Et si on évitait de construire de nouvelles lignes Maginot, pour s'adapter aux risques climatiques ?
Antoine Denoix

Photo d'illustration
MOHAMED ABD EL GHANY
Antoine Denoix

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MOHAMED ABD EL GHANY
Adaptons-nous aux risques futurs !... pas aux risques passés. 14-18 était une guerre lente, de position. C'est de cette conception passée que la ligne Maginot est née. Pour les risques climatiques, regarder dans le rétroviseur a peu d'intérêt. Les sécheresses, tempêtes et vagues de chaleur touchent des territoires différents, avec des fréquences et des intensités inédites. Les risques climatiques futurs n'évoluent pas de façon linéaire, mais par paliers, avec son lot d'imprévisibilité.
Les Allemands ont contourné par les Ardennes. Ils ont même utilisé la ligne Maginot... contre les alliés, à la fin de la guerre ! Pour les risques climatiques, évitons la maladaptation, celle qui déplace le problème ailleurs. Un exemple ? Pour répondre aux chaleurs, nous misons avant tout sur la climatisation... or, pour la faire fonctionner, il faut de l'énergie, donc des fossiles, donc des émissions CO2, donc plus de chaleur...
La devise de la ligne Maginot, c'était "on ne passe pas". Pour les risques climatiques, il faut accepter que ça va passer, et plutôt réfléchir à faire avec. Les Pays-Bas ont choisi progressivement de favoriser (aux digues !) des surfaces littorales ensauvagées, pour permettre de faire tampon en cas de submersion marine, tout en permettant à la biodiversité de se développer quand la mer se retire.
La ligne Maginot est le résultat d'une grande planification centralisée, depuis la capitale. Pour les risques climatiques, privilégions les décisions locales, car le risque est différent à quelques kilomètres près. Un exemple ? Dans certains territoires, les bassines de rétention sont nécessaires, d'autres non. Ça dépend du contexte hydrologique, social et économique du lieu précis.
La ligne Maginot, c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup de béton. Et l'extraire, c'est une grosse dette écologique. Pour le coup, difficile de faire autrement à l'époque, pour les risques militaires. Mais pour les risques climatiques, privilégions le végétal. Il sert à la fois à nourrir, à rafraichir, à conserver le carbone. Au contraire du béton, qui retient l'eau, et provoque des inondations. Dubai peut en témoigner...
Réussir notre adaptation climatique, c'est œuvrer à la résilience d'ensemble des territoires, sur toutes ses dimensions (sociales, économiques, climatiques), car tout est lié. Haut les cœurs pour une adaptation végétale, locale, systémique... et pas uniquement défensive !
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Antoine Denoix