Fonction publique : la réforme va droit dans le mur

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la réforme de la fonction publique va droit dans le mur

Réforme de la fonction publique : le mot est lancé. Rémunération au mérite, accroissement de la part des contractuels, départs volontaires, réduction des effectifs... Voilà qui fleure à nouveau la révolution. J'aimerais dire ici pourquoi le chantier paraît bien mal engagé.

Nul ne peut contester qu'il s'agit d'un enjeu clé. Il n'y a pas de transformation économique et sociale profonde sans reconfiguration des fonctions de l'État. Ces dernières sont questionnées à tous les niveaux par l'irruption du numérique. Comment repenser le maillage territorial ? Comment rationaliser les guichets et enrichir les services rendus grâce aux services en ligne ? Quelles sources de simplification exploiter grâce à la mutualisation des données ? Comment repenser la santé, notamment la part de l'ambulatoire, l'éducation avec les nouvelles possibilités d'enseigner à distance ? Comment améliorer la coordination entre les différentes entités qui forment l'administration ? La liste est longue. Et tout cela a bien entendu un impact direct sur l'emploi et son allocation.

 La charrue avant les bœufs

Il est clair que si l'administration n'est pas une entreprise comme les autres, elle ne peut faire l'impasse sur un projet d'entreprise à l'heure du numérique. Mais il ne suffit pas de parler d'État-plateforme pour faire programme. Réformer l'État, c'est d'abord s'interroger sur ses finalités, son contour, son design. Ce n'est qu'en fin de course que doit être évoquée la question des instruments et des moyens.

Or, c'est précisément là où le bât blesse. La négociation, telle qu'elle est engagée aujourd'hui, se focalise d'emblée sur les instruments avant même que n'aient abouti les chantiers dits "transversaux" qui devaient la fonder. Baisser l'emploi de 120.000 (objectif assez modéré par ailleurs, au regard des surenchères de la présidentielle) n'est pas une finalité en soi. Modifier les critères de rémunération, ou les garanties contractuelles, ne nous dit rien du projet étatique du nouveau gouvernement.

Comme toute réforme qui se bâtit sur les instruments, elle ouvre grand la porte à la paranoïa. Elle véhicule implicitement l'image d'une administration malade de ses fantassins, du manque de motivation, de mobilisation, de mobilité des fonctionnaires de base, en surnombre il va de soi... Que l'on adhère ou non à cette vision stéréotypée, ce qui est certain c'est que le message subliminal maximise les chances de conflit et de blocage. Avec tous les risques que cela fait encourir à la reprise hexagonale.

On cherche le sens

Or c'est d'abord de cela qu'est malade le processus de réforme en France. Il vient d'en haut, il s'abstient d'en délivrer le sens. L'exigence d'adaptation évoquée aujourd'hui est bien trop vague. La longue liste des échecs de ces réformes top-down devrait pourtant inciter à plus de prudence. Cette focalisation sur les dysfonctionnements de la base n'a jamais rien produit de bon.

D'autant que si l'administration peine à redéfinir ses contours, son architecture, ses missions, c'est plutôt du côté de son haut management qu'il faut se tourner : ses directeurs, dont la principale vocation est de se déplacer dans un jeu de chaises musicales de poste de management en poste de management, sans porter de vrai projet pour leur administration, autre que celui de minimiser les remous qui feraient tâche dans leur carrière ; dont l'audace principale consiste à parer les structures existantes de nouveaux acronymes, rendant un peu plus opaque le mille-feuille administratif.

D'où vient l'intelligence collective, l'entité coordinatrice qui permettrait de penser l'administration comme un système, d'en optimiser l'architecture et les flux internes ? On serait bien en mal d'y répondre.

Absence de schéma global

Je vous conseille de lire à ce sujet le chapitre consacré, dans le dernier rapport de la Cour des comptes, à l'amplification de la modernisation numérique de l'État (p.145). La prise de conscience est bien là. Un machin, une sorte d'incubateur, a bien été mis en place : la DISIC, qui devient DINSIC en 2015. La Cour loue l'initiative et le début d'action. Mais derrière ce chantier du siècle, elle constate que l'incubateur public "repose sur une poignée d'agents, la plupart  recrutés sur des contrats courts et dotés, à leur arrivée, d'une connaissance limitée du fonctionnement de l'administration. Aucun dispositif d'intégration leur permettant de comprendre l'environnement administratif n'a été prévu". Elle constate les freins liés à l'absence de relai dans les autres services interministériels, et l'absence de programmation budgétaire pluriannuelle...

