Faut-il relancer l'économie par la dette publique ?
Olivier Passet, Xerfi

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Concernant la dette publique on est sorti du débat interdit, pour paraphraser Jean-Paul Fitoussi. Finie la litanie anxiogène, de la faillite imminente des États, véhiculée par nombre d'économistes dans les années 2000 : le fameux effet boule de neige qui allait plomber les générations futures. Le seuil de 90% du taux endettement qui jouerait comme butoir à la croissance. Les taux sont à des niveaux historiquement bas. Et en dépit de la montée de l'endettement publique dans les pays avancés, les charges d'intérêts n'ont jamais été aussi faibles pour les États. De plus en plus de voix, respectées, relayées au plus haut niveau, s'élèvent pour souffler que l'endettement public n'est pas forcément nocif. Face à cela, s'élève toujours un discours modérateur... attention au retour de flamme si les taux venaient à remonter... Mais le sermon rigoriste, n'a plus la même fougue.
A vrai dire, le message véhiculé par Olivier Blanchard, Lawrence Summers et bien d'autres, est bien plus mesuré et élaboré que ne le suggère ma première formulation. Sa force tient au fait qu'il tire sa légitimité d'une lecture orthodoxe de l'économie, et qu'il ne s'agit pas seulement d'un propos opportuniste, appelant à profiter du prix cassé de la dette...
Pour Olivier Blanchard, c'est d'abord le contexte de taux d'intérêt inférieur au taux de croissance qui est mis en avant. C'est historiquement la norme note-t-il. Et cette configuration fait que l'accroissement de la dette, ne nécessite pas forcément le recours à une augmentation future des impôts pour stabiliser le taux d'endettement. De surcroît, au niveau où se situe le coût de financement de l'État, la balance coût/avantage de la dette est positive même si elle n'est pas à la hauteur de celle d'un investissement privé (pour simplifier à l'extrême la formulation) et nous sommes dans une conjonction économique, qui majore l'effet multiplicateur des dépenses publiques...
Bref, l'augmentation de la dette publique, n'est peut-être pas optimale, mais c'est un moindre mal. Et Summers ajoute à cela, que dans le cas américain, l'urgence réside aujourd'hui dans le sous-investissement social et celui dans les infrastructures, la priorité ayant été donnée jusqu'ici aux baisses d'impôts. Or il est plus urgent de combler aujourd'hui le sous-investissement social et infrastructurel que de stabiliser la dette. D'autant que les marchés seront prompts à déclencher l'alarme s'ils sont préoccupés par la dette... tandis qu'aucune alarme ne signale le sous-investissement chronique.
Il ne s'agit pas à proprement parler d'une apologie de la dette. Plutôt d'un discours mesuré pour dire qu'elle n'est pas nécessairement mauvaise. Avec en arrière-plan, un diagnostic sur la nature des déséquilibres contemporains .
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Le propos reste néanmoins très macro... très indémontrable. Mettre la baisse des taux sur le compte d'un excès d'épargne... reste une interprétation débattue. Miser sur la durée du phénomène relève du pari.
L'idée de bonne dette, est finalement plus aisée à matérialiser lorsque l'on s'interroge la destination de la dette. Côté réchauffement climatique, on sait,
Côté européen s'ajoute la question de notre vassalité numérique, qui engage aussi notre capacité à extraire de la valeur et notre croissance potentielle future.
Bref, la bonne dette existe en théorie, sauf qu'en arrière plan, il y'a tout l'enjeu autrement plus ardu de la gouvernance publique et de la réappropriation du calcul socioéconomique par les États qui sous-tend la mise en œuvre de ces investissements. Or là-dessus, les économistes restent silencieux.
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Xerfi Canal, le médiateur du monde économiqueOlivier Passet, Xerfi