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FIRE : le retour du capital, si je veux

Cécile Philippe

Publié le 08 novembre 2019 à 08:28 - Mis à jour le 08 novembre 2019 à 09:25

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OPINION. Surtout populaire en Amérique du nord, le mouvement FIRE (Financial Independance, Retire Early ou « indépendance financière, retraite anticipée ») vise à obtenir une indépendance financière pour devenir libre au plus tôt et contrôler ses choix de vie. Ce qui implique diverses stratégies d'épargne et d'investissement, notamment en Bourse. Par Cécile Philippe, Institut économique Molinari.

FIRE est l'acronyme de Financial Independance, Retire Early ou « indépendance financière, retraite anticipée ». C'est un mouvement né aux Etats-Unis avec la publication, notamment, en 2010 de Early retirement Extreme de Jacob Lund Fisker. Depuis, le phénomène s'est répandu au travers de blogs, de podcasts et de livres. Parmi les plus populaires, on trouve le blog de Mr. Money Mustache, celui de Millennial Revolution, le podcast de Choose FI, les livres de Jim Collins (The Simple Path to Wealth), de Kristy Chen (Quit like a Millionaire) ou encore le tout dernier né Choose FI: Your Blueprint to Financial Independence. Cette littérature abondante permet de se familiariser avec ce mouvement qui place en son cœur un certain nombre de valeurs, en particulier celle de la capitalisation.

Divers courants

Au fil des lectures sur le mouvement FIRE, on découvre qu'il existe évidemment toutes sortes de courants en son sein et qu'il existe naturellement autant de manières de vivre son indépendance financière que d'individus. Jacob Lund Fisker a choisi de pratiquer la frugalité à un niveau que certains jugeront comme extrême. Les trois auteurs de Choose FI présentent l'entrepreneuriat comme moyen d'augmenter ses revenus, tandis que Jim Collins ou Kristy Chen expliquent en détails les stratégies de placement à mettre en œuvre. Leur point commun : pour gagner en liberté, l'accumulation d'épargne est un moyen décisif car elle desserre la contrainte de devoir travailler sans relâche en échange d'un revenu. C'est une évidence puisque la rente est une source de revenu différente.

Déjà, un certain Jean Jaurès...

Cette réflexion est nécessaire pour ceux aspirant à trouver ou retrouver un certain degré de contrôle sur l'organisation de leur temps, ou s'inquiétant de la retraite par répartition. Le mouvement FIRE fait écho, à un siècle d'intervalle, aux propos de Jean Jaurès présentant l'épargne comment moyen de devenir indépendant. Dans le journal l'Humanité dont il a été le cofondateur, il expose comment la capitalisation « en soi est parfaitement acceptable » et peut constituer « un gage plus certain, une base plus solide » pour l'assurance retraite. Pour le cofondateur du Parti socialiste français (1902), la capitalisation « peut même, bien maniée, par un prolétariat organisé et clairvoyant, servir très substantiellement la classe ouvrière ». En effet, en rendant la classe ouvrière « à la fois capitaliste et salariée », elle lui permettrait de recevoir « tout le produit social qui résulte de la mise en œuvre de ce capital par le travail ouvrier ». En permettant au salarié de devenir épargnant, elle lui donnerait les moyens de préparer ses vieux jours tout en s'appropriant une partie du rendement du capital.

La gestion passive en finance

Les membres du mouvement FIRE ne sauraient dire mieux. Grâce à l'épargne, ils veulent pouvoir prendre leur « retraite » le plus rapidement possible en vivant des fruits de leur travail et du rendement des marchés financiers. Pour ce faire, il faut évidemment avoir des revenus et en épargner une partie. Les deux volants de cette équation font l'objet d'une littérature abondante. Celle sur l'épargne a un intérêt majeur, celui d'expliquer la gestion passive en finance.

En effet, quiconque n'est pas versé en placements financiers se laisse intimider par l'ampleur et même l'impossibilité de devenir expert en la matière. Faute de mieux et par peur de faire des bêtises, on s'en remet au livret A ou à un conseiller financier. Seulement, le premier ne rapporte pas et le second rapporte peu en raison de frais de fonctionnement se surajoutant à la fiscalité. On se retrouve au point de départ : comment créer un capital qui rapporte sans pour autant être expert ?