L'administration souffre de cet émiettement des projets, et de l'absence de schéma global. Et la réforme qui s'annonce, comme souvent, amène des outils mais fait l'impasse sur l'architecte.

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Commentaires
a écrit le 26/02/2018 à 9:45 :
MErci beaucoup pour cette analyse impartiale.

IL est évident que nos serviteurs des possédants montrent bien peu d'éfficacité, beaucoup de céclarations, de lois votées pour au final aucune organisation post législative.

À l'image de la réforme des cartes grises qui fait que nous ne pouvons plus en recevoir du fait de l'inorganisation totale de l'administration.

On peut néanmoins se demander si nous ne sommes pas au sein d'une stratégie officieuse ne faisant qu'accabler le secteur public pour mieux justifier sa revente pour une bouchée de pain aux actionnaires milliardaires.

Parce que alors qu'ils sont guidés par des grands cabinets d'experts financiers on se demande bien commet ils font pour systématiquement se planter.

C'est trop louche.
a écrit le 24/02/2018 à 16:54 :
quand il y a trop de cailloux dans les lentilles , on ne trie pas en douceur à l'oeil et à la main , on choisit un moyen mécanique sans doute plus brutal mais plus efficient .
c'est ce qu'il faut faire pour la réforme des administrations , même si elle ne s'avère pas parfaite et engendre quelques injustices personnelles .
a écrit le 24/02/2018 à 11:17 :
le président Jupiter macron à l'air d'avoir la volonté et le courage enfin de réformer la sncf ainsi que la fonction publique et toute la crique de pantouflards qui la compose et s'il le faut par la force (les ordonnances) alors je dis bravo Jupiter que la force soit avec toi
Réponse de le 24/02/2018 à 14:48 :
Non, il veut taper sur les fonctionnaires nourrir l'agressivité des gros beaufs qui crachent systématiquement sur les fonctionnaires... et faire des cadeaux à ses copains hauts fonctionnaires et aux entreprises qui ont généreusement financé sa campagne.

Passet le dit bien, la réflexion aurait du commencer par se demander pourquoi avons nous une fonction publique? Qu'est-ce qui peut être fait ou mieux fait par par le privé ou le public? Puis nous aurions pu réfléchir à la structure globale, aux moyens nécessaires... A la fin on se serait demandé comment avoir la bonne personne au bon poste? Recrutement, formation, contrat...

Darmanin et Macron ont juste détruit le dialogue en affichant un mépris totalement infondé (jour de carence, gel, menaces...).

C'est presque un cas d'école de médiocrité dans une démarche de négociation et de gestion du changement organisationnel.
Réponse de le 14/03/2018 à 11:47 :
bonjour que laforce soit avec toi

Arretez de taper sur les fonctionnaires
fonctionnaire depuis 17 ans salaire 1700 euros je bosses jours féries, week end et le tout jusqu a 22 h

dernièrement réduction de 10 jours de congés et perte de prime de 80 euros mensuelle!!et je paie mes repas midi et soirs
Qui dit mieux alors please stop aux plaintes de certains jalouses et jaloux qui auraient tente de passer un concours d’état si le fonctionnariat les fait tant rêver que ça!!!!
a écrit le 22/02/2018 à 23:32 :
Entièrement d'accord, la fonction publique est encadrée par des hauts fonctionnaires qui changent trop souvent de postes pour pouvoir s'investir pleinement et proposer des orientations durables. Cela dit que dire des ministres dont le seul objectif est de déconstruire ce qu'a fait le précédent?
Réponse de le 23/02/2018 à 17:47 :
EXAT VOUS AVAIS TOUT RESUME LE MAL FRANCAIS? TOUS NE PENSEz QU A LEURS CARRIERES . IL NE S INTERESSEZ PAS RELLEMENT A L AVENIR DE LA FRANCE ET DES FRANCAIS CELA ET DU AUX SALAIRES MIROBOLANT DONNE DANS CHAQUE GROSSES ENTREPRISE ET DANS CHAQUE MINISTERE ? LA DROITE ET LA GAUCHE COPAINS COMME COCHON SE SONT PARTAGE LES POSTES A RESPONSABILTE SANS SE SOUCIER DES FRANCAIS???

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