Il faut une stratégie pour la forêt en cohérence avec les enjeux climatiques et environnementaux

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La forêt de Bercé située au sud du département de la Sarthe.
La forêt de Bercé située au sud du département de la Sarthe. (Crédits : Reuters)
OPINION. Captation du carbone, préservation de la biodiversité, filtration de l'air et des sols, fourniture de matériaux et d'énergies renouvelables : la forêt est un levier incontournable de la transition écologique. Par Anne-Catherine Loisier (Rattachée Union Centriste - Côte-d'Or), présidente du groupe d'études Forêt et filière bois du Sénat. Cette tribune est cosignée par 19 sénateurs (1).

Le plan de relance forestier actuellement déployé par le Gouvernement est un premier outil essentiel pour le renouvellement de nos forêts et leur adaptation au changement climatique. Les crédits engagés devront être reconduits dans le temps, pour accompagner le développement et la croissance de ces nouveaux peuplements.

Néanmoins, comme l'a souligné régulièrement le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, M. Julien Denormandie, un budget doit être au service d'une politique.

À l'heure où nos concitoyens sont plus exigeants que jamais en matière de gestion et attentifs au devenir des forêts, la filière a besoin d'une vision de long terme cohérente et partagée, adaptée aux nouveaux enjeux sociétaux et aux défis climatiques.

Le Programme national de la forêt et du bois (PNFB) en vigueur pour la décennie 2016-2026 s'inscrit dans une logique de « production de bois », qui se heurte aujourd'hui aux attentes sociétales comme aux enjeux climatiques et environnementaux.

Comme nous l'avions préconisé lors du colloque « Urgence pour la forêt : quelles réponses aux changements climatiques ? », organisé par les groupes d'études Forêt-filière bois de l'Assemblée nationale et du Sénat en novembre 2019, il est urgent de définir un nouveau pacte sociétal autour de la forêt.

Le système actuel est à bout de souffle :

  • les errements que connait l'Office national des forêts (ONF) depuis plusieurs années se traduisent par un déficit grandissant et un malaise social au sein de l'office ;
  • le mécontentement des élus des communes forestières grandit sur les territoires ;
  • les acteurs privés, propriétaires comme transformateurs, sont désormais pris en tenaille entre des aléas climatiques, des pressions sociétales et des besoins en ressources renouvelables grandissants.

Les nombreux rapports publiés ces derniers mois, dont celui que j'ai porté, adopté au Sénat en juin 2019, et celui de la mission interministérielle rendu public le mois suivant, proposent des ajustements attendus.

Ils consistent essentiellement à responsabiliser davantage les acteurs de terrain, publics comme privés, à leur redonner les rênes de la gouvernance forestière pour plus de concertation locale, de pragmatisme et de réactivité.

Ils passent également par une reconnaissance financière des aménités sociales et environnementales de la forêt, qui doit trouver sa place dans le projet de loi « Climat et résilience ».

Alors que la Commission européenne met en œuvre son Pacte vert, que la COP 15 sur la diversité biologique (en mai, à Kunming) et la COP 26 sur le climat (en novembre, à Glasgow) se profilent, que notre pays, après le One Planet Summit, accueillera le Congrès de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en septembre à Marseille, il revient au Gouvernement d'exprimer une ambition et une stratégie partagée pour la forêt française.

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(1) Cette tribune est également cosignée par les 19 sénateurs suivants, membres de divers groupes politiques :

Sophie Primas (Les Républicains - Yvelines), présidente de la commission des affaires économiques du Sénat,

Jean-Michel Arnaud (Union Centriste - Hautes-Alpes),

Jean Bacci (Les Républicains - Var),

Patrick Chaize (Les Républicains - Ain),

Daniel Chasseing (Les Indépendants - République et Territoires - Corrèze),

Nathalie Delattre (Rassemblement Démocratique et Social Européen - Gironde), vice-présidente du Sénat,

Bernard Fournier (Les Républicains - Loire),

Laurence Harribey (Socialiste, Écologiste et Républicain - Gironde),

Ludovic Haye (Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants - Haut-Rhin),

Gisèle Jourda (Socialiste, Écologiste et Républicain - Aude),

Florence Lassarade (Les Républicains - Gironde),

Jacques Le Nay (Union Centriste - Morbihan),

Jean-François Longeot (Union Centriste - Doubs), président de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire,

Louis-Jean de Nicolaÿ (Les Républicains - Sarthe),

Kristina Pluchet (Les Républicains - Eure),

Christian Redon-Sarrazy (Socialiste, Écologiste et Républicain - Haute-Vienne),

Olivier Rietmann (Les Républicains - Haute-Saône),

Michel Savin (Les Républicains - Isère),

Nadia Sollogoub (Union Centriste - Nièvre).

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Commentaires
a écrit le 25/03/2021 à 9:05 :
Dans mon département, les coupes de bois ressemblent à du pillage tout simplement. L'on coupe de beaux arbres âgés de plusieurs dizaines d'année. Avec la sécheresse, il ne sera plus possible de trouver dans l'avenir pour nos enfants d'aussi beaux arbres.
a écrit le 23/03/2021 à 11:58 :
La seule stratégie valable est thermique et doit tenir compte de la nécessité de garder au maximum tout sol de forêt HUMIDE et spongieux, bien RETENU, car l'eau absorbe jusqu'à 35 fois mieux la chaleur que l'air sec ! ____ C'est ce qu'avait compris la Chine ancienne avec les rizières, à adapter en agroforesterie retenue en terrasses étroites bordées de talus arborés (à croissance plus rapide des arbres et plus d'absorption de CO2 !). > https://greenjillaroo.wordpress.com le vérifia en programme paysagiste à Gif contre un talus arborés sur 24 ans, aucune canicule n'ayant eu d'effet d'assèchement local. ______ Seule une végétation dense gardée humide permet de résister au changement climatique, tout en autorisant les jeunes à se ré-approprier la Nature en la gérant enfin correctement, sans tant de bétail qui salit tout et broute la diversité florale jusqu'à supprimer aux pollinisateurs leur source de nourriture qui nous est aussi essentielle en terme de fruits et de légumes !
Il suffira d'adapter nos engins forestiers en leur ajoutant des outils de terrassement, tel que des niveleuses frontales. Plus le temps de réfléchir, et enfin d'agir, donc de généraliser les tests à faire en ce sens en tout paysage aride ou menacé existant !
a écrit le 23/03/2021 à 11:07 :
Cela sent "les élections" a plein nez, mais c'est pas ceux qui n'ont rien fait qui ont la bonne réponse!
a écrit le 23/03/2021 à 10:32 :
Et cela pourrait être une réserve de nourriture animale et végétale formidable, véritablement bio et particulièrement bonne pour la santé si elle n'était pas confiée soit à des agriculteurs asservis par l'agro-industrie, des chasseurs qui sont au plus des 3/4 les mêmes et des propriétaires terriens du 19ème siècle qui ne les entretiennent que pour leur chasse à courre.

C'est l'argent et ceux qui le possèdent qui ont mit notre planète et son humanité à genoux. Tout comme il faut remettre l'eau en régie publique il faut également que la forêt devienne un service public, tout ces gens à argent étant définitivement incompétents.
Réponse de le 23/03/2021 à 13:53 :
Un frigo qui se rempli tout seul ! Et bon pour la santé, what else ?

Je pense à vos phrases d'accorches ! ^^

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