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La littérature FIRE expose la stratégie de gestion passive qui, comme son nom l'indique, propose de suivre le marché sans faire de pari pro actif. La gestion passive consiste à placer son épargne dans des fonds indiciels qui répliquent des indices boursiers spécifiques comme celui du CAC 40. Sans entrer dans une multitude de détails, quelques éléments sont importants à comprendre.

L'innovation de John Bogle

La gestion passive a connu un essor formidable sous la houlette de John Bogle (surnommé Jack), créateur de la société Vanguard en 1975. Cette société a la spécificité d'appartenir à ses clients, à l'image d'une mutuelle, et d'opérer à prix coûtant. Comme l'explique Jim Collins, « en tant qu'investisseur dans les fonds Vanguard, votre intérêt et celui de Vanguard sont précisément les mêmes. La raison est simple. Les fonds Vanguard -et par extension les investisseurs dans ces fonds - sont les propriétaires de Vanguard. » Dans Big Business, l'économiste Tyler Cowen renchérit : « Depuis 1974, le montant économisé par les consommateurs ayant placé leur épargne chez Vanguard plutôt que dans des fonds d'investissement actifs serait de 175 milliards. Vanguard aurait aussi fait économiser 140 milliards du fait de coûts de trading plus bas. Au final, si on tient compte du fait que Vanguard a encouragé ou obligé les fonds à baisser leurs commissions, il n'est pas difficile d'évaluer le bénéfice financier pour les épargnants à 1000 milliards. »

Son fondateur, Bogle, a développé l'idée de la gestion passive en faisant le constat que l'investissement actif ne rapportait pas davantage que l'investissement dans des fonds indiciels, notamment du fait du montant des commissions prélevées par les gestionnaires. Les fonds indiciels, en particulier dans des indices monde, ne nécessitant pas une gestion active puisqu'ils sont composés de parts dans les plus grandes entreprises mondialisées. Par définition, elles sont les entreprises les plus rentables. Elles sont exposées à tous les risques de marché mais aussi très diversifiées. Pour les membres de la communauté FIRE, cela en fait des produits très performants et accessibles qu'ils achètent sous la forme d'ETF (Extended Traded Funds) ou fonds communs.

Limitation des frais de gestion

Une des raisons de l'attrait pour la gestion passive vient de ce qu'elle limite drastiquement les frais de gestion. Elle rend accessible et simple l'investissement en Bourse, et en particulier en actions, seul moyen réel de faire fructifier son capital. En effet, à condition de résister à la tentation de vendre lors des plongeons périodiques de la Bourse, les marchés financiers sont en hausse tendancielle. Les acteurs de FIRE rappellent à l'envie que ces périodes de plongeon sont des périodes aussi intéressantes que les soldes et ils conseillent d'acheter lorsqu'elles se produisent.

Impossible en France?

Un autre élément crucial pour la formation du capital, c'est la fiscalité à laquelle sont soumis les dividendes et plus-values. Les membres de FIRE sont très souvent américains et la fiscalité y est plus attrayante. Cela fait dire à un certain nombre de commentateurs français que la fiscalité rend impossible en France la constitution d'un capital suffisant pour prendre une retraite anticipée. C'est, en partie vrai, mais cela ne doit pas empêcher de profiter de ce qui existe, en particulier les plans retraite mis en place par les entreprises l'épargne retraite collective (PER d'entreprise collectif...) ou à titre individuel le PEA permettant de limiter la fiscalité sur le capital.

À lire également

  • FIRE, une réponse à la surexploitation du capital humain ?

Il serait utile que les réflexions du mouvement FIRE touchent le public français car il a le potentiel d'ouvrir un champ de réflexion incontournable dans un pays qui cherche désespérément une issue à un financement des retraites exclusivement basé sur le travail. On a oublié que dans le terme capitalisme, il y a le mot capital. S'il est presque devenu un gros mot dans la bouche d'un auteur comme Thomas Piketty, n'oublions pas qu'il peut permettre d'améliorer la situation de tous ceux souhaitant anticiper l'avenir plutôt que de le subir. La constitution d'un capital est un choix responsable qui ouvre des espaces de libertés dont on aurait tort de se priver.

Cécile Philippe

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