important ailleurs. Sans remettre en cause ce choix de socialisation très élevée de la protection sociale, sans privatiser celle-ci en partie, la France ne peut donc que constater un surcroît de prélèvements obligatoires qu'aucun plan d'économie ou de bonne gestion ne suffira à combler.

Le choix du "surchômage"

De la même manière, le surchômage français est largement un choix. Celui d'une protection élevée du contrat de travail à durée indéterminée, dont le coût de rupture reste élevé et incertain. Mais aussi la conséquence du refus de certaines formes d'emploi jugées trop précaires, comme les temps partiels courts. En s'ingéniant à rendre hasardeux et difficile l'embauche en temps partiel de moins de 24 heures par semaine, en prévoyant une série de contraintes sur les contrats courts, la France crée moins d'emplois de cette nature que des pays qui ont, comme avec les minijobs allemands, démultiplié les emplois peu qualifiés malgré une croissance modeste.

Là aussi, la France ne peut espérer que son taux de chômage descende au niveau des pays développés les plus performants sans évolution radicale du droit du travail. Donc sans remise en cause de son rapport à ce qu'elle nomme la précarité de l'emploi. Tous les ersatz de solutions passant par des emplois aidés, de la formation à gogo ou des revitalisations subventionnées de bassins d'emploi ne donneront pas de meilleurs résultats que par le passé.

En somme, pour les impôts comme pour le chômage, la France a exactement les résultats qu'elle mérite compte tenu de choix fondamentaux qu'il semble impossible à contester : une protection sociale couvrant tout et tous, plutôt qu'un filet de sécurité des plus modestes ; un droit du travail qui, malgré les CDD courts et l'intérim, reste très protecteur du plus grand nombre en CDI et refuse d'ouvrir les vannes des petits jobs.

De tels choix peuvent après tout s'entendre s'ils résultent d'un processus démocratique éclairé, du libre arbitre d'un peuple qui en assume les bons et les mauvais côtés. Après tout, les conséquences de ces orientations sur le niveau de la croissance et les performances économiques globales restent discutées et ne sont pas évidentes.

Mais en revanche, penser que tout et son contraire sont compatibles ne peut qu'engendrer la sinistrose collective dans laquelle la France semble plongée depuis si longtemps. La jérémiade française sur le chômage de masse et les impôts trop lourds doit cesser par la remise en cause résolue ou au contraire l'acceptation éclairée des choix de société qui les expliquent.

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a écrit le 03/04/2017 à 15:53 :
Article ecrit par un journaliste qui ne connait rien a la structure de la dette francaise. Depense de fonctionnement de l etat 70% .Securite social 20%. Autres 10%.
Rythme de re-endettement par OTA sur 2 5 et 10 ans, environs 180 milliards par an. Si demain les taux remontent le pays est mort et l etat est obese.
a écrit le 03/04/2017 à 14:39 :
la "démocratie" (faut le dire vite) française est piégée par des élus qui entretiennent un électorat d'assistés en tous genres qui sont maintenant: 26% (Mélenchon + Hamon) + 25% (Macron = Hollande sans bedaine et avec des cheveux) soit une majorité de 51%. On en sortira par la ruine de la France quand les taux d’intérêt remonteront.
a écrit le 03/04/2017 à 9:52 :
Faudra-t-il une nouvelle guerre suivie d'un nouveau Conseil National de le Résistance pour réaffirmer des choix qui ont juste à voir avec l'humanité? Les prélèvements pourraient être "légers" pour tout le monde si la rentabilité du capital ne partait pas exclusivement dans quelques poches déjà bien pleines, ou dans les paradis fiscaux après évasion fiscale. Moins disant fiscal, allègement des charges, mini-jobs... des mesures qui contribuent à améliorer la rentabilité du capital et les conséquences énoncées ci-dessus. Résultat, plus de précarité, plus de misère. Mélenchon l'exprime très bien, il remet au goût du jour la lutte des classes... et il monte dans les sondages.
a écrit le 03/04/2017 à 8:43 :
Sauf que parler d'absence de chômage du fait des petits jobs, c'est perdre le but du travail : pouvoir en vivre. A force de se limiter aux stats, on oublie les manipulations et surtout les humains derrière... Les fameux pays développés les plus performants cachent leur chômage avec des petits jobs (et ont bizarrement en général une proportion bien plus importante de leur population en situation d'handicap dispensée de recherche de travail...) : ce n'est pas pour ça que leur situation est plus idyllique que celle de la France. A le croire comme dans cet article, les médias se condamnent à ne pas comprendre le brexit ou la montée des extrêmes dans ces fameux pays modèles. En ce qui concerne la protection sociale, si on prend la santé, celle-ci nous coûte juste beaucoup moins chère que la protection santé privée des usa. Pour comparer on devrait additionner les prélèvements sociaux et les dépenses privées pour les mêmes services, sinon, cela n'a aucun sens...
a écrit le 03/04/2017 à 7:30 :
La solution existe. Elle consiste à financer les charges sociales par une contribution de l'énergie. Cela revient à appliquer la note n°6 du conseil d'analyse économique et de rétablir l'équité par une allocation universelle. Il faut agir jusqu'à un point d'équilibre. L'auteur de l'article doit continuer à expliquer cette solution.
a écrit le 03/04/2017 à 7:05 :
les prélevement ne sont QUE des preuves d'incompétence et d'incurie de ceux qui nous gouvernent depuis des décénnies !
C'est tellement plus facile de taxer que de faire preuve d'inventivité !
Réponse de le 03/04/2017 à 7:40 :
L'incompétence consiste à ne pas faire la différence entre les prélèvements sur la production à la charge des clients y compris à l'étranger, et les prélèvements sur la consommation à la charges des utilisateurs. Merci.
a écrit le 02/04/2017 à 23:32 :
d'après le Bloomberg healthcare Efficiency, la France dépense $5000 par tête en santé contre $9700 en Suisse (coût le plus élevé). la France devance la Suisse (et tous les autres), avec une certaine marge, dans l'étude Eurostat sur les morts évitables...
taux de pauvreté des retraités français de 7% contre 27% pour les suisses (Eurostat).
taux de fécondité suisse faible depuis au moins 40 ans (Banque Mondiale). parce-que la protection sociale est très chère, comme tout le reste, en Suisse...
faible fécondité : d'ou un chômage faible. et la Suisse va donc "voler" la ressource humaine (déjà éduquée) aux autres...
et les ménages suisses sont endettés à hauteur de 125% PIB. contrepartie d'une dette publique limitée. sur les finances publiques, noter que la Suisse a un taux d'investissement public inférieur à celui de la France de 0,5 à 1 point de PIB depuis au moins 15 ans (Eurostat) et que la dépense de Défense est très inférieure à la nôtre (SIPRI).
la France se débrouille pas trop mal sur les prélèvements/dépenses.
sur le chômage, il faut prendre en compte notamment la démographie française assez dynamique, la conjoncture de ces dernières années (dégonflement de bulle immo/construction qui a tiré l'activité/emploi vers le bas), la frilosité des Français et leurs entreprises. avoir 37,6% de temps partiel comme en Suisse (double du taux Français : Eurostat, année 2015) aiderait probablement.
Réponse de le 03/04/2017 à 10:48 :
c est vrai que vous avez que 7 % de retraites pauvres en France. Mais plus de 20 % de jeunes. Ce qui est tout a fait logique vu que la France a choisit de privilegier les vieux et de planter les jeunes (chomage eleve, cdd, travail mal payé, politique du logement cher, taxation forte du travail mais plus faible du capital ).

