Il faut mutualiser la dette de la zone euro

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
L'émergence de forts déséquilibres dans le commerce international a toujours posé problème. La concentration de forts excédents sur quelques pays soulève la question de leur recyclage. Ces excédents ne posent pas de problème sur le papier, s'ils se réinvestissent sans tension dans les zones en déficit d'épargne. L'histoire montre cependant que c'est rarement le cas.
Il suffit d'avoir en tête la crise pétrolière de 73, où les excédents de l'OPEP laminèrent la demande des pays développés et trouvèrent leur résolution à travers un financement monétaire des déficits... Cela a conduit à la stagflation. Cela fut encore le cas avec ce que l'on a appelé les "global imbalances" des années 90 (excédents massifs des émergents et déficit abyssal des États-Unis), dont le recyclage sur l'économie américaine a provoqué des bulles à répétition, déstabilisantes.
Et le problème se pose à la zone euro aujourd'hui dont on sait que l'excédent des paiements est concentré sur quelques pays, notamment l'Allemagne et les Pays-Bas. Cela veut dire que ces régions sont structurellement en déficit de demande. Cela n'altèrerait pas la dynamique de leur périphérie, si ces excédents étaient massivement recyclés là où les besoins en capital sont les plus importants. Cela pourrait même armer en théorie un puissant mécanisme de rattrapage et de convergence. Or ce n'est pas le cas. L'épargne des pays excédentaires prend massivement le chemin des places financières européennes qui la dispatchent à travers le monde.
D'où ces trois idées aujourd'hui structurantes pour faire avancer la zone euro :
Trois idées, qui sont trois points de blocage politique. Et dont de surcroît on ne connait pas le mode d'emploi. Car l'excédent d'épargne allemand n'est pas entre les mains du gouvernement allemand. Ce sont des excédents détenus par les entreprises, les ménages, et dont l'allocation relève du secteur financier ou des entreprises elles-mêmes. Drainer l'épargne allemande vers les zones retardataires, ce n'est pas quelque chose qui se décrète. Les entreprises financières ou non financières le font si elles y trouvent un intérêt économique. Le recyclage ne se fait que s'il y a attractivité... et un bon système de garanties.
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Organiser des transferts est déjà quelque chose de complexe au plan national. L'essentiel du rééquilibrage des niveaux de vie entre régions se fait d'abord par le biais des transferts sociaux et des minima. Les retraites irriguent tout le territoire, quel que soit leur niveau de développement. Le risque de chômage est couvert partout, selon les mêmes critères. L'accès au soin et à la santé est identique. Tout cela permet d'égaliser les niveaux de vie, indépendamment du niveau de développement d'une région.
Une autre partie de ces transferts est le fait de la puissance publique : salaires de fonctionnaires, investissements, etc. Occasionnellement, l'État central a su impulser des dynamiques locales : derrière Airbus, derrière l'essor des métropoles, derrière Fos-sur-Mer, il y a bien eu des impulsions, des infrastructures TGV, etc. Mais tout cela est loin de gommer l'hétérogénéité.
Alors au plan européen, c'est une autre paire de manche. Difficile ou quasi impossible d'imaginer un système de protection sociale homogénéisé. Où, de fait, les salariés du Nord indemniseraient les chômeurs du Sud. Il ne reste que l'investissement public. Autrement dit, savoir faire soudain ce que les pays ne savent pas faire au plan national, c'est-à-dire homogénéiser leurs territoires via la politique industrielle.
Cela veut dire qu'il nous faut bien plus qu'un plan Juncker, qui plus est focalisé sur le Sud. Et cela veut dire surtout, qu'il nous faudra un jour intégrer cette impossibilité de rééquilibrage en mutualisant les dettes.
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