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Hors de la mondialisation, point de salut

Photo de Ivan Best

Anabel González

Publié le 29 août 2016 à 12:15 - Mis à jour le 29 août 2016 à 13:38

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La dé-mondialisation est un thème à la mode. Mais qui en voit vraiment les conséquences? Par Anabel González, ancienne ministre du Commerce extérieur du Costa Rica, directrice principale du Groupe des Meilleures Pratiques en Commerce et Compétitivité de la Banque mondiale.

Le référendum du Brexit au Royaume-Uni et la course à la présidence des États-Unis ont témoigné, entre autres choses, d'un manque de confiance croissant de la part de l'opinion publique à l'égard de l'intégration mondiale. Ce manque de confiance risque de faire avorter les nouveaux accords actuellement à l'étude et d'empêcher de contracter les prochains. Il ne faut pas sous-estimer le danger d'un tel scénario. L'isolationnisme et le protectionnisme, s'ils sont poussés trop loin, risquent de mettre en panne le moteur économique fondé sur le commerce, auquel le monde doit des décennies de paix et de prospérité.

En tant qu'ancienne ministre du Costa Rica, je sais à quel point il peut être difficile pour certains pays, développés ou en voie de développement, d'élaborer des politiques commerciales à même de fournir des bénéfices à l'ensemble de leurs citoyens. Mais le simple fait que la gestion des effets de la mondialisation soit difficile ne signifie pas que nous devons baisser les bras et abandonner.

Baisse de la pauvreté

Dans les pays en voie de développement, le commerce a produit la forte croissance et le progrès technologique. Selon la Banque mondiale, depuis 1990 le commerce a aidé à diviser par deux le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté. Mais ces avancées, aussi impressionnantes soient-elles, n'ont aucun caractère définitif. Si les pays à hauts revenus se retranchent eux-mêmes (ainsi que leurs consommateurs), des marchés mondiaux, les plus pauvres gens du monde seront ceux qui en souffriront le plus.

Le commerce prospère dans un environnement ouvert où des participants volontaires agissent de bonne foi et suivant des règles claires. Sans cela, les forces de la mondialisation peuvent transformer la coopération en conflit. C'est pour cette raison que les décideurs politiques doivent se concentrer sur quatre domaines.

Quatre priorités

Premièrement, les pays doivent démanteler les mesures protectionnistes qu'ils ont mises en place et prendre un engagement ferme de ne pas mettre en œuvre des mesures susceptibles de fausser le marché mondial.

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Deuxièmement, les pays doivent s'unir pour réviser les règles internationales qui gouvernent le commerce afin de rendre compte des conditions économiques changeantes et de mettre en place avec efficacité des accords négociés.

Troisièmement, certains pays et institutions particulières, comme par exemple l'Organisation Mondiale du Commerce, doivent collaborer en vue de supprimer les barrières qui font augmenter les coûts commerciaux. Ils doivent en particulier abolir les subventions agricoles, supprimer les restrictions sur le commerce des services, améliorer la connectivité, faciliter le commerce et les investissements transfrontaliers et augmenter le financement du commerce.

Finalement - et c'est le point capital - les pays riches doivent soutenir les efforts des pays en développement pour mieux les intégrer dans l'économie mondiale. Étant donné les états de services du commerce en matière de réduction de la pauvreté, il s'agit là d'un impératif moral. Cela est également indispensable à la paix et à la stabilité.

Les conséquences de la dé-mondialisation

Le commerce doit assurément tenir ses promesses envers tout le monde, depuis les ouvriers qui subissent les fermetures d'usines en Europe ou aux États-Unis,  jusqu'aux agriculteurs de subsistance piégés dans des économies parallèles en Afrique et en Asie du Sud. Mais ceux qui suggèrent que le commerce est un jeu à somme nulle évitent tout simplement de poser les questions qui fâchent : qui devra supporter les coûts de démantèlement du commerce et des nouvelles technologies ? quelles politiques vont permettre aux personnes sans emploi de rechercher de nouvelles opportunités ? comment les pays vont-ils maintenir une croissance conduite par la productivité dans une ère de perturbations fréquentes et soudaines ?

Les défis de l'intégration mondiale ne sont pas nouveaux, mais ils ne doivent pas non plus être ignorés. Les décideurs politiques doivent se soucier des leçons de l'histoire économique. Avant tout, ils doivent garder à l'esprit le fait que même durant les périodes passées de rapide évolution technologique, un nombre bien supérieur de personnes a bénéficié du commerce, par rapport à l'époque des barrières protectionnistes.

Nul pays au monde ne peut actuellement s'interdire l'accès aux marchandises, aux services, aux capitaux, aux idées et aux personnes situés à l'étranger. Au lieu de cela, les dirigeants doivent favoriser un commerce plus étendu en vue d'inclure davantage de participants. Ils peuvent y parvenir en adoptant des règlements internationaux en vue de promouvoir l'ouverture et l'interdépendance, en établissant des filets de sécurité sociale plus robustes, en investissant dans l'innovation, dans l'éducation, dans la formation professionnelle et dans les infrastructures. Et en créant un environnement réglementaire plus propice pour les entreprises et les entrepreneurs, afin de favoriser une croissance plus forte et plus inclusive.

Nul pays ne peut tenir à lui seul sa promesse de prospérité à long terme envers ses citoyens. Une coopération internationale plus étroite et une meilleure intégration économique sont la seule manière d'aller de l'avant.

Anabel González, Directrice Principale du Groupe des Meilleures Pratiques en Commerce et Compétitivité de la Banque mondiale.

© Project Syndicate 1995-2016

Anabel González

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