GAFA : « Ces monopoles menacent gravement nos démocraties » Jonathan Taplin

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Jonathan Taplin, de l'USC Annenberg Innovation Lab, est l'auteur de Move Fast and Break Things : How Facebook, Google, and Amazon Have Cornered Culture and Undermined Democracy, un livre qui critique la philosophie toute puissante dans la Silicon Valley, Avancer vite et casser des choses.
Jonathan Taplin, de l'USC Annenberg Innovation Lab, est l'auteur de "Move Fast and Break Things : How Facebook, Google, and Amazon Have Cornered Culture and Undermined Democracy", un livre qui critique la philosophie toute puissante dans la Silicon Valley, "Avancer vite et casser des choses". (Crédits : DR)
Dans la Silicon Valley, l'adage "Move Fast and Break Things" ("Avancer vite et casser des choses") qui régnait jusqu'ici sans partage semble avoir atteint ses limites. Dans cet entretien, Jonathan Taplin, l'auteur du livre qui reprend cet adage en titre et lui donne comme sous-titre "Comment Facebook, Google et Amazon ont pris le pas sur la culture et la démocratie" revient sur les pouvoirs des Gafa et évoque l'après-scandale Cambridge Analytica.

LA TRIBUNE - Pour quelles raisons avez-vous publié "Move Fast and Break Things: How Facebook, Google, and Amazon Have Cornered Culture and Undermined Democracy"(*) ?

JONATHAN TAPLIN - Ma première intention fut de mettre en lumière la situation désespérée des « créateurs » - musiciens, acteurs, journalistes - seuls face à la destruction massive de leurs sources de revenu par Facebook, YouTube-Google et Amazon. Au fur et à mesure des recherches que j'effectuais, j'ai également compris que ces situations de monopole menaçaient gravement nos démocraties.

Quels sont vos espoirs d'un retour aux origines d'Internet avec le Web décentralisé ? Comment évaluez-vous le pouvoir des Gafa sur les États ?

Nous ne pourrons revenir au Web décentralisé que si nos États instaurent les systèmes de régulation nécessaires. L'Union européenne a manifestement pris les devants sur ce sujet. Aux États-Unis, le récent scandale impliquant Facebook et Cambridge Analytica pousse aujourd'hui nos politiques et régulateurs à agir à leur tour : c'est un changement considérable.

Quels types de régulation devons-nous mettre en place face à l'hégémonie des Gafa ?

Trois types de régulation semblent nécessaires. Premièrement, le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui sera bientôt effectif, est une bonne chose s'agissant de la régulation de la vie privée. Nous pourrions par ailleurs imaginer une réévaluation du « Safe Harbor » [ensemble de principes qui règlemente la protection des données personnelles transférées depuis un État membre de l'Union européenne vers les États-Unis, ndlr]. Enfin, si ces deux mesures échouent, nous pourrions envisager de mettre en oeuvre la loi antitrust afin de mettre un terme à ces situations monopolistiques.

Comment éveiller la conscience des utilisateurs, s'agissant du pouvoir des Gafa ?

La prise de conscience du public grandit de jour en jour à mesure que la confiance à l'égard de ces grandes entreprises technologiques s'effrite. De plus, la volonté des gouvernements de nous protéger de ces monopoles semble devenir de plus en plus importante. Je pense que Larry Page [cofondateur de Google] ou Mark Zuckerberg auront de plus en plus de mal à empêcher la régulation de leur business.

L'Europe - et particulièrement la France - peut-elle être le moteur d'un équilibre face aux Gafa ?

La condamnation de Google pour abus de position dominante est un acte majeur qui a marqué un tournant. L'action de Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, est d'ailleurs très suivie et soutenue. Aux États-Unis, elle est considérée comme une héroïne !

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REPÈRES

(*) Jonathan Taplin est l'auteur de Move Fast and Break Things : How Facebook, Google, and Amazon Have Cornered Culture and Undermined Democracy, (éd. Little, Brown and Company). Il est Director emeritus de l'USC Annenberg Innovation Lab, et ancien producteur de Martin Scorsese et Bob Dylan.

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Commentaires
a écrit le 18/04/2018 à 16:53 :
La seule protection aurait pu être les Etats, mais on les fait disparaître en les enchaînant les uns aux autres afin d'éliminer tout esprit de rébellion, voyez l'UE de Bruxelles!
a écrit le 18/04/2018 à 11:20 :
Les GAF organisent l'Internet comme un réseau neuronal, le cerveau d'un monde à l'image d'un corps humain où chaque individu est une cellule intelligente, et les états sont des organes. Notre cerveau apprend chaque jour de l'expérience la vie et s'auto-régule. Aucun organe particulier ne le domine.
Réponse de le 19/04/2018 à 0:05 :
Les GAFA organisent surtout l'optimisation de leurs profits.
a écrit le 18/04/2018 à 9:26 :
Un énième "écrivain" à surfer sur le buzz du moment donc, aucun intérêt.
a écrit le 18/04/2018 à 8:42 :
Entretien intéressant qui pointe du doigt un autre problème, le pilage de la création artistique avec youtube dont la majorité des titres sont diffusés sans l'accord de l'auteur. Auteur qui une fois que la video a été vue et téléchargée un million de fois, a le droit de demander le retrait de la vidéo sans contrepartie et qui prend le risque de se voir déréférencé.
Le système d'avant (15€ l'album pour écouter deux trois chansons) était certainement pire mais il y a un entre deux quand même...
Don't be evil qu'il disaient...

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