Formation en alternance : un engagement authentique pour un partenariat gagnant-gagnant

OPINION. Avec la sortie de la pandémie, la France serait bien inspirée d'accélérer le développement des contrats en alternance, une solution pour l'emploi des jeunes, qui a fait ses preuves dans nombre de pays voisins. (*) Par Séverine Maestri, coache scolaire, fondatrice de Coachez Jeunesse.

7 mn

(Crédits : Reuters)

Alors que le monde du travail a les yeux rivés sur la reprise de l'après Covid, près d'1,6 million de jeunes sont sans emploi, ni formation. Dans ce contexte, un dispositif mérite toute l'attention des entreprises et des candidats : l'alternance. Longtemps ignorée, voire dépréciée, elle représente un levier pour redonner confiance aux jeunes dans l'avenir après la crise sanitaire que nous avons connue. Voici pourquoi.

Ces voisins européens qui misent sur l'alternance

L'alternance (via ses deux contrats, d'apprentissage ou de professionnalisation) a mis du temps à gagner ses lettres de noblesse en France. Longtemps dévalorisée, elle rattrape son retard par rapport à d'autres pays européens et a même atteint la barre des 500.000 contrats signés en 2020 (source : ministère du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion, 2021). Chez nos voisins (Allemagne, Autriche, Suisse ou encore Belgique), depuis les années 1970, l'alternance est plus répandue. En comparaison, en 2020, on comptait 1.690.000 apprentis en Allemagne. En Suisse, François Garçon[1] estime que l'apprentissage est « une des pièces maîtresses de l'édifice suisse de formation, sa clé de voûte selon certains ». Toujours selon lui, 80 % des jeunes âgés d'au moins 15 ans se tournent vers l'apprentissage. Autre fait intéressant souligné par l'auteur : « l'apprentissage est à l'écoute de l'industrie. Il se déroule non pas à l'école mais à l'intérieur de l'entreprise ». Notons que les taux de chômage dans ces pays sont bien plus faibles que chez nous ce qui peut sans doute s'expliquer par le bon équilibre entre les formations et les besoins des employeurs.

Une « formation » ancrée dans la réalité professionnelle

Tous les secteurs d'activité sont concernés par l'alternance, pas uniquement les métiers artisanaux, les formations professionnelles (bacs professionnels, licences professionnelles...) ou les cursus courts (BTS, BUT). Plus de 18 % des apprentis suivent un cursus à bac + 5 - voire plus - en alternance, qu'ils soient à l'université, en école de commerce ou d'ingénieurs, et dans des domaines comme l'électronique, ou l'informatique. Certaines entreprises ont conscience de l'urgence de s'engager pour l'emploi des jeunes, et de la nécessité de bien les former pour qu'ils puissent s'insérer plus sereinement sur le marché du travail.

À l'image d'Hubside.Store, un nouveau réseau de magasins spécialisés dans la vente de produits multimédias neufs et reconditionnés, de services numériques et de réparation qui a lancé la « Hubside.Store Académie », sa propre école d'entreprise. Un parcours de formation en alternance conçu spécifiquement pour répondre à ses besoins en compétences, avec 164 places proposées pour la rentrée 2020/2021. Les étudiants pourront y préparer un BTS MCO (management commercial opérationnel) à bac + 2 ou un bachelor ROR (responsable opérationnel retail) à bac + 3.

Loin d'être un épiphénomène, cet engouement pour l'alternance est partagé par de nombreuses entreprises françaises. Ainsi dans le secteur de la vente de produits de coiffure et d'esthétique, pour les particuliers et les professionnels, l'entreprise Bleu Libellule recrute en CDI, et investit dans l'alternance en visant un alternant par magasin, passage obligé compte tenu de la technicité du métier.

Si l'épithète « concret » est sans doute ce qui caractérise le mieux l'alternance, c'est parce que certains métiers nécessitent impérativement de maîtriser des gestes techniques précis qui ne peuvent être appris QUE sur le terrain... En boucherie, on ne découpe pas et on ne désosse pas une carcasse au hasard. De la même façon, des tissus dits « techniques » utilisés dans le domaine biomédical (pour remplacer une artère défaillante, par exemple) ou dans le secteur aéronautique dans les ailes ou le fuselage d'un avion par exemple ne supporteront aucune imperfection, car la vie d'êtres humains est en jeu. Pour ces métiers, et bien d'autres encore, l'alternance se trouve au cœur de la transmission des compétences.

Un partenariat gagnant-gagnant

L'entreprise, de son côté, doit tout mettre en œuvre pour que le jeune en alternance réussisse sa formation. Le tutorat permet à l'alternant de se former en binôme avec un maître d'apprentissage qui l'accompagnera tout au long de son parcours et de sa formation pratique. Un rôle que les seniors expérimentés jouent à merveille dans l'entreprise.

Contrairement aux stages, très utiles, mais qui restent des approches plus superficielles du fonctionnement de l'entreprise et du marché du travail, l'alternance engage pleinement les deux parties. D'un côté, l'entreprise transmet un savoir-faire et un savoir-être à l'apprenti, de l'autre, celui-ci se doit d'être une vraie plus-value pour l'entreprise. Au bout des deux ou trois années d'apprentissage, il y a tout à gagner : pour le jeune d'abord qui apprend un métier et obtient, souvent, une embauche ; pour l'entreprise ensuite qui l'a formé à un savoir-faire pointu, et à ses process, sa culture et ses valeurs, et qu'elle ne souhaite pas voir partir chez un concurrent.

L'apprenti est rémunéré

À noter que l'apprenti est rémunéré (selon son âge et son année de formation) et que l'entreprise paye une taxe d'apprentissage (0,68 % de la masse salariale). Un retour sur investissement donc pour elle. L'aide pour apprentis mise en place par l'État à la fin de l'été 2020 rend l'alternance financièrement accessible à toutes les entreprises, même les plus petites.

Mais elle n'est pas réservée qu'aux seuls jeunes. Comme le souligne Mansour Ndao, cofondateur de Mentor Goal, une entreprise qui aide à booster les personnes en recherche d'alternance : « On voit des trentenaires opérer un virage à 180° et se reconvertir professionnellement dans la pâtisserie ou la boulangerie en passant par l'alternance. »

Rien d'étonnant à ce qu'enseignants et formateurs s'accordent pour dire qu'un étudiant formé en alternance gagne en maturité par rapport à un jeune en formation initiale. Les notions théoriques vues en cours leur parlent car elles sont immédiatement rattachées à la réalité. Autant de bonnes raisons qui assoient l'alternance comme une voie d'avenir à privilégier aussi bien pour les jeunes que les entreprises, petites, moyennes ou grandes, qui veulent encourager l'emploi et favoriser la relance.

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[1] François Garçon : Formation, l'autre miracle suisse, Presse polytechniques et universitaires romandes

7 mn

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Commentaire 1
à écrit le 27/06/2021 à 10:43
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Ce n'est en effet pas bête comme principe mais tant que le dumping social régnera en maître en UE avec ses salaires au ras des pâquerettes recruter sera difficile puisque avec toutes les augmentations de factures courantes, sans parler de l'essence, ...

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