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Français et partis politiques : vers une rupture définitive ?

Photo de Ivan Best

Steven Zunz

Publié le 27 mai 2016 à 09:14 - Mis à jour le 27 mai 2016 à 09:26

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Le désamour des Français pour leurs partis politiques n'a jamais été aussi grand. Comment sortir de cette situation?

Le désamour des Français pour leurs partis politiques n'a jamais été aussi grand. Selon le dernier volet de l'étude « Fractures françaises » (IPSOS, avril 2016), seulement 8 % d'entre eux disent leur faire confiance : c'est l'institution politique la moins crédible du pays. Dans le même temps, ceux-ci se vident de leurs adhérents et se transforment peu à peu en syndicats d'élus et de professionnels, une corporation de milliers de membres face à un corps électoral de plus de quarante millions d'individus. Les citoyens décrivent des partis repliés sur eux-mêmes et rétifs à tout changement, qui peinent à faire de la place aux femmes, aux jeunes et à la société civile.

Le PS, un astre mort, exsangue

Aucune partie du spectre politique n'est épargnée. Le Parti Socialiste est un astre mort, exsangue : il a perdu plus de 20 % de ses adhérents et nombre de ses cadres depuis 2012. Les Républicains, s'ils sont pour le moment protégés par le confort douillet de l'opposition, ne convainquent pas plus. Pire, touché à son tour par le syndrome des primaires, voilà que le parti se trouve dépouillé de ses attributions : plus de sélection du candidat, plus de définition du projet et même plus d'investitures aux législatives. Seul le Front National de Marine Le Pen semble résister à cette crise.

Faut-il s'en inquiéter ou s'en féliciter ? Il faut d'abord raison garder. Cette méfiance ou ce rejet des partis politiques n'est pas consubstantiel à la France ou à notre époque. « Dès leur création, on a pronostiqué leur disparition » explique Florence Haegel, professeur à Sciences Po. Les partis sont toujours accusés de mal transmettre la volonté de leurs électeurs et toujours suspects une fois au pouvoir. Ils sont pourtant indispensables à tout régime parlementaire et démocratique. D'ailleurs, ceux qui les critiquent ne s'y trompent pas, ils ont tôt fait d'en créer eux-mêmes un nouveau. Pronostiquer leur disparition demeure hasardeux.

Œuvrer au renouveau des partis

Ce n'est d'ailleurs pas non plus souhaitable. Les appels à dépasser les partis politiques émanent très souvent de personnalités fortes, qui préfèrent rejouer le jeu de l'appel au peuple et de la relation plébiscitaire. Mais cette personnalisation à outrance de la vie politique n'apporte rien de bon : ni pour les hommes politiques qui cristallisent les espoirs et les déceptions, ni pour les électeurs qui se retrouvent contraints de placer leur destin dans un improbable homme providentiel, et donc, partant, rien non plus de positif pour la confiance dans les institutions.

Au contraire, c'est le signe des démocraties matures de disposer d'un système partisan stable et ouvert. Plutôt, donc, que de célébrer benoîtement « la fin des partis », il serait préférable d'œuvrer à leur renouveau, un chantier auquel tout le monde doit prendre sa part.

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La première brique viendra nécessairement d'une réflexion sur la nature de nos institutions. Qu'on le veuille ou non, le verrouillage du système partisan français existant au profit des partis de gouvernement est une des raisons qui explique le rejet auquel les partis dans leur ensemble font face. Les barrières à l'entrée sont particulièrement fortes et la demande de changement exprimée par une majorité d'électeurs ne peut trouver de débouchés réels, comme elle l'a fait en Grèce ou en Espagne.

Dans le même temps, ces institutions perpétuent un affrontement droite/gauche qui tourne au ridicule. Alors que les sujets de consensus ne manquent pas, les partis surjouent leur opposition, se dénient toute légitimité à gouverner, et contribuent ainsi à renforcer la défiance à leur égard. Les Français, eux, sont en attente de partis responsables, assumant leur positionnement mais sachant faire preuve de pragmatisme.

Changer les pratiques

Les partis eux-mêmes doivent changer. Ils doivent accepter le renouvellement de leur personnel et le changement de leurs pratiques, à commencer par l'extrême longévité des carrières et la professionnalisation à outrance de leurs cadres. Ils doivent s'ouvrir à la société civile, aux intellectuels et aux laboratoires d'idées, aux nouvelles formes de militantisme. Sans verser dans le ni droite ni gauche, ils doivent aussi apprendre à mettre de côté leurs rivalités pour bâtir des majorités d'idées.

Aux électeurs, enfin, par leur choix, de sanctionner dans les faits les comportements qu'ils réprouvent et d'encourager les évolutions auxquelles ils aspirent. Pour tous, le temps de la responsabilité est venu.

Steven Zunz

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