PS: amusant que vous choisissez la suisse comme contre exemple. C est vraiment un pays ou regne la misere ;-). J ai encore jamais vu un retraité suisse faire la manche ou dormir dans sa voiture. Et si les francais, allemand ou italiens vont travailler en Suisse, c est pas parce que la suisse pompe la jeunesse francaise, c est simplement qu en france on lui offre le chomage ou au mieux le smic comme avenir. Une caissiere chez Lidl en suisse gagne autant qu un inge en france (environ 3000 €)

PS: l endettement prive suisse est en parti lie a des raison fiscales. Les Suisses ont un impots sur l immobilier. donc il est fiscalement interessant de ne pas etre proprietaire mais de devoir rembourser un credit car vous pouvez en deduire les interets
Réponse de le 03/04/2017 à 11:49 :
je sais : bla bla bla...
comme indiqué ci-dessus, le système social français est meilleur (santé, politique familiale, retraite...).
les 25-34 ans français sont 10% à vivre chez les parents contre 13,7% en Suisse, 16% au UK, 19% en Allemagne/Belgique, 22% en Irlande, etc... (Eurostat). la situation des jeunes n'a pas l'air si mauvaise.
d'ou un taux d'émigration bien plus faible que la Suisse, notamment chez les très qualifiés/highly educated (OCDE, "Connecting with Emigrants) et une part des citoyens basés à l'étranger très faible comparée à la Suisse (https://www.weforum.org/agenda/2016/03/which-countries-are-the-biggest-exporters-of-their-own-citizens/) ?
et une part des nationaux dans les immigrés bien plus élevée en France (http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Migration_and_migrant_population_statistics) ?
a écrit le 02/04/2017 à 21:11 :
La protection sociale est sans limite. Ce qui n'est pas le cas de son financement. La France a été trop loin et ne sait pas revenir à un juste milieu. Une partie des français bénéficie d'une protection sociale qui est proche de la rente de situation financée par la dette et les classes moyennes et supérieures. Ces classes quand elles le peuvent préfère quitter cette galère pour d'autres cieux plus cléments. Heureusement qu'il y a l'Europe sinon la France aurait déjà sombré sous le chomâge et la dette.
Réponse de le 02/04/2017 à 22:12 :
Au moins, vous n'avez pas honte de votre choix... Mais, chez les expats professionnels, on n'aime pas beaucoup...et même pas du tout... Ne revenez pas vous faire soigner en France, vous qui refusez la solidarité entre compatriotes...
a écrit le 02/04/2017 à 20:54 :
les prélèvements obligatoires seraient moins élevés s'ils étaient effectifs et pour tous, y compris les élus. Les soins médicaux devraient être réservés aux résidents réguliers depuis 10 ans. Quant aux retraites, il serait logique de les réserver aux résidents sur le territoire Français et que, comme des indemnités de chômage, elles soient versées par la collectivité en tant que revenu universel décent.
a écrit le 24/03/2017 à 10:05 :
Ce tableau est illisible, ce n'est jamais bon signe, en général c'est que notre pensée n'est pas claire, notre compréhension pas aboutie quand on n'arrive pas à correctement exprimer sa pensée.
Réponse de le 02/04/2017 à 20:11 :
@Au Blasé
Pour moi c'est très clair, mais quand on ne veut pas voir...
Réponse de le 02/04/2017 à 22:08 :
C'est évidemment très clair : la fiscalisation de la protection sociale est un choix politique, somme toute parfaitement admissible : Résultats, des prélèvements obligatoires élevés. De même, un chômage élevé est le résultat d'une option politique : rappelez-vous, "le traitement social du chômage". On a choisi de "traiter" i.e. Soigner socialement, plutôt que combattre le chômage. A partir de la, il faut l'expliquer aux français, tout en s'efforçant d'améliorer les choses. Donc, article parfaitement justifié !!!

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