Fake News : un défi pour les communicants plongés dans l'ère de la post vérité

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La montée en puissance des Fake News est un défi pour les communications mais peut être en fait une opportunité pour les media traditionnels, qui pourraient les contrer. Par Florian Silnicki, Expert en stratégies de communication et Fondateur de l'agence LaFrenchcom

Ces derniers mois, les Fake News se sont imposées avec force sur les réseaux sociaux. Le président élu américain Donald Trump en a même fait une stratégie de communication politique revendiquée pour consolider son image de candidat anti-système les propulsant dans le débat public.

La Fake News existe de tout temps. Pourtant depuis 2016, elle a quantitativement explosé et s'est qualitativement améliorée en se parant des habits traditionnels de l'information, se dissimulant toujours plus habilement pour mieux tromper. Sans doute est ce la conjonction particulière de la présence toujours plus grande des Français sur les réseaux sociaux, de la défiance toujours plus importante envers les médias et d'une succession d'échéances électorales.

 Mener une lutte infaillible

La Fake News est avant tout une fausse nouvelle qui peut être manifestement fausse ou volontairement trompeuse et exagérée présentée comme vraie par une source se présentant souvent comme un média libre et se revendiquant être digne de confiance.

C'est en s'attaquant sévèrement à ce tiers de confiance, à ce médiateur social indispensable que sont les médias que les Fake News abiment le lien démocratique. Le défi démocratique impose désormais la guerre de l'opinion publique et donc la bataille des Fake News contre lesquelles une lutte infaillible doit être menée.

Longtemps, ces Fake News ne visaient qu'à consolider un cercle de convaincus, un clan social, une communauté religieuse, un camp politique, derrière une cause ou un leader. D'abord, l'apanage des complotistes, de la fashosphère et de sites humoristiques qui vendent leur audience comme une régie publicitaire à travers la publication de "putes à clics", ces Fake News ont rapidement dépassé ces cercles confidentiels pour conquérir tous les cercles concentriques des internets par capillarité et fluidité du lien digital.

 Mutation de la propagande

Plus qu'une rumeur, moins qu'une information, ni téléphone arabe ni chuchotement chinois, ces Fake News ne sont rien d'autre que de fausses allégations construites à des fins plus ou moins avouées et avouables. Elles sont une sorte de mutation de la propagande nouvelle formule. Elles visent aussi souvent à discréditer des marques et à salir des personnalités publiques. Quand de fausses informations, propulsées par des algorithmes, comme ceux de Facebook ou Twitter trônent au sommet des tendances des débats ou de l'actualité et sont repris par les médias ou le personnel politique traditionnels, cela nuit non seulement à la sincérité du débat démocratique mais constitue un véritable cancer de la démocratie. Il va pourtant falloir composer avec cette nouvelle donne.

 En très peu de temps, ces fausses informations peuvent aujourd'hui avoir un impact considérable sur l'opinion publique. Les Fake News alimentent les fantasmes les plus étranges et les rumeurs les plus dangereuses. L'opinion publique n'y est pas insensible ce qui oblige tant les acteurs privés que les acteurs publics à les veiller et parfois à y répondre. Nombreuses sont désormais les organisations et les personnalités à ouvrir une page dédiée à la décontraction de cette intox omniprésente.

 Défiance à l'égard des media

Si ces Fake News ont pris autant de place c'est avant tout en surfant sur la défiance de la population à l'égard des journalistes et des médias traditionnels. Soupçonnés d'être un "système" qui ne "dit pas la vérité" ou qui est "trop complaisant avec les puissants", nombreux sont les Français à aller chercher une source d'informations alternative. C'est là, qu'ils tombent sur ce qui semble de l'information alternative mais qui n'est que de la fausse information.

Cherchant la réalité, ils tombent dans un tonneau des Danaïdes conspirationniste affichant la plupart du temps la bannière rassurante de la "réinformation".

 Un opportunité pour les media

La Fake News, c'est le village potemkine de l'information. Ça a l'odeur du journalisme, ça a l'apparence de l'information, mais ce n'est en réalité qu'une histoire construite pour tromper son lecteur, incitée à la partager. Le journalisme est aujourd'hui un allié considérable face à cette désinformation construite. Les Fake News sont sans doute une opportunité pour les médias traditionnels qui sont conduits à se renouveler. Le fact checking était une première étape de renouvellement. L'anti Fake News en est sans doute une autre. Les géants du web ont aussi un rôle considérable puisqu'ils organisent l'information et choisissent ce qui est présenté ou non à leurs membres.

 Dans notre monde où l'information nait aussi vite qu'elle disparait, dans un environnement où les pressions médiatique et digitale sont de plus en plus fortes, les décideurs publics et privés avaient déjà perdu une grande partie du contrôle de leur image, il leur faut aujourd'hui faire face à une nouvelle menace qui constitue potentiellement une arme de destruction massive de réputation.

 Au fond, Edwy Plenel, le cofondateur de Mediapart s'était bien trompé en affirmant aussi vulgairement que caricaturalement que « Les communicants sont un poison pour la démocratie », ils peuvent en être l'un des efficaces remparts puisque leur revient tout à la fois le devoir de combattre et celui de montrer le vrai visage de ces discréditantes Fake News qui servent toujours les intérêts de quelqu'un. Aux côtés des personnalités publiques et des entreprises, les communicants élaborent des boucliers pour se protéger et combattre la montée de ces fausses nouvelles. Jamais les stratégies des communicants n'ont été aussi utiles pour vérifier les faits et combattre la désinformation ambiante. Ils ne sont pas un poison pour la démocratie, ils en sont une composante à part entière.

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Commentaires
a écrit le 10/04/2017 à 17:38 :
Il est aussi assez simple de constater que les lecteurs, gavés d'infos dont un paquet de superflu, font un tri de plus en plus sélectif. Et, finalement obligés de réfléchir, se rendent compte de la part de plus en plus grande de propagande qu'ils ingurgitent... Vous vouliez aller loin, vous êtes allé trop loin. Notez, comme filiale du capitalisme maintenant mondial, fallait pas attendre autre chose, non plus.
a écrit le 10/04/2017 à 15:39 :
Les 2 commantaires plus bas me semblent pertinant. Certes il y a des fake news sur le net. Mais c'est idem dans les médias traditionnels. Ex dans le nucléaire : Tchernobyl, St Laurent des Eaux, le fait que la France à fait capoté les négociations sur la sortie du nucléaire en Europe (rien ou du pipeau sur TF1 ou A2). A force de ne pas être crédible sur certain sujet, on peut se demander si tout est traité de la même façon: Avec un fort parti pris et non un point de vu journalistique neutre.
a écrit le 10/04/2017 à 14:57 :
Qu'attendre d'autre de la part d'une société privée dont le fond de commerce est l'information que de s'attaquer sans exemples, arguments et auto-critiques (minimum pour prétendre à de l'objectivité) aux "concurrents".

Je suis lecteur de média "alternatif". Je suis prêt à admettre qu'il existe des "fake news". Mais je ne peux que constater que l'information disponible dans les médias principaux ne me permet absolument pas d'avoir accès à une information de niveau satisfaisante.

Aujourd'hui je constate dans les grands journaux :
- Pas d'objectivité (exemple flagrant avec les élections)
- On pose comme des faits ce qui sont en fait des choix (en économie très souvent)
- Toujours les mêmes "experts"
- Aucun équilibre entre la "publicité " de l'information fausse dans les grands médias et sa correction si besoins (piratage du réseaux électrique par les russe ?)
- Choix des sujets (Fraude fiscale coûte plus de 100 fois plus que la fraude social. On regarde leurs temps de traitement dans les médias ?)
ETC.

La première étape pour que les citoyens voulant s'informer "reviennent" vers les grands médias est une amélioration importante de l'offre des médias. Quand est-ce qu'ils en parlent ?
a écrit le 10/04/2017 à 13:46 :
Vous faites une critique de l’information sur internet sur latribune.fr qui est un site remarquable sur lequel on lit de bien meilleures informations que dans tous les médias de masse réunis qui semblent avoir complètement oubliés d'informer le téléspectateur, avouez que c'est contradictoire comme contexte.

Par ailleurs vous faites une critique de ces informations sans ne jamais remettre en question une seule fois la crédibilité de ces médias classiques, appelons les comme cela, alors que pourtant fortement critiquables. Souvenez vous des armes de destructions massives de sadam hussein, cause reprise par tous les médias de masse sans une seule nuance et qui a permis de massacrer des centaine de milliers d'irakiens.

Le traite constitutionnel européen également en 2005, tous les médias nous ont dit que nous devions voter pour alors que nous voyons actuellement qu'il a accélérer le phénomène de paupérisation européenne, le peuple français à eu raison de voter contre, l'oligarchie dans le silence médiatique le plus complet nous l'a fait passer quand même en force.

Je me souviens de ces pompiers qui s'étaient fait caillassés dans une cité et que tous les médias ont montré afin de prouver que dans les cités ce n'était que des sauvages, des "bamboulas" à qui ont peut faire rentrer une matraque dans le rectum, c'est normal. Or lorsque la justice à prouvé que les pompiers avaient mentie, l'ayant reconnu eux -même, la couverture médiatique de cette dernière était 100 fois moins importante que la première mensongère.

Et les cas sont pléthores, on pourrait y passer l'année. Bref comme le dit l'expression vous regardez la paille dans l'oeil du voisin avec une poutre dans le votre.

"l'ère de la post vérité"

expliquons ce terme, avant internet c'était les médias de masse classique, la télé, la radio, les journaux et depuis internet on parle de "post" vérité ce qui veut dire que les médias et tous leurs nombreux consultants affirment être donc la vérité.

C'est une expression particulièrement détestable et, quand on voit que les journalistes critiquent un Poutou parce qu'il s'habille mal on peut être sûr que non seulement ces gens sont particulièrement vaniteux mais en plus complètement conditionnés par le dogme néolibérale qu'ils rabâchent sans cesse.

Au secours.

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